" Non à l'ours", "Non à l'ours",
l'inscription se répète de loin en loin sur les 16 km
de route grimpant au plateau de Beille (Ariège), où des
"Pastoralies", fête de l'élevage tournée
cette année contre la réintroduction d'ours dans les Pyrénées,
ont réuni vendredi des milliers de personnes.
L'intitulé
officiel des "Pastoralies", "la fête de la montagne
vivante", était moins explicite que cette inscription
blanche ou jaune, flambant neuve, supplantant celles dédiées
en 2007 aux coureurs du Tour de France. Mais le porte-parole de l'Association
pour la sauvegarde du patrimoine d'Ariège-Pyrénées
(ASPAP), Philippe Lacube, de tous les combats contre la réintroduction
d'ours dans le massif pyrénéen depuis deux ans, annonce
la couleur sans détour.
"Les Pastoralies
sont la fête de la montagne vivante et bien décidée
à le rester, elles sont aussi un acte militant pour expliquer
au grand public notre métier de berger que le grand prédateur
risque de faire disparaître", déclare-t-il, sous
un ciel gris, à 1.800 mètres d'altitude.
A l'occasion de
la renaissance des Pastoralies, pour la première fois depuis
les années 1993-96 où on ne se préoccupait pas
de la menace des ours sur les troupeaux, bergers et éleveurs
pyrénéens se sont tous mobilisés et ont attiré
au moins autant de touristes, pour un total dépassant sans doute
5.000 personnes.
Après un
repas ariégeois, l'ASPAP multiplie les forums (pastoralisme et
biodiversité, tourisme...), les balades en montagne et les démonstrations.
A côté de nombreux produits du terroir on trouve même
des boîtes de pâté d'ours finlandais, "preuve
qu'il ne s'agit pas d'une espèce menacée à l'échelle
européenne", selon M. Lacube.
Les gens du cru,
portant souvent béret et bâton de berger, côtoient
les randonneurs urbains qui déambulent parmi les stands de produits
du terroir, admirent les évolutions des troupeaux de vaches gasconnes,
celles des moutons avec leurs bergers et leurs chiens.
"On vient
de Savoie, on est confronté au problème du loup, on connaît
les problème des éleveurs", déclarent
Martine et Jean-François, un couple d'Aix-les-Bains.
D'autres, moins
avertis ou plus naïfs, sont là par sympathie avec le monde
des bergers. "On a vu des affiches partout, ce qui nous attire
c'est l'arrivée des troupeaux, c'est la fête de la montagne,
on était pas au courant de leur problématique",
déclare un facteur breton, Eric, habitant la campagne rennaise.
Quant à l'ours, "il y a du pour et du contre"
déclare sa femme Isabelle.
A la tribune, Gérard
Dubuc, maire (SE) du village ariégois de Saint-Lary, est au contraire
catégorique. "Ca s'est un peu calmé, mais l'année
dernière nous avons eu 24 brebis tuées officiellement,
- vous pouvez voir des photos -, 9 attaques dont une en présence
du berger, le respect de la biodiversité c'est de laisser vivre
l'homo sapiens", lance-t-il, secoué par l'émotion.
"Si on
va au bout du processus avec de 100 à 200 ours, ce peut être
le dernier coup qui tuera le pastoralisme", renchérit
M. Lacube.
"L'Ariège
sera toujours au côté des éleveurs pour que la montagne
vive", déclare le président du conseil général,
Augustin Bonrepaux (PS). "Il est inacceptable qu'on délocalise
des ours slovènes, qu'on force les bergers à travailler
plus pour gagner moins, à se relever la nuit pour écarter
le prédateur", selon lui.
La guerre entre
pro et anti-ours n'a cessé depuis la réintroduction dans
les Pyrénées, entre avril et août 2006, de cinq
ours slovènes (dont deux femelles, Palouma et Franska, tuées
accidentellement depuis) pour reconstituer une population désormais
évaluée entre 8 et 20 individus.
Source
: La
Dépêche du Midi du 8 août 2008