La décision de la commune de Bagnères-de-Bigorre et de
la communauté de communes de la haute Bigorre de se porter candidates
à l'accueil d'ours sur leur territoire montagneux, (voir
La Dépêche du Midi d'hier ), a soulevé un
vent de tempête en pays Toy (vallée de Luz) où élus
et éleveurs s'insurgent contre Rolland Castells, le maire et
conseiller général de Bagnères, qui a initiée
cette démarche.
« Nous
ne comprenons pas la position de ce vieil ours de l'UDF qui a pourtant
ratifié au conseil général une
motion contre la réintroduction du plantigrade dans notre
département » s'irrite Jacques Pelegry, le président
de l'interprofessionnelle AOC
Mouton Barèges-Gavarnie qui regroupe des éleveurs
ovins, des bouchers et des restaurateurs. Pour lui, « c'est
la preuve qu'il est contre le monde agricole et ses acteurs qui rencontrent
déjà suffisamment de difficultés pour sur vivre
et devraient maintenant subir perpétuellement les prédations
d'un fauve ».
Noël Fourtine,
éleveur et maire d'Esterre, est tout aussi remonté : «
Nous ne sommes contre les ours. Simplement, nous n'en voulons pas chez
nous et si l'on en lâche en Haut-Adour ils viendront forcément
ici. Rolland Castells n'a qu'à les garder chez lui en créant
une réserve ! Cet animal constitue une menace pour le pastoralisme.
Il décime les troupeaux et parfois même, comme nous l'avons
vu dans notre vallée il y a quelques mois, il n'a plus peur de
l'homme et n'hésite pas à s'introduire dans les bergeries
pour trouver sa nourriture ». Daniel Borderolle, le
président de l'association des maires du pays Toy, ne décolère
pas : « Je pense que le maire de Bagnères est un opportuniste.
Il change de position comme de chemise? Encore une fois, il considère
lles montagnards comme des individus de seconde zone. Si, chez lui,
des territoires sont abandonnés ce n'est pas le cas chez nous
où l'activité s'étend jusqu'en haut des montagnes
! Ici ». L'élu se demande « si derrière
tout ça, il n'y aurait pas d'autres enjeux du type subventions
» que voudrait s'accaparer le Haut-Adour. Noël Fourtine
poursuit : « La présence de l'ours va casser le tourisme.
Ici, les gens se promènent partout. S'il y a des fauves, ils
ne viendront plus ». Et Jacques Pelegry de conclure
: « On parle de la sauvegarde de la biodiversité mais
ces ours sont Slovènes et non Béarnais. Des Slovènes
il y en a plein en Slovénie. Aujourd'hui ce sont les bergers
qui disparaissent. Certains se mobilisent plus pour l'animal que pour
ces hommes ou les pauvres. C'est inacceptable ! ».
Hier, dans les
pâturages, des éleveurs prévenaient : «
Si il y a des ours un jour ici, il y aura un drame. On n'attendra pas
qu'ils s'en prennent à nous et à nos bêtes. On le
tuera avant ».
Auteur
: Guillaume Atchouel
Source : La
Dépêche du Midi du 3 février 2006.
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| Pour
ou contre, ils se positionnent |
| Ils
sont "pour" |
Georges
Azavant, président du parc national des Pyrénées
: Je suis d'accord mais c'est un point de vue personnel
qui ne reflète aucunement l'avis du conseil d'administration
du parc national. Si l'on ne fait rien et qu'aucune mesure
n'est prise, c'est la disparition de l'ours qui nous guette.
Mais il est dommage que cette réintroduction se fasse
sans l'Institution patrimoniale du Haut-Béarn. Et
puis, cinq ours, c'est un peu trop. Il aurait peut-être
fallu commencer par deux et dresser un premier constat au
bout d'un an ou deux.
Rolland
Castells, maire de Bagnères : Quand on dit que
l'ours est un intrus, je ne suis pas d'accord. Pour favoriser
la cohabitation du pastoralisme et des plantigrades, je
mise sur une amélioration des mesures d'accompagnement
et de gardiennage, la reconstruction de cabanes et l'emploi
de bergers et pourquoi pas l'aide de notre bon vieux patou.
