- Grands Carnivores
:
Le Renard est très abondant, subit des épisodes
réguliers de Gale et est porteur endémique d'Echinoccocose,
zoonose majeure pour l'Homme (des cas sur l'Homme ont déjà
été décrits en Cerdagne). On peut là aussi
sans risque incriminer la surpopulation dans la facilitation du passage
des pathogènes d'un individu à l'autre.
L'ours brun (Ursus arctos) est en situation critique : on peut
affirmer sans risque que les populations actuelles, sans réintroduction
sont condamnées.
Le Loup (Canis lupus), très certainement en provenance
d'Espagne (jusqu'à preuve contradictoire non fournie jusqu'à
présent), est présent en nombre d'au moins 5 individus,
entre Cerdagne et Pays de Sault. Cette population ne demande qu'à
s'accroître et malgré son faible effectif, il est extrêmement
probable qu'elle va exploser.(1)
Enfin le Lynx (Lynx spp.), est " l'Arlésienne "
des Pyrénées. Présent avec certitude (en particulier
entre Madrés, Sault et Donezan), on n'en connaît ni le
statut (assurément menacé) ni même l'identité
de l'espèce (ibérique ou boréal).
- Cas particulier du Sanglier (Sus scrofa) : des effectifs très
importants qui semble se tasser (peut-être trop dans certains
endroits entre Capcir et Corbières) sous l'effet d'une chasse
pas très bien gérée. Il est certain que cet animal
a de profondes répercutions sur l'écosystème.
Pourquoi
cet environnement est très dégradé et va continuer
en se dégradant ?
A l'instar de
ce qui a été démontré pour les Baleines
du Pacifique nord et des interactions entre grands prédateurs,
"grands prédatés", petits prédateurs,
herbivores et végétaux, les espèces animales ont
besoin de l'ensemble de leurs "partenaires" trophiques pour
qu'un équilibre qui a mis des millions d'années à
se faire puisse de nouveau voir le jour. Il est impossible de stabiliser
les populations en l'état actuel de la biodiversité, même
pyrénéenne.
Quelle
part ont les grands Carnivores dans les dégâts aux troupeaux
?
Les dégâts
dûs aux grands prédateurs sur les troupeaux sont minimes
: une étude espagnole dans la seule zone d'Europe où persiste
un élevage supérieur à celui des Pyrénées
et la triade Ours-Loup-Lynx, a démontré que plus de 95
% des dégâts étaient dus à des Chiens errants
ou de promeneurs, environ 2% aux Loups et 1 % aux Ours et le
reste indéterminé...
Il a même été démontré que les Ours
slovènes consommaient pour une part importante de leur régime
des Fourmis.
Pourquoi
et comment une " réintroduction durable " ?
L'ours ne vit
pas seul : dans son environnement, il est prédateur des
Herbivores (dans une faible mesure toutefois) et concurrent d'autres
espèces de prédateurs (Loup, Lynx) et concurrent indirect
du Sanglier.
Afin d'accompagner la réintroduction de l'Ours, ils semble
de bon sens (en tous cas, c'est ce bon sens qui est appliqué
hors des frontières françaises) de réintroduire
d'autres éléments-clefs de l'écosystème
comme le Bouquetin par exemple.
Les Pyrénées ont été le siège d'une
première réintroduction à succès incarnée
par la Marmotte (disparue depuis la dernière ère glaciaire
!). Mais cette " restauration " s'est arrêtée
là et malheureusement, il n'y a pas pour l'instant de réflexion
sur des programmes " intégrés ".
Etat
" final " idéal
A l'étage
alpin supérieur, Izard et Bouquetin dont les populations seraient
ainsi en concurrence sur une partie de leur territoire. Plus bas le
Mouflon corse et en milieu sylvestre, les Cervidés. L'Ours, principalement
charognard pour ce qui est de son régime carné limiterait
l'expansion des épizooties par consommations d'animaux malades
et de cadavres porteurs. Son expansion serait limitée par la
consommation effectuée par les Loups, qu'il limiterait réciproquement.
Le Renard, face à l'arrivée de ces deux concurrents ne
pourrait voir ses effectifs que revenir à un niveau plus "
normal ".
Pourquoi
la chasse n'est pas incompatible et même nécessaire ?
D'une part, les
grands prédateurs, quand ils sont abondants, maintiennent un
état sanitaire et donc démographique plus constant que
lorsqu'ils sont absents.
