Les régions de montagne et les paysans ne veulent pas du «Concept
Ours brun» de la Confédération. Pour eux,
la Suisse est trop petite pour l'animal.
A l'opposé,
les défenseurs de la nature verraient d'un bon il le retour
du plantigrade dans les Alpes, après 80 ans d'absence et une
petite incursion l'été dernier.
80 ans après avoir été vu pour la dernière
fois en Suisse, le retour d'un ours l'été dernier dans
les Grisons a reposé la question de sa cohabitation avec l'homme.
Devenu en quelques
jours une star des médias et une grosse attraction touristique,
le plantigrade s'était promené plusieurs semaines dans
le Parc National et autour des frontières entre la Suisse, l'Italie
et l'Autriche, dévorant au passage quelques moutons.
L'animal avait
ensuite disparu des regards dès la fin septembre. Les spécialistes
supposent qu'il est actuellement en hibernation mais ils ne savent pas
où.
Cohabitation possible ?
Cet épisode a amené l'Office
fédéral de l'environnement (OFEV) à élaborer
un «Concept
Ours brun suisse». Selon ce document, l'homme et l'ours
devraient parvenir à vivre ensemble. Et s'il l'on devait abattre
l'animal, ce ne serait qu'en dernier recours.
Pour cela, il faudrait
que l'ours ne craigne plus l'homme au point de pénétrer
dans des zones d'habitations ou qu'il ait grièvement blessé
ou tué une personne. Mais s'il ne s'en prenait qu'à du
bétail, il aurait la vie sauve.
Vendredi sont tombés
les résultats de la mise en consultation de ce Concept fédéral
auprès des milieux intéressés. Et la tendance est
nettement au refus.
«En aucun
cas !», clament les montagnards.
Ainsi, la Communauté de travail pour les régions de montagne
souligne que le retour des grands carnivores en Suisse ne peut conduire
qu'à des problèmes insolubles, même avec le meilleur
des concepts. Pour elle, «une coexistence du loup, de l'ours
et de l'homme est une illusion dans notre pays».
«Si l'ours revient, il ne trouvera plus le biotope nécessaire»,
plaide pour sa part le Groupement suisse pour les régions de
montagne. La Société suisse d'économie alpestre
et la Société suisse d'élevage de moutons ne sont
pas non plus - on pouvait s'en douter - emballées par le projet
fédéral.
«Pas de zoo à ciel ouvert»
La proximité de l'ours avec l'homme, mais aussi avec le lynx
et le loup laisse également sceptiques les autorités du
Canton du Tessin. «Il faut éviter de créer un zoo
à ciel ouvert», estime Marcello Bernardi, directeur de
la Division environnement.
Selon lui, l'ours
devrait pouvoir être abattu s'il cause de grands dommages à
la faune ou au bétail et pas seulement s'il est un danger pour
l'homme. De plus, Berne devrait assumer les coûts de l'opération
et non «couper dans les budgets comme elle l'a fait pour le loup».
Le Valais est aussi
mitigé. «Cet animal a été éliminé
parce que la cohabitation avec l'homme s'est révélée
impossible. Un siècle plus tard, ce constat est toujours valable»,
indique le gouvernement cantonal.
Quant au Canton
des Grisons, un des principaux concernés, il a demandé
un délai de réflexion supplémentaire pour se prononcer.
Sa position ne sera connue que le 10 mai.
Eviter un drame
Sceptique encore,
l'Union suisse des paysans, qui doute que partager le même
territoire soit possible. L'organisation considère que les pouvoirs
publics doivent couvrir sans réserve les mesures de protection,
ainsi que les éventuels dégâts commis par le plantigrade.
Pour les paysans,
il s'agit également d'éviter à tout prix un incident
tragique impliquant un être humain.
L'organisation
faîtière des chasseurs suisses propose de son côté
des conditions moins strictes pour le tir de l'ours. Selon elle, sa
présence ne devrait être tolérée que dans
certaines régions bien définies, le tir étant autorisé
de manière générale à l'extérieur
de ces zones.
Quelques avis positifs
A l'opposé, les organisations de défense de la nature
et de l'environnement approuvent le nouveau Concept.
Pro
Natura se déclare convaincue qu'une cohabitation pacifique
est possible entre l'homme et l'ours dans tout le pays. Selon elle,
l'essentiel est que la population soit informée sur la manière
de se comporter correctement avec le plantigrade.
De son côté,
le WWF
salue la prompte réaction de la Confédération (1)
après l'incursion d'un ours brun dans les Grisons. Il considère
toutefois que ce Concept manque d'une stratégie claire pour les
mesures à prendre dans le domaine public.
Le
Parc national des Grisons, directement concerné, est
également conquis. Pour lui, le projet indique des moyens pratiques
permettant un bon voisinage.
Source
: swissinfo
et les agences du 15 avril 2006
(1)
[NDR : Au
15 avril 2006, le WWF
Suisse ne faisait aucune allusion à la problématique
de l'ours sur son site Web. Il aurait été intéressant
que cet organisme qui fait de nombreuses déclarations puisse
apporter des informations crédibles pour justifier sa position.]