Ils le font dans une grande ignorance [Ndr : Bruno Besche-Commenge
parle des lecteurs ayant réagi] des problèmes en
question, ce qui est assez gênant au delà même du
problème " ours " dans le cadre duquel je pose cette
question. La moindre des choses lorsqu'on entend " tirer "
comme un lapin celui avec qui l'on n'est pas d'accord, consiste au moins
à connaître la réalité concernée.
Ce n'est pas le cas, notamment dans les très infantiles réactions
du blog (souvent haineux) "La
buvette des alpages" et de ceux, qui, sur divers forums,
reprennent plus ou moins les propos de ce blog.
Pour leur permettre de réfléchir (si c'est bien dans cet
état d'esprit qu'ils abordent le problème " ours
" : la réflexion), je propose donc
trois extraits de documents européens concernant ces
formes de biodiversité qu'ils ignorent. Elles sont pourtant au
centre des préoccupations justifiées de tous ceux qui
se posent de façon non réductrice le problème
du devenir de notre planète, et celui d'activités humaines
cherchant à la fois à produire pour aujourd'hui et à
préserver les capacités de production pour les générations
futures.
Le hasard d'un
chantier de recherche initié il y a très précisément
34 ans, conduisit alors l'INRA
à me contacter suite à mes premières publications,
pour participer à une réflexion sur ces races que l'on
nomme aujourd'hui " à petit effectif ". C'était
dans le cadre d'un programme mondial lancé par l' ONU,
intitulé MAB, Man and Biosphere, en français l'homme
et la biosphère.
Cette réflexion planétaire ne réduisait pas les
problèmes de biodiversité aux seules espèces sauvages,
dans le cas de l'ours brun espèce pas du tout menacée
au niveau justement planétaire où se jouent les équilibres
constitutifs de la biodiversité. Ce qui est l'inverse, je le
répète, pour la très grand majorité des
races pyrénéennes d'élevage. Je copie-colle ici
la page introductrice de ce site :
" /Ce
programme/ vise à fournir des bases scientifiques permettant
d'apporter des réponses appropriées aux problèmes
de développement durable des populations et de gestion des
ressources naturelles. Dans un cadre international, le MAB encourage
les recherches interdisciplinaires en sciences naturelles et en sciences
sociales, les activités de démonstration et de formation
en matière de gestion des ressources naturelles.
"Le MAB
s'intéresse au développement durable, privilégiant
ainsi la conservation et l'utilisation rationnelle de la biodiversité.
En s'appuyant sur l'interdisciplinarité et l'interculturalité
inhérentes à la mission de l'UNESCO,
le MAB favorise la recherche scientifique et la collecte d'informations,
tout en considérant les savoirs traditionnels en matière
d'exploitation des ressources. "
Dans ce cadre associant
sciences naturelles et sciences sociales, l'ERA 352 du CNRS, à
laquelle je participais, intervenait alors au second titre, elle s'intéressait
en effet, à partir d'analyses historiques et ethnolinguistiques,
à tout ce qui concernait les savoirs traditionnels en matière
d'exploitation des ressources dans les sociétés agropastorales,
entre autres pyrénéennes. Mes travaux, en particulier
sur le " concept de race " en zootechnie, furent parmi
les premiers à ouvrir des pistes nouvelles pour la conservation
et la relance des races domestiques à petit effectif, qui sont
devenues aujourd'hui courantes dans les milieux qui s'intéressent
à ces problèmes. Ces pistes sont notamment reprises dans
un livre indispensable lorsqu'on souhaite parler de ces races autrement
que de façon impressionniste : "Races
d'hier pour l'élevage de demain" - Annick Audiot
- INRA Editions, 1995.
Page
149, l'auteure, ingénieure à l'URSAD
(unité de recherche de l'INRA), indique : "Adhérant
aux développements de Besche-Commenge (1981b), Fossat (1984),
Begué (1986), nous avons été amené à
poser comme définition de la "race" l'interprétation
sociale d'une personnalité biologique au travers des usages et
des pratiques.". Façon synthétique de dire que
ces races domestiques porteuses de biodiversité ne sont pas seulement
des réservoirs de gènes, mais sont inséparables
des conditions d'élevage où elles ont acquis et perpétuent
leurs qualités propres, si différentes de celles des races
disons " industrielles" pour aller vite car, là
aussi, la réalité est très complexe, on la caricature
souvent elle aussi.
C'est cette idée
que l'on retrouve dans le texte du Bureau
des Ressources Génétiques (BRG) que je cite dans
"Où
est la biodiversité à préserver ? L'ours brun et
les "races à petit effectif" en Ariège".
La France, en effet, en accord avec une directive de la FAO/ONU,
s'est engagée à maintenir ces races dans les conditions
que je rappelle et qui semblent déplaire aux absolutistes, ce
sont celles que le BRG précise ainsi, je le répète
:
" Ces
ressources gérées dans leur milieu traditionnel de culture
ou d'élevage constituent la base génétique du
champ couvert par l'agrobiodiversité. /Elles/ sont vivantes
et évolutives mais aussi fragiles et constamment menacées.
Il convient donc de veiller sur ce patrimoine et de le gérer
pour le long terme.
