L'association ASPAP
écrit au Président de la République:
Monsieur le Président,
Le lundi 13 mars 2006, Madame Nelly Ollin, Ministre de lÉcologie
et du Développement Durable, a pris, dans le cadre du plan de
restauration de lours brun dans les Pyrénées françaises,
la décision dintroduire cinq ours slovènes.
Une large majorité
de Pyrénéens condamnent cette décision tant elle
est en inadéquation avec leur mode de vie, leurs convictions
profondes et leur vision de lavenir de ce magnifique massif.
L'imminence de nouveaux lâchers ainsi que les attaques répétées
et la présence incessante des ours dans nos villages mettent
les populations locales dans un état d'alerte sans précédent
(voir la liste des attaques davril 2006 ci-jointe en annexe).
Nous nous appuyons
sur ces derniers éléments ainsi que sur notre travail
de réflexion pour vous demander, Monsieur le Président,
de mettre en place un moratoire d'une durée d'un an avant tout
lâcher d'ours slovène.
Un moratoire pour
quelles raisons ?
1- afin de mettre en place une concertation digne de ce nom et donner
enfin la parole à toutes les personnes réellement concernées
par le sujet, c'est à dire celles qui vivent au quotidien, particuliers
ou professionnels, les répercussions de ces décisions.
2- afin également d'apaiser un climat social de plus en plus
tendu, au regard du sentiment de mépris, de désespoir
et de colère.
3- pour trouver enfin une solution à l'inquiétude et au
danger que représentent les attaques et la présence des
ours dans nos villages et nos montagnes.
En ce qui concerne
la sécurité publique, les populations sont effrayées
à l'idée qu'une mauvaise rencontre entraîne l'irréparable.
Elles ne comprennent pas que les pouvoirs publics, avertis d'un tel
danger depuis si longtemps, attendent un drame humain, semble-t-il,
pour enfin prendre les décisions qui s'imposent. Le récent
arrêté préfectoral annonçant un plan d'effarouchement
confirme nos craintes par rapport au risque d'accident et met en oeuvre
des moyens qui ne sont pas à la hauteur des dangers encourus.
La réintroduction,
dans les Pyrénées, dune espèce, certes protégée
mais absolument pas menacée de disparition en Europe, doit-elle
se faire à tout prix, malgré des risques liés à
la sécurité des personnes de plus en plus évidents
? Comment la France expliquerait-elle à ses citoyens un accident
tel que celui qui vient de se produire le 13 avril dernier aux États-Unis
(une fillette de 6 ans tuée par un ours, sa mère et son
petit frère de 2 ans très grièvement blessés
voir article de presse en annexe).
La seule capture
des ours concernés par ces intrusions dans les zones habitées
ne résoudrait en rien la problématique de la cohabitation,
la multiplication d'ours slovènes à l'intérieur
de nos petites vallées habitées et fréquentées
ne pouvant qu'amplifier les phénomènes décrits
ci-dessus.
Convaincus de l'incohérence du plan de réintroduction
d'ours et révoltés par l'irresponsabilité de l'État
qui laisse divaguer les ours autour de nos maisons et qui savère
incapable de les contenir, nous souhaiterions nous entretenir avec vous,
Monsieur le Président, et avec Madame la Ministre de l'Ecologie
pour vous présenter plus en détail notre réflexion,
que vous trouverez synthétisée dans le document ci-joint
: Manifeste pyrénéen contre la réintroduction d'ours
slovènes.
Il est le fruit
d'un travail mené en partenariat par une assemblée d'habitants,
de professionnels utilisateurs et spécialistes de la montagne
(bergers, éleveurs, chasseurs, pêcheurs, randonneurs...),
de professionnels du tourisme, d'élus et de représentants
de communes et de collectivités locales, d'organisations syndicales...
Il est également
défendu par des scientifiques, avec notamment l'appui officiel
de personnalités aussi éminentes que Monsieur Yves COPPENS,
paléontologue, Monsieur Jean Louis ÉTIENNE, explorateur
et médecin, et Monsieur ETCHÉLÉCOU, Président
du Comité Scientifique du Parc National des Pyrénées.
Tous les acteurs de cette réflexion, pour la plupart chefs d'entreprise
ou responsables de collectivités ayant l'habitude des engagements
et des prises de décisions, possèdent le bon sens terrien
propre au monde rural et défendent des positions qui, loin des
clivages politiques, concernent tout simplement un territoire. Les six
départements de la chaîne des Pyrénées sont
impliqués, ainsi que toutes les régions autonomes du versant
espagnol, de la Catalogne à la Navarre.
Dans les vallées
concernées, des délibérations contre les réintroductions
dours sont prises par une écrasante majorité des
communes et des intercommunalités.
Depuis 10 ans, notre mouvement s'appuie sur une réflexion élaborée
par un ensemble de professionnels et de partenaires locaux qui, de par
leurs compétences et leur fonction, connaissent parfaitement
le terrain, la culture, l'histoire des Pyrénées.
Cette réflexion
a donné lieu à des productions de documents, des prises
de paroles, des interventions, soit directement auprès des services
de lEtat, soit au travers des médias.
Nous constatons et regrettons régulièrement que les pouvoirs
publics ne répondent pas aux interrogations et aux conclusions
qui sont les nôtres.
Nous avons déjà
demandé ce moratoire dun an, le 12 et le 13 avril 2006
par courrier et conversation téléphonique au Ministère
de l'écologie et du développement durable et à
la Préfecture de l'Ariège
En espérant
qu'en nous adressant à la plus haute autorité de l'État,
notre message et notre demande d'entretien seront entendus, nous vous
prions dagréer, Monsieur le Président, lexpression
de notre considération la plus élevée.
Pour l'ASPAP,
M. Claude CARRIÈRE, co-président
M. Olivier RALU, co-président
M. Alban SENTENAC, co-président
Par email, Stéphane
Lessieux, pour l'ASPAP (Association pour la Sauvegarde du Patrimoine
dAriège-Pyrénées)