Les
bergers veulent chasser Néré de leurs troupeaux
Les
éleveurs du secteur du col de Spandelles sont exapérés par la présence
de l'ours slovène. Tous savent qu'il est là mais se sentent désarmés
pour essayer de le bouter hors de leur montagne. Reportage.
Hier matin, un
vautour trace de nouvelles circonvolutions dans le ciel bleu du secteur
d'Estibète, en lisière des Pyrénées- Atlantiques. Il recherche quelques
carcasses à se mettre sous le bec.
Au col d'Ansan,
ces quatre éleveurs de brebis du secteur d'Asson-Ferrières, n'y prêtent
plus guère attention. Depuis trois mois ils n'ont d'yeux que pour l'ours
slovène jugé responsable de la mort de plusieurs dizaines de bêtes (notre
encadré). Enfin, presque. Ils n'ont jamais réussi encore à le voir.
Mais c'est sûr, Néré n'est pas loin, terré dans quelque bois entre les
pics de Monbula (1.583 m) et Granquet (1.881 m). Ce subadulte de 3 ans
issu de la population réintroduite en 1996 a prélevé 51 bêtes chiffre
officiel- dansles troupeaux du secteur.
« A Monbula, il
a non seulement tué une brebis mais a détruit une fontaine. Il a aussi
coupé un arbre de dix centimètres de diamètre à hauteur d'homme. Puis,
dans un moment de folie, il a jeté les branches à plus de dix mètres
», raconte Maurice Sanchou.
Maurice Sanchou
est le dernier éleveur de Ferrières, à avoir retrouvé un cadavre issu
de son troupeau de 180 têtes. La macabre découverte au col du Passet
-environ deux kilomètres du col de Spandelles-, remonte à avant-hier
matin, 8 heures (notre édition datée d'hier).
Redescendre les
troupeaux
Comme lui, ces
bergers du secteur, rassemblés symboliquement à portée de fusil de Néré,
veulent chasser le prédateur de leur territoire. « Mais on n'a même
pas le droit de le chasser ne serait-ce qu'à blanc. A une centaine de
bonhommes pourtant, on arriverait à le faire partir d'ici », regrette
Pierre Lescloupé, ce berger d'Asson.
Pierre Lescoupé
est le plus touché par les prélèvements de Néré. Il a perdu treize têtes.
Aussi comme pour conjurer le sort, il a décidé de raison garder en resdecendant,
cette semaine, d'estive son troupeau.
Comme ses amis
du secteur il sait aussi le coût de ces décès, pour l'heure, toujours
pas indemnisés. Mais en revanche il a aussi calculé le surcoût engendré
par cette redescente prématurée des montagnes. Plus d'un mois avant,
ce sont cinq tonnes de fourrage et deux de maïs nécessaires. La facture
va s'élever à 9.000F environ.
L'ombre
du prédateur plane
Les éleveurs de
brebis sont formels. Ils ne sont pas les seuls à endurer les coups de
dents de Néré. Selon eux, deux bovins terrorisés se sont jetés dans
un ravin. Plusieurs chèvres également n'ont plus donné signe de vie
dernièrement. Même la présence d'un chien Patou dans le troupeau de
Maurice Sanchou n'a pas mis en fuite l'ours slovène. Alors que l'ombre
du prédateur plane sur tout ce secteur montagneux, les bergers se demandent
encore comment sortir de cette tuerie aveugle. Ils ont remarqué qu'il
avait plutôt tendance à frapper par temps couvert. Mais cela ne leur
donne pas la solution finale.
Dans le même temps
les gardes du Parc national essaient de recueillir le moindre indice
de son passage. Hier matin, Eric Boyer et Christian Caerey, sont redescendus
bredouilles. A leur arrivée, au contact des bergers, l'inévitable question
est tombée. « Alors? » Rien, aujourd'hui, d'après eux. Ils confirment
néanmoins sa présence dans les parages.
En attendant que
la nuit n'enveloppe une nouvelle fois les troupeaux, Jean Lacau, le
premier berger à avoir retrouvé des brebis tuées en mai dernier s'interroge:
« Demain est-ce que, à mon tour, je ne vais pas découvrir de nouvelles
victimes? »
Didier
LAGEDAMON.
51
brebis tuées en 3 mois
Depuis la fin du
mois de mai l'ours a tué à 51 reprises dans un rayon de quelques kilomètres
au col d'Ansan situé à quelques centaines de mètres du col de Spandelles
(1.378 m), au-dessus de Ferrières, une petite commune limitrophe avec
les Pyrénées- Atlantiques.
Selon les bergers,
l'ours a d'abord tué cinq brebis du troupeau de Jean Lacau, en a blessé
deux autres tandis qu'une autre est portée disparue dans le massif des
Escures. Marie Sarthe, elle, en a relevé une dizaine. Puis fin juin
Jean Lanot en a eu trois de tuées entre fin juin et début juillet aux
Escures. Dans le même temps Roger Brousset a perdu six brebis laitières.
Raymond Borde, a en découvert cinq mortes et neuf blessées.
Quant à Pierre
Lescloupé, sur 135 têtes, il déplore treize décès. Début août Germain
Gentillet a perdu un bélier sur le secteur du Granquet.
Enfin Maurice Sanchou
a recensé trois morts, deux mercredi dernier sur le secteur du col du
Passet; en juillet, il avait perdu une brebis entre les pics d'Estibète
et de Monbula
Extrait
de La Dépêche du Midi du 19 août 2000