HAUT BÉARN.
Il émerge d'un très long sommeil hivernal où la
neige l'avait plongé dès novembre. Que fait l'ours à
son réveil ? Réponses d'un naturaliste
«S'il
fait beau et luit Chandeleur (2 février), six semaines se cache
l'ours » : le proverbe n'est pas spécialement béarnais.
Mais l'ours des Pyrénées s'y est scrupuleusement conformé
cet hiver, comme s'en amuse Gérard Caussimont, naturaliste, président
du FIEP (1), membre du réseau de suivi « ours brun »,
qui étudie le bougre dans son milieu depuis trente ans : «
J'ai trouvé des traces le 2 février dans le massif Aspe-Ossau
», témoigne M. Caussimont.
Puis plus rien
jusqu'à la mi-mars : « Ce qui est curieux, c'est que
dans le Trentin (Italie), les Cantabriques (Espagne) et les Pyrénées,
les ours sont ressortis au même moment ».
Le temps s'étant
mis au beau et à la douceur, le plantigrade est descendu dans
des parties inférieures de forêts (vers 800-900 mètres)
où il a trouvé la luzule, l'herbe des hêtraies,
abondante cette année : « Avec d'autres collègues
du FIEP, on a aussi relevé des indices dans les pâturages
en fond de vallée. C'est ce qu'on trouve en ce moment ».
Horloge
biologique
Quand
il sort de sa « tuta » (tanière en occitan), l'ours
a perdu un bon tiers de son poids - un mâle pyrénéen
pèse de 150 à 200 kg, une femelle 80 à 100. Il
mange avant tout de l'herbe.
Faute de mieux,
mais d'abord parce que cet apôtre à l'occasion moutonicide
est avant tout herbivore, la viande - brebis bien roulée mais
aussi vieille charogne d'isard - n'entrant que pour 8 à 10 %
dans son alimentation.
On va le voir,
ou pour mieux dire l'imaginer, jusqu'en avril, brouter près des
gaves et des torrents, remontant « l'onde de végétation
». Il est alors très près des routes et de zones
habitées. Ce n'est pas là, souligne Gérard Caussimont,
le comportement nouveau d'ours importés, mais bien celui qu'il
a de toute éternité.
Un tronc d'arbre
déchiqueté a dernièrement témoigné
d'un festin de larves d'insectes xylophages, rare source de protéines
par ces temps de neige abondante. L'oeuvre de Néré ? Si
ce n'est lui, c'est l'un de ses deux frères, subsistant dans
les Pyrénées occidentales (entre Aspe-Ossau et Aragon).
Sur l'ensemble de la chaîne, on n'est sûr aujourd'hui que
de l'existence de 15 spécimens.
La montée
des températures tire l'ours de son profond sommeil hivernal,
mais son « horloge biologique » est aussi sensible
à la luminosité. « Dans un premier temps, il
va avoir une activité réduite, pas très éloignée
de l'endroit où il a passé l'hiver ». C'est
plus tard, quand il aura repris des forces, en mai-juin, qu'il se mettra
en quête de l'âme soeur.
Mais de là
à ce que naisse un ourson, dans la tanière, en plein hiver,
sous la mamelle nourricière de l'ourse dont le lait est extrêmement
riche, ô combien d'aléas !
Il se sera produit
l'instant fatidique, en octobre, de l'implantation de l'embryon. Or
il y faut des conditions favorables, sachant que la gestation est courte
mais qu'une ourse ne peut mettre bas que tous les deux ans. L'ourson
: à la naissance, une boule minuscule de 350 grammes. Qui dans
les Pyrénées n'atteint l'âge adulte qu'une fois
sur deux.
(1) Fonds d'intervention
éco-pastoral.
Auteur
: Recueilli par Thomas Longué
Source : Sud-Ouest
du 18 avril 2009