Le très médiatique
maire de Melles est visiblement mécontent de la façon dont se déroule
la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées centrales et il le fait
savoir.
Travail de l'équipe
de suivi, manque de volonté de l'administration et des élus locaux...
pour André Rigoni si on continue dans cette voie, on va droit dans le
mur.
Vous prétendez
que la tentative de recapture de « Ziva » se serait très mal passée:
pourquoi?
La recapture de
« Ziva » était très difficile. Celle-ci était suivie par deux oursons
et il était prévisible qu'en voulant recapturer la mère on avait de
grandes chances d'attraper un de ses rejetons, c'est ce qui s'est produit.
Le signal d'alarme censé prévenir l'équipe de suivi espagnole ne s'est
pas déclenché et l'ourson pris au piège a passé un nombre d'heures important,
peut être vingt-quatre heures avant d'être délivré.
Ce n'est pas tout,
une fois anesthésié, on a voulu lui mettre un collier qui était semble-t-il
prévu pour la mère. Ça n'allait pas et ce collier a dû être trafiqué
avec des morceaux de fils de fer. C'est aberrant. A mon avis, on va
vers un véritable gâchis d'autant qu'on est sans nouvelles fiables des
oursons de « Melba ». Au mois de juin dernier, nous avions huit ours
sur le massif, je serais curieux de savoir combien il en reste actuellement.
A propos du
collier de l'ourson, qui vous a donné les informations?
Je ne veux pas
citer de nom mais je tiens ces renseignements d'une source très autorisée
à l'Office national de la chasse, sinon je ne me permettrais pas de
les annoncer publiquement.
Vous dénoncez
également le comportement de l'équipe de suivie et plus largement de
la DIREN dans cette opération.
Je constate que
nous avions des objectifs bien précis quand nous nous sommes lancés
dans cette opération: c'était l'ours pour les habitants de ces vallées
et avec les habitants de ces vallées. On n'a pas réintroduit des ours
pour faire plaisir à une équipe de techniciens qui s'amusent avec, qui
jouent les apprentis sorciers des deux côtés de la frontière. Actuellement,
on attrape les ours, on leur met des colliers qui ne tiennent pas, en
plus on perd la trace des animaux, c'est vraiment incohérent.
Je ne veux pas
être trop critique à l'égard de l'équipe de suivi qui a fait de l'excellent
travail par ailleurs, mais on sait que dans ces vallées, les éleveurs
sont très réticents au sujet de la réintroduction. On leur met dans
les pattes des bergers itinérants dont ils ne veulent pas. Pourquoi
aller contre leur volonté? Certains éleveurs, n'ont pas encore été indemnisés
pour les brebis égarées l'an passé alors que les documents indiquent
que le doute doit leur bénéficier et que dans certaines circonstances
les brebis égarées doivent être prises en compte.
Vous évoquez
aussi un manque notoire d'informations.
Ecoutez, il y a
pour le moins de la rétention d'informations. L'ADET a appris par la
presse la capture de l'ourson. Les renseignements nous les tenons par
la bande. Ça ne peut pas durer. Avant, nous avions une information journalière
exigée par l'ancien sous-préfet de Saint-Gaudens. Maintenant, c'est
une information hebdomadaire et elle est incomplète. Où veulent en venir
ces gens-là, s'ils souhaitent que le projet capote, qu'ils le disent
carrément mais j'ai l'impression qu'ils font tout pour que ça se fiche
en l'air.
Pourtant le
bilan de cette opération doit être fait cette année.
De façon arbitraire
on a décidé « trois ans, trois ours ». La charte ne stipule pas cela.
Il y avait bien une réintroduction expérimentale de trois ours mais
il n'a pas été question de faire des bilans au bout de trois ans. C'est
l'administration qui l'a décrété. A l'automne dernier on nous avait
annoncé un bilan pour le mois de juin et j'apprends maintenant qu'il
se fera en fin d'année.
Le parc de vision
vous paraît-il en bonne voie?
Je n'en entends
plus parler. Le vicomte de la Panouse s'étonne que ça n'aille pas plus
vite. Est-ce qu'il se fera? Je suis d'autant plus sceptique que de nouveaux
parcs animaliers voient actuellement le jour. Nous étions les premiers
sur les rangs et nous allons nous faire griller. C'est dommage car le
seul élément positif de développement économique que nous aurions pu
mettre en place.
Comment voyez-vous
l'avenir du projet de réintroduction?
Je crois qu'il
est bien mal barré, mal géré, mal managé. A mon niveau, j'ai fait le
maximum mais il aurait fallu que d'autres élus de ces vallées prennent
le relais et se joignent à nous, ce qui n'a pas été le cas. Du côté
des élus comme de l'administration, je pense qu'il n'y a plus rien à
attendre. A mon sens, le salut ne peut venir que de l'opinion publique.
Il faut lancer une vaste souscription à l'échelle nationale pour que
nous reprenions tout ça en mains et que nous pilotions le projet de
A à Z. L'ours fait parti du patrimoine national au même titre que la
tour Eiffel ou le musée du Louvre.
Ne pensez-vous
pas que vos détracteurs vont vous taxer de vouloir faire un coup de
pub parce que vous n'êtes plus à la tête de l'ADET?
C'est possible,
mais si je ne suis plus à la tête de l'ADET, c'est parce que j'ai laissé
ma place et que celle-ci avait perdu tous ses moyens financiers. J'ai
66 ans et je ne cherche pas à faire de coup politique. Maintenant, il
faut que les élus commingeois se rencontrent, qu'ils discutent de cette
opération et si la grande majorité d'entre eux est hostile à la réintroduction
de l'ours, qu'ils le disent ouvertement mais qu'on ne continue pas comme
cela en entretenant de faux espoirs y compris avec le parc animalier.
Alain PUENTE.
Source : article du 30 avril 1998 paru dans La
Dépêche du Midi