C'est dans ce sens que je mets mon engagement.
|
| Ils
sont "contre" |
Jean-Louis
Cazaubon, président de la chambre d'agriculture :
Je me dois de dire non. La réintroduction de
l'Ours dans les Pyrénées est un gros danger
non seulement pour l'activité touristique mais aussi
pour le pastoralisme et les professionnels de la montagne.
Au nom de la biodiversité et du modernisme, c'est
toute l'harmonie entre l'homme et la montagne qui est en
péril.
Guy
Dotter, guide de haute-montagne (Sainte-Marie-de-Campan)
: « Les Pyrénées ne sont pas un territoire
assez vaste. L'ours a besoin de grands espaces et peut se
retrouver en présence de bétail ou de touristes,
avec les conséquences que l'on peut imaginer. Ce
sont surtout les citadins, qui sont favorables à
sa réintroduction. Si la réintroduction réussissait,
un jour ou l'autre, il y aura un problème avec des
visiteurs, là on ne parlera plus de la même
façon ».
Chantal
Robin-Rodrigo, députée des Hautes-Pyrénées
(PRG) : Il n'y a aucune nécessité de réintroduire
des ours dans les Pyrénées. L'ensemble des
élus du massif s'était déjà
réuni pour peser le pour et le contre et rien de
positif n'en était ressorti. Surtout quand on connaît
les dommages causés par Papillon. Il faut tout de
même garder en mémoire son intrusion dans une
grange à Chèze, situé à 1 200
mètres d'altitude. Les vallées sont profondes
et habités, un ours ne peut y vivre sans qu'il y
ait des problèmes.
Jacques
Béhague, conseiller général du canton
de Luz (Pays Toy) : Je souhaite que le débat
sur la réintroduction reste dans une polémique
maîtrisée. Nous défendons avant tout
une profession qui vit au coeur des montagnes. Les sondages
sont faits sur des gens qui n'habitent pas dans les Pyrénées
et qui ne vivent pas de l'élevage.
Michel
Pélieu, maire de Bordères Louron et vice président
du conseiller général : Attention, je
ne suis pas un anti-ours. C'est un animal mythique et fascinant,
véritable patrimoine de nos Pyrénées.
Mais en matière de réintroduction, je suis
plutôt réservé. La cohabitation avec
le pastoralisme qu'il faut défendre me semble difficile
à la vue des idées aussi diamétralement
opposées.
|
| "Ni
oui, ni non" |
Jean-Louis
Lechène, guide de haute-montagne (Cauterets)
: « Personne ne peut être contre dans la mesure
où l'on n'est pas concerné. Mais le grand
public n'imagine pas toujours quue la présence de
l'ours n'est pas vraiment compatible avec l'élevage?
La réintroduction de l'ours ne ssera toujours que
du rafistolage. Cela n'empêchera pas la détermination
des chasseurs et des bergers de le voir disparaître
».
Henri
Sallanabe, président de la confédération
paysanne : Je n'ai pas vraiment d'idée arrêtée
sur la question. Dans ce dossier, il ne faut surtout pas
être radical. Si réintroduction il y a, il
faudra évoquer le problème de l'harmonie avec
le pastoralisme. Et j'espère que cette harmonie est
possible. Mais pour cela, il faudra s'asseoir autour d'une
table afin de trouver les solutions pour que tout le monde
en sorte gagnant.
Pierre
Forgues, député et conseiller régional
a un avis plutôt mitigé sur la question
: Je suis d'accord si les éleveurs acceptent. L'ours
est une image originale de nos Pyrénées, mais
il faut penser aux problèmes que cela pourraient
leur poser. Ils sont les premiers à protéger
et je suis entièrement de leur côté.
Ils font parti de la richesse de nos montagnes, tout comme
l'ours.
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| A
savoir... |
L'ours,
un emblème. Il constitue les armoiries de plusieurs
communes et clubs de sport du département comme Tournay,
Ossun et le Tarbes-Rugby-Pyrénées. Il a donné
son nom à plusieurs endroits en montagne. Il fait partie
du patrimoine.
Commission
d'étude. Commandée par le conseiller général
de Lourdes Est José Marthe, une étude sur la réinsertion
de l'ours dans les Pyrénées est en train d'être
menée par le conseil général. D'une durée
de six mois, elle est présidée par Jean-Claude Palmade.
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