Le 9 mars 2006
Madame, Monsieur,
Vous avez décidé d'accepter le Plan de renforcement de
la population d'ours imposé par Monsieur Serge LEPELTIER et confirmé
par Madame Nelly OLIN. Or, ce plan a été annoncé
en janvier 2005, au mépris de tous ceux qui s'étaient
engagés le 8 décembre 2004 dans le plan d'action de l'Institution
Patrimoniale du Haut-Béarn (I.P.H.B.) et, sur tout le massif
pyrénéen, sans consultation préalable des acteurs
de ces territoires et des éleveurs en particulier.
Ce plan de renforcement imposé par l'Etat une première
fois, ne va t-il pas être imposé une seconde fois par des
décisions de Conseils Municipaux ou de collectivités locales
qui pourraient l'accepter ?
Nous attirons votre attention sur le fait qu'accepter ce renforcement
sur une ou plusieurs communes c'est prendre la responsabilité
d'imposer la présence d'ours réintroduits sur tout le
territoire de nos vallées, et au-delà ! Et cela sans concertation.
Accepter ce plan c'est continuer le mépris fait de l'inquiétude
des paysans de montagne, c'est continuer l'absence de vraie concertation.
C'est nous déposséder collectivement de toute réflexion,
décision et garantie sur la place de chacun dans la montagne
de demain.
Accepter ce renforcement, c'est mettre sûrement les bergers et
les éleveurs de ces territoires dans des situations de cohabitation
difficile, voire impossible, sans aucune garantie minimum, sans aucun
lieu de gestion des problèmes ou des drames qui ne manqueront
pas de surgir, sans aucun lieu de concertation réelle.
Alors, les habitants de nos vallées qui subiront les conséquences
néfastes d'un tel renforcement ne manqueront pas de se retourner
contre ceux de nos vallées aussi qui l'auront permis. Il leur
faudra alors assumer seuls la responsabilité des actes des ours
qu'ils auront réintroduits.
Accepter ce renforcement, c'est peut-être un très bon coup
médiatique et " commercial " mais c'est un mauvais
coup à la solidarité indispensable à l'avenir de
nos vallées. C'est enfin donner à l'Etat le droit de
faire sans nous et même contre nous.
Ici en Béarn, la cohabitation avec l'ours est une réalité
ancestrale de nos vallées, nous essayons depuis plus de dix ans
de l'améliorer. Elle devient parfois tellement difficile, souvent
à cause de certains hommes bien lointains de nos réalités
qui la compliquent tellement, que certains, de plus en plus nombreux,
finissent par penser qu'elle devient impossible. Le sauvetage des ours
comme le sauvetage de la transhumance et des bergers tient à
la volonté des hommes.
Ce sauvetage sera collectif ou ne sera pas !
Malheureusement, l'évolution de l'agriculture de montagne fait
que nous sommes de moins en moins nombreux dans les vallées et
aussi dans les conseils municipaux, mais nous sommes solidaires des
bergers et éleveurs transhumants qui eux y sont !
Pour nous, transhumants des vallées d'Ossau, d'Aspe et de Barétous,
les choses sont claires. Nous avons créé en 1990 l'Association
des Eleveurs et Transhumants des Trois Vallées pour que dès
lors personne ne décide sans nous et encore moins contre nous.
Nous avons toujours participé à toutes les assemblées
qui traitent de nos montagnes, de nos vallées, du territoire
où l'on vit et que l'on participe à faire vivre. A toutes
les assemblées sauf celles où nous savions que l'on nous
prendrait en otage !
C'est pour ces raisons qu'ici en Béarn, nous avions décidé
en 1994 de signer la Charte de développement durable des vallées
béarnaises et de protection de l'ours pour participer activement
avec tous les acteurs aux projets d'avenir pour notre territoire, aux
côtés des élus de nos villages.
Mais la Charte n'a jamais dit que les signataires devraient se soumettre
à quelque pression que ce soit et encore moins à la décision
unilatérale et autoritaire de l'Etat de remettre des ours, bien
au contraire.
Que ceux qui réclament
le respect des engagements pris dans la Charte la relisent attentivement
et balaient devant leur porte, même ceux qui n'ont pas eu le courage
de la signer !
Revenir à " la Charte, toute la Charte et rien que la
Charte " comme nous l'avons si souvent dit et écrit
serait peut-être retrouver la voie de la sagesse et du dialogue.
Mais après tant de mépris, est-ce encore possible ? En
attendant, nous veillerons à ce que personne ne fasse dire à
la Charte ce qu'elle ne dit pas, parce que nous l'avons signée
et nous n'accepterons pas que l'on décide pour nous, sans nous
!
L'introduction d'ours décidée par Monsieur Serge LEPELTIER
et Madame Nelly OLIN, ce n'est pas la Charte !
Nous tenions à vous faire part de notre position afin que vos
décisions définitives soient prises en toute lumière
de la réalité et parce que nous craignons que nos vallées
pourraient vraiment y perdre dans un avenir qui pourrait s'annoncer
des plus confus.
Sûrs de votre compréhension, nous vous adressons nos sincères
salutations.
Le bureau de l'Association
Valérie CASABONNE-ANGLA, bergère en vallée d'Ossau
Monique LAHITETTE, bergère en vallée d'Ossau
Jean-Michel HARRITCHABALET, berger en vallée de Barétous
Jean-Louis LABORDE-BOY, berger en vallée d'Ossau
Julien LASSALLE, berger en vallée d'Aspe
Joseph Paroix, berger en vallée d'Ossau
Source : IPHB