Les trois maires élus hier au conseil d'administration du
Parc national des Pyrénées démissionnent de ce
mandat. Pour bloquer cette structure et exiger un dialogue
Depuis des mois,
des maires des vallées d'Aspe et d'Ossau s'opposent à
la manière dont le Parc national des Pyrénées prend
forme dans sa nouvelle version. En intégrant dans sa zone d'adhésion
des communes qui, estiment-ils, risquent de perdre de leur autonomie
et de leurs possibilités de développement économique.
Une fronde d'autant
plus marquée que cette nouvelle organisation - qui doit être
actée par une charte - n'a été précédée
par aucun dialogue avec les élus locaux, estiment-ils.
Les «
anti » majoritaires
Cette
opposition, à la tête de laquelle on retrouve le député
Jean Lassalle, maire de Lourdios-Ichère et président de
l'Institution patrimoniale du Haut Béarn, a trouvé son
aboutissement hier, à la sous-préfecture d'Oloron.
Les trente maires
des vallées d'Aspe et d'Ossau étaient invités à
y élire leurs représentants au sein du conseil d'administration
du Parc national. Et le divorce a été consommé
dès le premier tour.
Sur 24 suffrages
exprimés (4 bulletins nuls ont été enregistrés
sur 28 votants), Patrick Labernadie, le maire de Louvie-Juzon, a été
élu avec 16 voix ; Fernand Martin, maire de Buzy, avec 5 voix,
et Michel Masonnave, maire de Gère-Bélesten, avec 14 voix.
Un événement
! Car tous les trois dénoncent le décret qui prévoit
la mise en place du Parc nouvelle formule.
Qui plus est, ils
sont de la vallée d'Ossau. Ce qui revient à dire que -
contrairement à la tradition selon laquelle une égalité
de représentation doit exister entre les vallées béarnaises
- aucun maire aspois n'a été élu au conseil d'administration.
Cerise sur le gâteau
: pas un des maires désignés administrateurs ne fait partie
de la zone centrale du Parc National, où la réglementation
est plus rigoureuse. Alors que cette zone concerne cinq communes en
Aspe (Urdos, Borce, Lescun, Cette-Eygun et Etsaut). Le monde à
l'envers.
Démission
et tribunal
Cette
division survenue entre vallées et cette mise à l'écart
n'ont pas manqué d'être déplorées hier par
sept maires aspois, partisans de l'adhésion à la nouvelle
formule (1).
Selon eux, Jean
Lassalle, qui s'est abstenu à l'Assemblée nationale lors
du vote de la loi sur les Parcs nationaux, porte ici une lourde responsabilité.
Le député Modem est même accusé par certains,
comme Jean Bourdaa, maire de Lées-Athas, de jouer un jeu politicien
peu reluisant sur fond de cantonales. En s'appuyant par exemple sur
Robert Casadebaig, maire de Laruns et très critique lui aussi
sur le fonctionnement futur du Parc national. Cela, afin de contrer
le socialiste ossalois André Berdou, ancien conseiller général,
intéressé par une future présidence du PNP. Du
vrai billard à trois bandes.
Hier, la journée
réservait cependant d'autres surprises. Décidés
à aller jusqu'au bout de leur démarche, les trois maires
élus administrateurs ont en effet annoncé leur intention
de démissionner le soir même de ce mandat. Ce qui empêchera
de facto la constitution du conseil d'administration.
Par ailleurs, les
opposants au décret ont indiqué qu'un recours serait introduit
devant le tribunal administratif pour dénoncer la manière,
illégale selon eux, dont l'élection des administrateurs
a été organisée par les préfets des Pyrénées-Atlantiques
et des Hautes-Pyrénées. Ceux-ci ayant fait voter les maires
des communes qui ont vocation à être comprises dans l'aire
d'adhésion du parc. Alors que le décret ne parle que des
communes « qui ont adhéré à la charte du
parc ». Or celle-ci n'existe pas encore.
L'objectif des
opposants est clair : obliger l'État et le Parc national à
revoir leur copie et à discuter, avant toute décision,
avec les élus locaux sur ce que l'on veut faire dans le Parc.
On appelle ça un bras de fer.
(1) Il s'agit des
maires d'Accous, Bedous, Borce, Cette-Eygun, Etsaut, Escot et Lées-Athas.
Auteur
: Jean-Jacques
Nicomette
Source : Sud-Ouest
du 4 juillet 2009