La situation des ours roumains est peu enviable. Enfermés
dans des cages, maltraités, ils ne sont pas réellement
protégés par la loi roumaine. Mais des associations se
mobilisent pour sauver une des plus grandes richesses de la Roumanie,
un pays où vivent près de la moitié des ours dEurope.
Le fait que la
moitié des ours dEurope vive en Roumanie devrait remplir
dorgueil le peuple roumain. En effet, les statistiques démontrent
quil sagit là dune richesse unique sur le continent
européen, où le nombre de ces animaux baisse dannée
en année.
Malheureusement,
au pays des Carpates, « faire de largent » semble
parfois être devenu la seule raison de vivre et la chasse à
lours est un marché à ne pas sous-évaluer.
Cest aussi un grand divertissement pour les étrangers de
passage.
En plus de la chasse,
qui chaque année cause la disparition de centaines dours,
il existe un autre piège : la captivité et les mauvais
traitements. Plusieurs dentre eux sont montrés près
des restaurants où lon se divertit en les regardant et
en leur donnant quelque chose à manger.
Une campagne est
actuellement menée, en Roumanie, pour la libération des
ours en captivité. Les organisations Libearty et Hotnews.ro,
initiateurs de la campagne, se battent afin de convaincre les «
maîtres » des ours et les autorités locales de libérer
les animaux. Ils seront ensuite emmenés dans une réserve
près de Zarnesti-Brasov.
Jusquà
présent, vingt ours ont été sauvés et vivent
désormais dans la réserve de Zarnesti, tandis quune
trentaine sont encore prisonniers de leur petite cage de fer et de ciment,
à proximité de restaurants et dauberges. Les ours
des cirques et des jardins zoologiques vivent aussi un véritable
enfer en Roumanie. Transformés en objets, ils sont humiliés,
maltraités, vendus, tenus en cage, condamnés à
une vie denfermement.
Malheureusement,
linitiative proposée par Libearty et Hotnews.ro na
pas encore eu décho médiatique. Les organisations
dénoncent le manque dengagement des institutions à
faire respecter les lois sur cette question.
La réserve
Libearty, dans la localité de Zarnesti-Brasov, occupe 60 hectares
dune forêt de chênes. Elle a été inaugurée
il y a un an, grâce à une coopération internationale
entre lassociation « 30 millions damis » de
Brasov, la commune de Zarnesti, qui a mis gratuitement le terrain à
disposition, et la Société Mondiale de Protection des
Animaux (WSPA), qui a donné près dun million deuros.
Ici, les ours récupérés
tentent de shabituer à la vie en semi-liberté. Ils
ont des bassins deau, des arbres où ils peuvent grimper,
de la nourriture et des abris individuels. Ils doivent sadapter
à cette transition entre lagonie et la liberté,
et ce nest pas si facile.
Durant sept ans,
Christina Lapis, linitiatrice du projet, a récolté
des fonds pour la libération des ours. Cet argent nest
pas utilisé pour racheter les animaux, même si leurs propriétaires
en demandent parfois des sommes importantes pour libérer leurs
ours. Par exemple, le propriétaire dun ours de Manda, dans
le conté de Brasov, a demandé 700 euros pour son ours
âgé de cinq ans enfermé dans une cage misérable
de 10m², cachée entre les machines agricoles dune
société commerciale.
« Nous ne
leur donnons pas dargent, car cela encouragerait ce genre de pratique,
a souligné Chritina. Ce sont souvent les autorités qui
doivent intervenir pour libérer les animaux en captivité
».
Lhistoire
de Libearty commence avec la mort de lourse Maia, enfermée
depuis plus de dix ans dans une cage. Après une vie impossible,
Maia sest suicidée : lourse sest littéralement
déchiqueté les pattes inférieures, et est morte
vidée de son sang.
Dautres ours
ont eu plus de chance : parmi ceux qui sont arrivés à
Zarnesti, il y a aussi Mura, lourse artiste qui durant des années
a dansé la lambada au cirque Globus, Odi, qui a vécu 12
ans dans une cage de 12m², ou encore Ionica, une ourse de 23 ans
enfermée sa vie entière dans un zoo de la Moldavie roumaine.
Depuis 6 mois, cest à dire depuis sons arrivée dans
la réserve, Ionica reste adossée au mur et ne se déplace
que de deux mètre à droite ou deux mètre à
gauche.
Lappel à
la libération des ours na pas provoqué de réaction
de la part des autorités. En revanche, les habitants des communes
ont réagi par centaine. Beaucoup racontent sur Internet des cas
désespérés dours rencontrés près
de restaurants, dauberges de montagne, de jardins zoologiques.
Doru, par exemple,
écrit que lon doit continuer à dénoncer ce
type de maltraitance et espère que les autorités de protection
de lenvironnement et des animaux ne resteront pas les mains dans
les poches. De plus, il se souvient avoir vu, à 5 km de Sebes,
aux abords dun motel, deux ours et un chat sauvage, enfermés
dans de petites cages dans des conditions précaires.
Dautres dénoncent
les conditions de certains zoos, où les animaux sont affamés,
enfermés dans des cages étroites, humiliés et maltraités
par les visiteurs. Bientôt, les jardins zoologiques de Roumanie,
membre de lUnion européenne (UE), devront se soumettre
aux normes de lUE. « Déjà, nous sommes confrontés
à de nombreuses demandes de sauvetage. Mais notre parc nest
adapté que pour une cinquantaine dours. Si leur nombre
devait doubler, cela signifierait une surpopulation et donc de mauvaises
conditions », explique Christina Lapis. Il sagit donc dune
situation durgence. Les fonds nécessaires pour poursuivre
cette initiative pourraient bien être trouvés grâce
à des financements de lUE, si bien sûr des projets
valables sont présentés.
Par ailleurs, la
fourrure des ours peut également être vendue. Pour la récupérer,
on continue demployer des méthodes atroces : des sacs de
plastique sont enduis de graisse de porc, les ours les mangent, sétouffent
et meurent. La fourrure est ensuite vendue pour quelques millions deuros
à des chasseurs étrangers « moins chanceux ».
Les autorités
roumaines gonflent souvent les chiffres officiels afin de permettre
dabattre un nombre plus élevé de bêtes. Selon
les statistiques officielles, le nombre dours aurait augmenté
ces dernières années de 5.700 à 7.350 individus.
Ainsi, pour la saison de chasse de 2007-2008, 350 ours pourraient être
abattus. En revanche, selon Libearty, le nombre total dours en
Roumanie ne dépasserait pas 3.500 ou 4.000. Ainsi, pour la saison
de chasse, 10% de leur population sera abattue, alors que leur croissance
naturelle nest réellement que de 4%.
La raison de cette
falsification des chiffres est facile à comprendre : pour chaque
ours abattu, on paie une taxe de 10.000 euros, un chiffre considérable.
La Roumanie est en fait lunique pays où sorganise
de véritables chasses à lours : des centaines dours
assassinés chaque année. La situation est différente
en Bulgarie ou en Slovaquie où, selon la presse de Bucarest,
il nest permis de chasser que de 10 à 20 ours. Pour les
autorités, une telle chasse se justifie par le nombre trop élevé
dours. On invoque également le fait que les ours affamés
descendent dangereusement des montagnes vers les villages. Mais une
chasse effrénée est-elle vraiment la solution adéquate
à ce problème ?
Auteur
: Mihaela Iordache
Source
: Osservatorio sui Balcani du 30 avril 2007 - Traduit par Caroline Target
pour le
courrier des Balkans du mercredi 9 mai 2007