Les opposants à lours reviennent dun deuxième
voyage
Comme ils lavaient fait après leur voyage détudes
dans les Asturies espagnoles, les opposants à la réintroduction
de lours ont présenté leur point de vue après
un déplacement dans une autre zone à ours, le Trentin
italien.
Hélène Huez (ASPAP 09), André Rouch et Jean-François
Rummens (Fédération pastorale de lAriège),
Francis Ader, Madé Maylin et Claude Vielle (ADDIP) étaient
de ce voyage, entre le 10 et le 13 décembre, organisé
par le ministère de lEcologie dans le cadre de lévaluation
du plan Ours. Et sil fallait résumer cette visite dans
lextrême nord de lItalie, Mme Huez expose que "on
nous a parlé essentiellement de lours ; il a fallu chercher
par nous-mêmes des informations sur le milieu dans sa globalité,
et la cohabitation avec le pastoralisme".
La zone à
ours du Trentin - Haut-Adige a connu, à linstar des Pyrénées,
le programme Life dintroduction dours slovènes à
la fin des années 90. Mais les points communs avec la chaîne
pyrénéenne sarrêtent là. Implantés
par la volonté locale de cette très riche et touristique
province au statut autonome, sur un parc naturel prééxistant,
les dix ours exportés de Slovénie font lobjet dune
gestion publique, "avec un suivi beaucoup plus transparent que
dans les Pyrénées, des techniciens pour qui le dossier
ours nest pas la seule activité, et des capacités
dintervention importantes en cas de problème".
A tel point quil
a été statistiquement démontré quune
ourse causait énormément de dégâts, lanimal
a fait lobjet de mesures deffarouchement, puis dune
capture et dun placement dans un parc fermé. "On
aurait aimé quun dispositif statistique comme celui-là
existe pour Boutxy ou Franska", notent sans ironie les membres
de lASPAP. Et à propos de prénoms, il est intéressant
de signaler que si la première génération introduite
a été baptisée dans les règles de lart,
"les oursons nés dans le Trentin sont identifiés
par les initiales des parents et des numéros. Tout simplement
parce quaprès avoir joué, comme en France, sur le
registre affectif, les promoteurs du projet se sont rendus compte que
cela pouvait rendre difficile la gestion de certains cas problématiques.
Par exemple, lourse à problèmes aujourdhui
enfermée fait lobjet dune pétition demandant
son relâchement, malgré les preuves apportées par
léquipe technique elle-même".
Et les militants
de lASPAP dobserver également que "malgré
les gros efforts de communication faits autour de lintroduction
de lours, un sondage effectué par les autorités
locales montre quen 2003, davantage de personnes se disaient opposées
à la présence ursine dans le Trentin quen 1997".
En fait, à
en croire MM. Lacube, Rouch et Rummens, ainsi que Mme Huez, tout se
passe comme si le Trentin navait pas vraiment besoin de lours
: "cest une zone extrêmement touristique, le parc
naturel compte 900.000 visiteurs par an. Mais le parc de vision de trois
ours nenregistre que 9.000 entrées
" Et les
professionnels du tourisme, au poids économique considérable,
ont été parmi les premiers à sinquiéter
quand la fameuse ourse à problèmes a fait un peu trop
parler delle.
Quant à
la cohabitation entre lactivité agricole et la présence
ursine, la question a généré une colère
certaine des opposants pyrénéens : "on sest
rendus compte que là-bas, le pastoralisme est quasiment inexistant".
La zone intermédiaire, entre 300 et 800 mètres daltitude,
est en effet couverte de vergers. Plus haut, on trouve la hêtraie
et sapinière entrentenue par des coupes ponctuelles. Enfin, de
1400 à 1800 mètres, sétalent les pelouses
pour les estives. "Après, il ny a plus que les
parois rocheuses des Dolomites". Et cest dans cette configuration
quun pastoralisme local travaille : "sur la zone à
ours, on compte 200.000 hectares de surfaces destive, mais seulement
4.000 ovins pour
6 éleveurs, détaille Jean-François
Rummens. En Ariège, la surface destive est deux fois moindre,
pour 55.000 ovins et 650 éleveurs
"
Du côté
des bovins, on ne compte quune quinzaine déleveurs
pour environ 2000 têtes de bétail. "Et surtout,
il faut voir que ces éleveurs viennent de relativement loin
pour la transhumance, ce ne sont pas des personnes qui habitent dans
le secteur".
Avec de tels chiffres,
un premier élément apparaît pour répondre
à la question de lacceptation italienne de lintroduction
des ours. Ceci dit, tout le monde nest pas unanime : "oui,
nous avons rencontré des maires se disant favorables à
larrivée des ours, reconnaît André Rouch.
Mais dautres élus locaux sinquiètent quant
à la sécurité de leurs administrés : les
ours ne vivent pas au coeur du parc naturel mais en périphérie,
non loin des zones urbaines. Et ils nhésitent pas à
venir se servir sur les ruches, les volailles, les arbres fruitiers
et la vigne
"
Malgré le
calme relatif qui entoure la présence ursine en Italie, la population
de plantigrades souffrirait de pertes aux alentours de 30 %, avec un
nombre dadultes stagnant depuis dix ans. "Lopération
italienne dintroduction dours est sur le fil du rasoir,
constatent les membres de lASPAP, la pérennité de
la population ursine nest pas assurée". Et
si dautres ours étaient lâchés dans la zone,
"ils viendraient à étendre le territoire de présence
ursine. Pas sûr alors que lacceptation soit la même
"
Après ce
deuxième voyage instructif du groupe dévaluation
du Plan Ours, les deux inspecteurs généraux mandatés
par le ministère de lEcologie devraient se rendre dans
les Pyrénées en janvier. Et si aucune décision
ne sera prise avant les municipales de mars 2008, les militants de lASPAP
attendent des réponses : "que va-t-on faire, reprendre
le rythme des lâchers ? Arrêter les frais ?" Dautant
quils aimeraient également "voir, pour une fois,
un endroit où la cohabitation fonctionne vraiment entre des ours
et un pastoralisme vivant".
Auteur
: A. C.
Source : La
Gazette Ariègeoise du 9 janvier 2008
Pour en savoir
plus le site Web de
l'ASPAP