La secrétaire d'état à l'écologie, Nathalie
Kosciusko-Morizet, qui se rend jeudi 26 juillet à Toulouse, veut
" favoriser la coexistence " entre les plantigrades
et les hommes
Depuis avril, Franska serait de toutes les prédations, ou presque.
Les preuves de ses forfaits ne sont pourtant pas toujours évidentes,
mais qu'importe. L'exaspération monte. Les éleveurs des
Baronnies (Hautes-Pyrénées) ont organisé le 22
juin une battue d'effarouchement, provoquant une mise en garde préfectorale
sur ce type d'actions pouvant "relever d'une forme de délinquance".
293 prédations
imputables aux ours depuis début 2007
Depuis le début 2007, les dommages se répartissent ainsi
: deux brebis tuées en Haute-Garonne, 121 dans les Hautes-Pyrénées
(sans compter 20 bêtes dont les causes de la mort feront l'objet
d'un examen par une commission ad hoc en octobre), 125 en Ariège
(ainsi que 19 brebis dont les cas seront également examinés
par la commission) et six dans les Pyrénées-Atlantiques.
Au total donc,
dans l'hypothèse haute englobant les victimes encore " douteuses
", 293 prédations imputables aux attaques d'ours. En 2006,
sur toute l'année, on comptait 369 brebis tuées et indemnisées,
406 en 2005.
" Pour
l'instant, on ne peut parler d'une hausse réelle des prédations
par rapport aux années précédentes que dans les
Hautes-Pyrénées ", commente l'équipe technique
en charge du suivi des ours (ETO).
"Un
comportement induit par les conditions locales"
Pour les défenseurs de la réintroduction de l'ours, ce
pic n'est guère étonnant : " Le comportement des
ours est induit par les conditions locales, martèle Alain Reynes,
directeur de l'association Pays de l'ours-Adet. Ils frappent dans les
Pyrénées centrales tout simplement parce que les troupeaux
ne sont pas gardés. Entre 200 et 450 bêtes sont indemnisées
suivant les années. En 2007, nous serons encore dans cette fourchette.
Les prédations des ours ne représenteront donc une fois
de plus que 2 % des pertes habituellement constatées sur le massif,
où 10 000 à 20 000 bêtes meurent tous les ans pour
différentes raisons. "
Retour à
la case départ donc pour le débat sur l'ours, et plus
largement pour l'avenir du pastoralisme pyrénéen. Pour
les défenseurs du plantigrade, l'ours révèle surtout
l'inadaptation du système actuel, avec des troupeaux laissés
libres sur les estives, sans protection ni surveillance, d'où
le taux de mortalité important du cheptel.
La solution ? Une
mutation, à l'image de celle réalisée dans les
Alpes où, face aux loups, les troupeaux sont regroupés
la nuit et gardés sur certains espaces dans le cadre de contrats
de protection ouvrant droit à des financements publics.
"Réorganiser
un débat à l'échelle du massif"
Pour faciliter cette transition, des aides sont effectivement prévues
dans les Pyrénées par les mesures d'accompagnement au
programme de restauration de l'ours : aide au gardiennage, à
l'achat de clôtures et de chiens patous pour encadrer les troupeaux.
" Ces crédits
ne sont que très partiellement affectés, et on note une
absence manifeste de projets, souligne-t-on au ministère de l'écologie
et du développement durable. Est-ce un problème de lourdeur
administrative, un manque d'intermédiaires techniques ou un refus
de principe ? Il faudrait réorganiser un débat à
l'échelle du massif, et sans doute avancer l'évaluation
de ce plan, prévue en 2009, pour faire un bilan dès la
fin de l'année. "
Pour les éleveurs,
c'est le fondement même du programme ours qui n'est pas acceptable.
" Il s'agit d'un schéma intellectuel, un modèle
type que l'on veut nous imposer mais qui méconnaît les
réalités du terrain", tempête Marie-Lise
Broueilh, éleveuse dans les Hautes-Pyrénées et
chargée de mission à l'Association pour le développement
durable de l'identité des Pyrénées (Addip).
"C'est
une expérience millénaire qui valide notre choix de laisser
les troupeaux en liberté, pas la mauvaise foi ou la fainéantise
! Les bêtes savent où elles vont, savent chercher les différents
types d'herbes là où il faut. Les encadrer, c'est aller
à l'encontre du bien-être des animaux, mais aussi de nos
prairies d'altitudes, notre richesse fondamentale.
"Le regroupement
apporte plus d'inconvénients que d'avantages. Les mesures préconisées
sont en plus intenables : on manque de bergers, les cabanes sont inexistantes
et exigeraient un investissement trop lourd, et l'efficacité
des chiens patous reste relative pour une gestion en revanche très
lourde. "
"Ce
qui réussit aujourd'hui ne réussira pas nécessairement
demain"
Et les éleveurs de s'appuyer sur l'exemple du dérochement
d'Orlu (Ariège), début juillet. Un troupeau parqué,
gardé par trois chiens, mais un ours qui rôde semble-t-il
et effarouche les brebis. Bilan : 94 bêtes qui se précipitent
au fond d'un ravin.
" Ce que
nous disons, c'est que le pastoralisme dans les Pyrénées
est complexe, et ne peut s'adapter à un modèle unique
dicté, entre autre, par la présence de l'ours ",
reprend Marie-Lise Broueilh. Cette complexité, les chercheurs
du Centre d'études et de réalisations pastorales Alpes-Méditerrannée
(Cerpam) la révèlent dans une étude publiée
récemment sur les effets des regroupements de troupeaux face
aux loups dans les Alpes.
Ils soulignent,
entre autres conséquences néfastes, l'abandon de zones
de pâturages éloignées ou difficilement accessibles,
qui entraîne une perte de biodiversité. " Les réponses
que l'on peut apporter aux risques de prédation ne sont pas plus
définitives qu'extrapolables (
) Ce qui convient ici ne
conviendra pas nécessairement ailleurs, ce qui réussit
aujourd'hui ne réussira pas nécessairement demain : il
n'existe pas à ce jour de modèle valable partout et toujours
", écrivent-ils.
Ces conclusions
apportent de l'eau au moulin des anti-ours pyrénéens.
Ces derniers viennent de sortir de leur chapeau un vieux projet qu'ils
soutiendront jeudi à Toulouse devant la secrétaire d'état
chargée de l'écologie Nathalie Kosciusko-Morizet : le
cantonnement des ours dans un espace clos, un temps envisagé
en 1996 dans le Comminges haut-garonnais.
" L'acceptation
de cette proposition irait dans le sens de l'apaisement en permettant
aussi au gouvernement de sortir de cette crise la tête haute ",
assure Marie-Lise Broueilh. Un discours qui fait bondir Alain Reynes.
" Définir des zones pour l'ours serait le plus simple,
mais ne résoudrait rien en termes de développement durable
et dans le long terme. Je ne veux pas croire que le nouveau ministère
d'État puisse prendre comme première mesure symbolique
pareille décision à l'encontre d'une espèce emblématique
de la montagne française. "
"La
situation est explosive."
C'est du moins ce que répètent nombre d'éleveurs
pyrénéens, excédés par les pérégrinations
assassines des ours depuis quelques semaines. En particulier par le
parcours meurtrier de Franska, ourse slovène introduite au printemps
2006 sur le massif, et qui, toutes griffes et dents dehors, multiplie
les attaques contre les troupeaux ovins en Ariège et dans les
Hautes-Pyrénées.
Auteur : Jean-Luc
FERRE
Source : La
Croux du 25 juillet 2007