Par ailleurs, en cas de réintroduction " durable "
par réintroduction d'un cortège " prédateurs-prédatés
", il ne manquerait pas d'y avoir une période d'instabilité
où la chasse pourrait servir d'outil de régulation afin
d'arriver plus vite à l'état d'équilibre.
Cette attitude pragmatique est celle
des Espagnols où des populations en expansion modérée
cohabitent avec un élevage important et une chasse autorisée
mais très réglementée dans des Parcs Nationaux.
Choix
de la population d'origine
Un choix a été
fait de réintroduire des Ours slovènes. Ces Ours
ont un habitus très différent des Ours pyrénéens
et sont génétiquement beaucoup plus éloignés
que ne le sont les Ours d'Espagne (environ 120 Ours - qui avait
en son temps refusé à la France de fournir des Ours sous
prétexte - avéré - que la France était incapable
de mener à bien une telle opération : après une
levée de bouclier d'un frange de la population pyrénéenne
et deux Ours abattus dans des circonstances douteuses, on peut dire
qu'ils avaient raison) ou ceux de Scandinavie. Il y a environ
600-700 Ours en Scandinavie et cette population possède deux
caractéristiques des Ours pyrénéens : elle est
du même " pool " génétique (contrairement
aux Ours slovènes) et son habitat-comportement est plus proche
de celui des Ours pyrénéens puisque les montagnes scandinaves,
malgré tout offrent le même type de milieu à plus
faible altitude en raison de la latitude (? Slovénie) comme d'ailleurs
l'a montré le comportement très " familier "
des Ours réintroduits en Couserans. Le comportement est peut-être
une des clefs pour éviter les problèmes de cohabitation
avec l'élevage.
Le 5 avril 2005
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Clevenger et
al (1994). Brown bear Ursus arctos predation on livestock in the
Cantabrian Mountains, Spain., Acta Theriologica 39:267-278.
Estes et al (1998) - Killer Whale Predation on Sea Otters Linking
Oceanic and Nearshore Ecosystems, Science 282 : 473-476
Große et al () - Ants: A food source sought by Slovenian
brown bears (Ursus arctos)?, Canadian Journal of Zoology 81 :1996-2005.
Informations Techniques des Services Vétérinaires
(1987) - Faune Sauvage d'Europe, Ed. R. Rosset, 408 pp.
Sørensen et al (2003) - Status and management of the brown
bear in Norway, IUCN reports, pp 86-89.
Taberlet & Bouvet (1994) - Mitochondrial DNA polymorphism,
phylogeography, and conservation genetics of the brown bear Ursus arctos
in Europe., Proc R Soc Lond B Biol Sci.255(1344) :195-200.
(1)
[NDR] Ce chercheur me disait en privé il y a quelque temps :
" je suis persuadé que le Loup n'a jamais vraiment complètement
disparu de la chaîne (j'en ai vu un en 1994 en Cerdagne, et j'ai
des témoignages d'éleveurs Couserannais et Cerdans qui
affirment en avoir vu lors des 50 dernières années !)".
Voilà qui change les données du problème et qui
semble plus réaliste que la thèse du loup italien arrivé
comme par hasard dans des réserves des Pyrénées-Orientales.
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(2)
[Note de Louis DOLLO] J'ai toujours eu beaucoup de réticence
à l'égard des scientifiques et universitaires qui nous
parlent de l'ours et vont donner des leçons à ceux qui
vivent dans son milieu. Celui-ci n'a pas échappé à
la règle mais il présentait un avantage :
1/ C'est un pyrénéen
2/ Comme vétérinaire, il a les pieds sur terre et parle
"pratique". Ce n'est pas seulement un théoricien
3/ Il traîne la montagne depuis longtemps et régulièrement,
pas seulement dans une vallée.
4/ C'est un homme de terrain qui parle avec la population locale y compris
dans la langue du pays
Mais ce ci n'a pas empêché des échanges parfois
vifs, des engueulades et même des insultes réciproques
disons de bons échanges gascons. Mais j'adopte la définition
qu'il se donne de lui-même : "citadin, écologiste
(de métier, non politique) et universitaire(peut être un
jour)" mais aussi "pyrénéen, rural (par son
métier) et pas forcément contre la chasse (enfin pas comme
elle est menée actuellement quand même !)". Retour