La guerre de lours a ses partisans. Certains lespèrent
et la préparent, dautres la redoutent et préféreraient
léviter. La guerre de lours est un combat idéologique,
entre deux camps qui devraient sentendre plutôt que de sopposer.
Cette bataille est malheureusement symbolique de la place de lanimal
sauvage dans notre société. Entre la rentabilité
économique et le respect du vivant, chacun doit faire son choix.
Lours est un animal qui symbolise la vie sauvage partout dans
le monde. Il a cohabité longtemps avec lhomme sans trop
de problème, jusquau jour où nous avons eu besoin
de son territoire pour nous étendre toujours plus largement.
Lours devient alors une source de conflit. Une guerre à
armes inégales se met alors en place. Une lutte entre la rentabilité
à court terme et le maintien de la vie et de la biodiversité
à longue échéance.
Si lon prend
lexemple de lours polaire, on saperçoit quil
na jamais été autant menacé quaujourdhui.
Quil ne le sera jamais autant que demain. Habitant solitaire de
terres particulièrement inhospitalières pour le commun
des mortels, il marche pourtant, malgré lui, sur une mine dor
noir. Dores et déjà menacé par la pollution
de notre merveilleux monde civilisé, par la chasse, par les changements
climatiques plus rapides que jamais, lours a un autre problème.
Il vit sur des réserves de pétrole encore inexploitées.
Que faire dans
un monde toujours plus énergétivore ? Dans ce monde qui
fait la guerre pour du pétrole ? Laisser les ours dormir sur
des milliers de dollars ou ajouter à leur malheur une concurrence
humaine qui lui sera peut-être fatale ? Lours vaut-il plus
que le pétrole quil garde en réserve ? Lours
polaire vaut-il plus quune nouvelle voie maritime ?
Et lours
à lunettes ? Les 2000 derniers représentants de lespèce
ne sont-ils pas en concurrence avec les paysans ? La survie de Tremarctos
Ornatus mérite-t-elle une mobilisation internationale ? Peut-on
en toute conscience la laisser disparaître sous prétexte
de champs dévastés ? Pour sauver lours, peut-on
dépenser quelques milliers deuros pour former les paysans
et leur offrir les moyens de protéger leurs cultures, ou laisserons-nous
ces derniers éliminer lindésirable ? Une balle coûte
moins cher quune clôture. Cest sûr. Mais la
perte de la biodiversité ne risque-t-elle pas à brève
échéance de nous affecter ?
Et lours
dans les Pyrénées ? Quel scandale de vouloir le préserver
! Et le loup dans les Alpes, dont le retour naturel est toujours contesté
par les opposants au canidé ? Ces deux prédateurs que
lon protège ne risquent-ils pas de faire disparaître
les troupeaux des montagnes et toute une économie ?
Quest-ce
qui a conduit nos éleveurs à vouloir se débarrasser
à tout prix des ours et des loups ? Alors que les associations
ultra-pastorales nous servent chaque année le même discours
(le pastoralisme a une action très importante dans lentretien
de la montagne, puisquil empêche la fermeture du milieu),
le Grand Charnier a le courage dannoncer la véritable couleur
sur son site. Lélevage a changé et les troupeaux
ont atteint parfois plus de 1500 têtes.
"Dans ce
contexte économique difficile, tout a concouru à développer
un élevage de type extensif -en particulier dans les Alpes du
Nord- caractérisé par la dominante de grands troupeaux
qui pâturaient sur de vastes espaces avec beaucoup de déplacements
et une surveillance peu contraignante.
- dabord
labsence de prédateurs, contrairement à nos voisins
Italiens ou Espagnols qui ont toujours dû cohabiter avec le
loup et qui ont, en conséquence, développé un
autre type délevage à dominante laitière.
- linfluence
de la PAC avec des subventions proportionnées à la taille
des troupeaux.
- enfin la
réduction des coûts de production liés, dans ce
système extensif, à un moindre coût de main-doeuvre."
Lélevage
extensif est plus lucratif. Il lest encore plus quand on abandonne
la production de lait, qui demande de la main doeuvre, pour la
production de viande. Les troupeaux peuvent être laissés
sans surveillance, sans plan de déplacement, sans contrainte...
surtout si on éradique les prédateurs.
Mais alors, lélevage
actuel est-il bon pour la montagne ? Lours et le loup mettent-ils
en danger la biodiversité en empêchant les brebis de brouter
en paix ?
Dans le Courrier
de lenvironnement n°48 de février 2003, Farid Benhammou
(École nationale du génie rural, des eaux et des forêts)
explique dans son article intitulé : les grands prédateurs
contre lenvironnement ? faux enjeux pastoraux et débat
sur laménagement des territoires de montagne que :
"La taille moyenne des troupeaux ovins destive a atteint
1 000 à 1 500 têtes (Chambre dagriculture des Alpes-Maritimes,
1996 ; Benhammou, 1999). Ceci na pas empêché certains
milieux de se fermer. En outre, les pâturages restants ont souvent
concentré des charges de cheptel ovin bien supérieures
à ce quils accueillaient par le passé.
