Cinq ours seront lâchés avant l'été dans
les Pyrénées, afin de sauver cette espèce menacée
d'extinction en France. La ministre de l'écologie, Nelly Olin,
devait annoncer, lundi 13 mars, les lieux choisis et les mesures d'accompagnement
de ces lâchers. Quatre nouvelles femelles et un mâle rejoindront
la quinzaine d'ours présents dans la chaîne pyrénéenne.
Originaires de Slovénie, ces animaux seront réintroduits
dans les Pyrénées centrales, où plusieurs communes
sont volontaires pour les accueillir.
Aucun lâcher
n'aura lieu dans les Pyrénées-Atlantiques, qui comptent
les derniers représentants, tous mâles, de la branche locale.
Le Norvégien Jon Swenson, spécialiste consulté
par le ministère de l'écologie, a pourtant recommandé
de leur "donner la priorité". "Si aucune
femelle n'est relâchée dans les Pyrénées
occidentales, la diversité génétique des mâles
restants sera perdue", a-t-il prévenu.
Des scientifiques
estiment d'ailleurs que l'introduction de cinq individus est insuffisante
pour sauver l'espèce. Le précédent ministre de
l'écologie, Serge Lepeltier, avait bien envisagé de réintroduire
une quinzaine d'individus. Mais Mme Olin a revu ce chiffre à
la baisse devant l'hostilité du monde agricole, soutenu par plusieurs
élus, dont le président (PS) du conseil général
de l'Ariège, Augustin Bonrepaux, et le député (UDF)
des Pyrénées-Atlantiques Jean Lassalle. Cet élu,
qui condamne la "décision intempestive de l'Etat",
décrit "un mauvais climat" sur place et prévient
qu'"il risque d'arriver des accidents aux ours".
"GUERRE CIVILE PYRÉNÉENNE"
Cette introduction pourrait relancer la "guerre civile pyrénéenne",
selon l'expression de Jean-Marc Prim, de la Fédération
départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA)
des Pyrénées-Atlantiques. Depuis l'arrivée, en
1996 et 1997, de trois ours, également d'origine slovène,
la cohabitation entre hommes et ours a été tendue. Des
animaux ont été abattus. De fait, le prédateur
a cristallisé plusieurs antagonismes : entre paysans et écologistes,
entre ruraux et urbains, entre pouvoirs locaux et "Paris".
Pour M. Prim, la
présence de l'ours est "ingérable" pour les
paysans, qui pratiquent un élevage extensif et disposent de faibles
revenus. L'ours tue ou effraie les animaux, qui tombent dans des ravins.
"Il faudrait des centaines de salariés pour garder les
troupeaux, nous ne les avons pas", affirme-t-il. Les brebis,
autrefois gardées par des bergers en altitude, sont aujourd'hui
laissées libres de pâturer dans les estives. Selon le ministère
de l'écologie, 200 à 300 animaux par an, victimes de prédations,
font l'objet d'une indemnisation.
Des pertes minimes,
selon les défenseurs de l'animal. Pour eux, l'ours brun, même
s'il n'est pas menacé au niveau mondial, doit être préservé
en France car il fait partie du patrimoine pyrénéen. En
outre, rappelle Yannick Giloux, délégué général
de l'association Ferus, "la France a pris des engagements européens
et internationaux pour préserver la biodiversité".
Dans les Pyrénées
centrales, l'Association pour le développement durable en Pyrénées
centrales (ADET) a réussi à fédérer plusieurs
élus autour d'un projet de développement agricole et touristique
centré sur la présence de l'ours. Les trois quarts de
la population des départements concernés y seraient favorables,
affirme Alain Reynes, directeur de l'ADET, qui estime que l'hostilité
des agriculteurs est une "opposition de principe".
Des moyens de protection des troupeaux existent, comme le gardiennage
et l'utilisation de chiens, rappelle-t-il, en ajoutant que "le
budget du programme de réintroduction de l'ours s'élève
à 1,5 million d'euros par an, dont la moitié est utilisée
pour l'aide au pastoralisme".