Quatre communes des Pyrénées s'apprêtent d'ici
au début juillet à accueillir cinq ours slovènes,
quatre femelles et un mâle, qui viendront renforcer une population
menacée de consanguinité et d'extinction si rien n'est
fait.
Passant outre la
colère de certains éleveurs sur place, la ministre de
l'Ecologie, Nelly Olin, a présenté lundi à Paris
son plan de "renforcement" de l'ours brun dans la région,
aux côtés des maires des quatre communes concernées
de Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées, toutes volontaires
pour accueillir les nouveaux venus à partir de la mi-avril.
Arbas (Haute-Garonne)
recevra le premier individu, Bagnères de Bigorre (Hautes-Pyrénées)
en accueillera deux, Burgalays et Bagnères-de-Luchon (toutes
deux en Haute-Garonne) les deux derniers, a-t-elle précisé.
Ils rejoindront
les 14 à 18 ours actuellement présents selon les estimations
officielles.
Il s'agit de remplacer
les trois ours morts par accident, après la disparition de Canelle,
tuée en 2004 par un chasseur, Melba et Claude, décédés
en 1997 et 1994.
Les
dernières introductions d'ours slovènes dans les Pyrénées
(la Slovénie a aussi fourni des ours à l'Autriche et à
l'Italie) remontent à 1996-97 et "tous
les oursons ont montré une parfaite capacité d'adaptation
au milieu", a expliqué Philippe Sénégas,
directeur de l'Environnement (Diren) de Midi-Pyrénées.
Les nouveaux-venus
feront l'objet de la même attention: une évaluation sanitaire
au départ de Slovénie et le suivi de leur adaptation,
au moyen d'une balise et en mobilisant chasseurs, naturalistes, agents
pour relever les traces de leur passage.
Leur capture et
leur transfert, dans une cage et en camion, sera suivi par une équipe
française composée d'un biologiste, d'un vétérinaire
et de trois assistants. Les sites de "lâcher" seront
sélectionnés pour garantir des refuges calmes et des tanières
possibles dans un rayon de 2 ou 3 km.
En apportant du
sang neuf, notamment des femelles actuellement déficitaires,
"nous réduisons fortement les risques de consanguinité,
l'une des principales menaces actuelles", a également
relevé Mme Olin.
Si le renforcement
de la population ursine a ravivé la colère des éleveurs
et de certains élus -- environ 350 personnes, venues des six
départements pyrénéens, ont manifesté contre
vendredi à Toulouse --, il satisfait les défenseurs de
la diversité naturelle et les communes qui les reçoivent.
Le maire d'Arbas,
François Arcangelli, qui réfléchit déjà
avec ses administrés au nom de baptême de "son"
ours, a rappelé qu'une pétition lancée par sa commune
avait reçu 125.000 signatures de soutien
au renforcement de l'ours brun. Celui de Burgalays, Alain Ladeveze,
a fait valoir que dès mars 2005, son conseil municipal s'était
porté volontaire.
Les communes entendent
ainsi affirmer "leurs valeurs et leur identité", a
déclaré l'édile de Bagnères-de-Luchon, René
Rettig. S'agissant d'une espèce protégée (depuis
1981), les maires sont en outre déchargés, en cas d'accident
ou de dégâts, des responsabilités qui leur incombent
habituellement.
L'ours a toujours
cohabité avec l'homme et ses troupeaux dans les Pyrénées
et n'y a jamais causé de mort d'homme.
L'y maintenir durablement nécessiterait plus que cinq nouveaux
représentants, reconnaît le ministère qui entend
cependant s'en tenir là pour le moment, après plus d'un
an d'âpres négociations et de concertations avec les responsables
locaux.
Le prédécesseur
de Mme Olin, Serge Lepeltier, avait évoqué en 2005 l'arrivée
de quinze ours sur trois ans: "Cinq, c'est aujourd'hui un chiffre
raisonnable et rassurant", a relevé l'actuelle ministre.
Source
: AFP/Yahoo
du 13 mars 2006