La vallée proche du Parc national veut cohabiter avec l'ours
brun, qui attire les touristes. Mais de l'autre côté de
la frontière italienne, les braconniers attendent l'animal de
pied ferme
«Depuis le passage de «Lumpaz» en 2005 en Haut-Adige,
en Italie, les autorités du Tyrol du Sud n'ont rien entrepris
pour informer la population sur une cohabitation de l'homme avec les
plantigrades. La situation est radicalement différente dans le
val Müstair, aux Grisons, proche de la frontière avec l'Italie.»
Pour Joanna Schönenberger, 35 ans, responsable du Projet ours du
WWF, la plus imposante des bêtes sauvages d'Europe qui se baladerait
dans la province italienne risquerait sa peau.
Le plus visé?
«JJ3», son nom scientifique dans le cadre du projet de repeuplement
Life ursus élaboré dans le Trentin italien, un jeune adulte
âgé d'un an et demi, et qui a été repéré
à deux reprises à la mi-juin dans des vallées latérales
du val Müstair: le val Mora et le val Vau.
«S'il
quitte la Suisse, il risque de devenir la cible des braconniers»,
ajoute Joanna Schönenberger. Il est vrai, au cours de son passage
au sud du col Stelvio (I), au début du mois, «JJ3»
a massacré 12 moutons. «Il est revenu à plusieurs
reprises au même endroit. Il ne les a pas tués en une seule
fois.»
Les
politiciens italiens mettent les pieds au mur
Conséquence : le monde politique de la région de Bolzano
(I) est en émoi. D'autant plus que Luis Durnwalder, le gouverneur
de la province du Tyrol du Sud, n'a jamais caché son hostilité
envers les bêtes sauvages qui réapparaissent dans les Alpes.
Dans un premier temps, il a même proposé d'endormir «JJ3»
afin de le déplacer. Un projet jugé fantasque par le WWF:
«L'ours, on le sait, voudra revenir dans la région où
il a été enlevé. De plus, on ne peut pas décider
à sa place du territoire qu'il veut occuper, ça ne marche
pas comme ça!»
Tancé par
Rome, le gouverneur est revenu partiellement sur son projet et ne parle
plus que de poser un collier muni d'un émetteur sur l'animal
afin de suivre ses déplacements. Malgré l'hostilité
de certains politiciens, le WWF a réussi à établir
des contacts fructueux avec des fonctionnaires du Tyrol du Sud qui ne
sont pas opposés à la présence de l'ours, et prépare
des projets communs de protection des ruchers et troupeaux. Mais dans
une région où le braconnage découle d'une tradition
liée à des dures conditions d'existence, les chasseurs
peu scrupuleux foisonnent. «Lumpaz», «Polisson»
en rhéto-romanche, avait été le premier ours en
2005 à fouler le sol de la Suisse depuis plus d'un siècle.
Toutes les rumeurs concordent pour affirmer qu'il a fini ses jours sous
les balles.
A l'opposé
de l'attitude qui prévaut dans la province de Bolzano, la majorité
des 1200 habitants du val Müstair sont favorables au retour du
plantigrade. La vallée reculée, traversée par le
Parc national a vu sa population diminuer au fil des ans. Et puis, soudain,
en été 2005, avec le passage de «Lumpaz»,
le miracle: les hôtels sont pleins à craquer. «En
deux ans, la population s'est préparée au retour des ours,
poursuit Joanna Schönenberger. Aujourd'hui, deux tiers des bergers
sont équipés de barrière électrique et de
chiens pour faire face à des raids des prédateurs sur
leur troupeau.»
Symbole de l'accueil
réservé à l'animal, un ours sculpté trône
au milieu d'un hameau proche de Tschierv. «La cohabitation
entre l'homme et l'ours est possible à condition que chacun reste
à sa place. L'ours doit craindre les hommes et ne pas être
tenté par des apports faciles en protéines comme des moutons
sans surveillance ou de la nourriture laissée à l'abandon.»
Des
apiculteurs peu rancuniers
«Je me bats pour la préservation d'une nature intacte,
et l'ours en fait partie.» Renata Bott, 64 ans, présidente
des apiculteurs du val Müstair, n'est pas rancunière. «JJ3»
a pourtant saccagé deux ruchers de la région. «Avec
mes collègues apiculteurs, nous posons des barrières électrifiées
alimentées par un générateur solaire.»
Le matériel, environ 1000 francs par rucher, est payé
par la Confédération. Le solde, s'il y en a, est pris
en charge par le WWF. Mais le travail n'est pas rétribué.
Pas de quoi décourager Renata, qui peut compter sur la solidarité
entre apiculteurs pour électrifier au plus vite le périmètre
qui entoure la vingtaine de ruchers que compte le val grison. «L'un
des traits particuliers de «JJ3», petit frère de
«Lumpaz» et de «Bruno», abattu en Bavière
l'an passé, c'est d'avoir été élevé
d'une façon particulière par sa mère «Jurka».
La maman emmenait son rejeton avec elle pour l'initier au pillage des
ruches.»
Un ours très discret
Le 3 juin, près
de Zernez (GR), au lieu-dit Ivraina, une maîtresse d'école
découvre un ours de taille adulte du genre timide.
L'animal, âgé d'environ deux ans et demi, ne s'attarde
pas longtemps et sera repéré à nouveau, un peu
plus tard dans le Val Dischma, près de Davos. «Les quelques
poils laissés par cet ours n'ont pas permis de l'identifier.
Mais le fait qu'il fuit les humains prouve qu'il n'a pas été
contaminé par leur présence et que son comportement est
normal. C'est un très bon signe», précise Joanna
Schönenberger, du WWF.
Accident
mortel en Roumanie
«Il ne faut jamais nourrir un ours sauvage ou laisser de la
nourriture à sa disposition. Il ne faut pas lui donner l'impression
qu'il est attaqué en allant à sa rencontre, et bien sûr
ne pas utiliser des flashs pour le photographier.» Joanna
Schönenberger, du WWF, commentait hier l'accident qui s'est produit
dans les Carpates, en Roumanie, et qui s'est achevé par la mort
d'une touriste américaine dans la nuit de samedi à dimanche.
Une ourse qui était sortie de la forêt pour chercher de
la nourriture dans les poubelles de cabane a attaqué un groupe
de six touristes sur un sentier. L'animal avait été ébloui
par les flashs d'appareils photo.
«Les flashs aveuglent momentanément l'animal, qui a
l'impression d'être attaqué», explique la responsable
du Projet ours.
«De plus, de nombreux ours en Roumanie ont un comportement
anormal depuis l'époque de Ceausescu, qui les nourrissait pour
pouvoir plus facilement les abattre au cours de parties de chasse.»
Auteur
: Victor Fingal
Source : Le
Matin du 24 juin 2007