Ainsi, les objectifs agri-environnementaux de la gestion de milieu par
le bétail ne peuvent être obtenus sans le gardiennage dau
moins un berger et un plan de conduite des troupeaux car les ovins sont
très sélectifs dans leur consommation de plantes. Or,
beaucoup déleveurs dans les Alpes laissent les brebis chercher
leur alimentation et abandonnent des zones, jugées mauvaises,
qui sembroussaillent " puisque les bêtes ny vont
pas " (in Chabert et al., 1998, p. 6). Cette étude pré-citée,
coordonnée par J.-P. Chabert, démontre bien que sans contrainte,
les brebis ne consomment pas les ligneux et plantes précurseurs
de la fermeture des milieux. De plus, des bêtes non guidées
convenablement peuvent altérer des milieux daltitude sensibles
" aux piétinements répétés et à
lérosion " (Durand, 1999). Les brebis livrées
à elles-mêmes ayant tendance à privilégier
certaines zones, elles peuvent surpâturer notamment les pelouses
alpines au détriment dun sous-pâturage des zones
sub-alpines (1 500 à 2 000 m daltitude) (Parc national
des Écrins, 1999). Les exemples de dégradations pastorales
sont aussi fréquents dans le Mercantour comme dans le vallon
du Lauzanier jadis zone réputée pour sa richesse floristique
et qui est en passe de devenir un désert botanique (Durand, 1999).
De même, des troupeaux non gardés ou peu gardés
peuvent avoir des effets négatifs sur la faune sauvage : piétinement
des zones de nidification du Tétra-lyre ou du Lagopède,
dérangement des ongulés sauvages, concurrence alimentaire
et transmission de maladies à la faune sauvage quand les animaux
domestiques sont mal soignés (Resche-Rigon, 1982), pertes de
biodiversité en insectes principalement liées à
lusage de produits anti-parasitaires toxiques (5)
(Durand,
1999 ; G.C., comm. pers. ; A.B., comm. pers.)."
Le rôle du
pastoralisme dans lentretien du paysage était donc incontestable.
Etait. Mais de nos jours, il nassure plus correctement son rôle.
Laugmentation exponentielle des troupeaux rend les mesures de
protection quasiment inefficaces ou inapplicables. Impossible également
de conduire de si grands troupeaux pour quil joue son rôle
dans lentretien des paysages.
Les éleveurs
ne sont pas seuls responsables. La chute du prix de la viande et la
concurrence les ont conduits à réduire les coûts
de production pour vendre leur viande. La PAC les a incités,
par son système de subvention proportionnées à
la taille du troupeaux, à augmenter le nombre des bêtes.
Les associations
de protection de lenvironnement sont taxées par les associations
ultra-pastorales de (tenez-vous bien) "talibans de lécologie",
de "profiteurs dont le gagne pain est les financements des programmes
type LifeCoex" (ouf, nous ne sommes pas concernés puisquon
ne touche pas de subventions, contrairement à lASPAP, financée
par le Conseil Régional de lAriège et les éleveurs
en général, financés par... lEurope).
AVES France néchappe
pas à la critique. Presque 4 mois avant la sortie de notre livre
"Palouma, lhistoire de lourse qui voyagea dans les
Pyrénées", nous étions déjà
attaqués par Louis Dollo, journaliste de lextrême,
qui est capable de décortiquer le contenu dun livre sans
lavoir lu (puisquil nétait pas publié)
!
"Bien entendu,
ce projet soutenu par une association qui na jamais caché
son extrémisme en utilisant des méthodes souvent peu soucieuses
de la vérité, ne peut pas sempêcher de faire
référence à celle qui, pour certain, est considérée
comme une " martyre ", cest-à-dire Cannelle
tuée en novembre 2004."
Aucune allusion
nest faite à Cannelle dans le livre. Cest lhistoire
de Palouma... Cannelle était une ourse née dans les Pyrénées
; Palouma a été réintroduite ! Nous taxer dextrémisme
? Parce que nous avons publié un dossier sur les clôtures
de protection ? Parce que nous réclamons le retour de réserves
de protection intégrale où le pastoralisme serait AUTORISE
à la seule contrainte de mettre en place des mesures de protection
financées par lEtat ? Cest presque de la diffamation,
mais Dollo est coutumier du fait...
"Il ne
semble pas quà la lecture de cet ouvrage les enfants puissent
connaître les vrais ours ni même en avoir la moindre idée."
Je ne peux que
vous conseiller dacheter le livre pour vous en faire une idée.
Vous verrez que ça change des histoires où papa ours prend
soin de son petit, ce qui nexiste pas dans la nature. La suite
des critiques est du même acabit : critiquer sans lire est une
de ses spécialités. Discréditer et désinformer
est certainement la raison pour laquelle il se prétend journaliste.
Pour nous, la guerre
de lours naura pas lieu, même si nous resterons vigilants
et que chaque atteinte à la biodiversité sera soldée
par une plainte auprès des tribunaux compétents.
Il est évident
que les éleveurs craignent les nouvelles orientations de la politique
agricole européenne, mais ils ne doivent pas se tromper de cible.
Lours et le loup de sont pas responsables des décisions
politiques et ne doivent pas être sacrifiés sur lautel
de la lutte qui les oppose avec la PAC. Contrairement à ceux
qui nous montrent du doigt, nous navons rien à gagner à
conserver les espèces protégées, à part
notre survie peut-être.
Auteur
: Christophe CORET
Source : AVES-France
du dimanche 20 juillet 2008