"Cette appropriation se fait sur un patrimoine biologique qui
prend de la valeur à mesure que la connaissance progresse et
que les moyens de la valoriser se créent. Néanmoins,
les nouvelles ressources issues de ce patrimoine et basées
sur de nouvelles techniques s'appuient très largement sur la
connaissance des sociétés traditionnelles, et en particulier
des générations d'agriculteurs qui ont jusqu'à
présent utilisé et maintenu la diversité biologique.
"/.../ il convient de prendre toutes les précautions pour
ne pas briser l'équilibre entre les sociétés
et leur agriculture et le monde vivant dans lequel elles se situent.
Dans ce contexte nouveau, le BRG a pour objectif d'une part de garantir
des avantages au plus grand nombre en évitant des appropriations
exclusives des ressources génétiques, et d'autre part
de maintenir un lien fort entre les sociétés et leur
environnement naturel en respectant leurs spécificités.
/souligné par nous/ "
C'est dans ce cadre
scientifique que, par exemple, les éleveurs de la race ovine
barégeoise ont obtenu la reconnaissance officielle d'une
AOC qui leur
fait obligation de mener leurs troupeaux dans un système de liberté,
en petits troupeaux dispersés, libres de s'organiser dans l'espace
pour chercher leur pâture, leurs places pour " mousquer "
par forte chaleur, dormir, etc
(1) Ce
système est en effet celui, de tous temps, où ces bêtes
ont été conduites (sur le plan historique, j'y reviens
dans un livre en cours de rédaction, inutile de s'exciter en
disant que ce n'est pas vrai, c'est vrai, sur 300 ans au moins!).
Bien sur, je conçois que l'on soit gêné par la contradiction
que je soulève dans le texte qui déplaît à
certains, et notamment à la souvent haineuse, et non laineuse
quoique des alpages "
buvette
" :
" Les
ours que l'on importe sont reconnus comme des carnivores : le rapport
LIFE/EUROPE qui établit le bilan des premières lâchers
a paru en 2000, il est sous-titré: "Conservation des
grands carnivores en Europe". C'est l'inverse exact des objectifs
que le ministère de l'environnement et la France se sont engagés
à atteindre en signant la charte du BRG.
Ces carnivores viennent en effet "briser l'équilibre
entre les sociétés et leur agriculture, et le monde
vivant dans lequel elles se situent". Nouvelle menace pour
des races déjà "fragiles et constamment menacées".
"
Certes, on le sait,
les ours ne sont pas que carnivores, mais
ils le sont aussi !
Que cela plaise ou non, il s'agit bien alors d'une contradiction insoluble
: en important des ours, en acceptant les loups qui arrivent, on le
sait là encore, on rend impossible l'exercice de cette biodiversité
alors qu'elle est essentielle dans le cadre d'une production agricole
reposant sur le difficile principe du développement durable.
C'est cette même indissoluble unité entre des races, des
gènes, des pratiques d'élevage que l'on retrouve dans
les documents européens dont je propose
à présent des extraits.
Nous y trouverons notamment cette définition de la conservation
in situ, mode de conservation différent de celui ex situ consistant
à congeler sperme et ovules pour de futures et hypothétiques
inséminations artificielles. Pour les animaux domestiques, ce
n'est jamais que la même idée déjà rencontrée
dans les citations précédentes :
" Conservation
in situ : la conservation de matériel génétique
dans son écosystème et dans son milieu naturel, ainsi
que le maintien et la reconstitution de populations d'espèces
ou de races sauvages viables dans leur milieu naturel, et dans le
cas de races d'animaux domestiques ou d'espèces végétales
cultivées, dans le milieu agricole dans lequel elles ont développé
leurs caractères distinctifs. "
Races sauvages,
races domestiques, dans les deux cas ce mode de conservation est inséparable
du milieu, naturel dans un cas, agricole dans l'autre. Et nous savons
bien aujourd'hui comment, dans les Pyrénées et depuis
le néolithique, l'action des hommes a transformé la nature
naturelle pour en faire cette nature humaine qui nous plaît tant
à tous. C'est celle-là que nous ne voulons pas voir disparaître
(pour un aperçu et une bibliographie de cette humanisation de
la nature pyrénéenne depuis 6000 ans, voir : Sud-Ouest
Européen - Revue géographique des Pyrénes et du
Sud-Ouest, n° 11, juin 2001, Environnement et anthropisation, Presses
universitaires du Mirail, ISBN : 2-85816-629-3). Pour ma part, mon choix
est fait : 250 000 ours bruns dans l'hémisphère nord,
qu'il n'y en ait plus dans les Pyrénées, comme c'est le
cas pour la souche pyrénéenne, n'est en rien une menace
pour la biodiversité, notion, redisons-le, planétaire
et non pas strictement locale.
Cette absence de menace sur l'espèce ours brun est si vraie que
le rédacteur du site Aves-France,
ne trouve que répondre de convaincant à un internaute
qui lui rappelle ce chiffre (rassurez-vous, l'anonyme ce n'est pas moi,
personnellement je signe) :
> L'Ours
brun d'Europe
20 avril 2006, par Christophe CORET
Bonjour Anonyme...
bizarre mais les gens qui nous envoient des critiques le font toujours
anonymement...
Première réponse à vos interrogations : je me
suis permis de reprendre les fiches du site www.ursides.com puisque
c'est de mon site qu'il s'agit ! Je suis comme vous passionné
par les ours et cela m'a conduit à fonder AVES FRANCE et à
prendre la présidence de cette association. Donc pas de panique,
je suis en accord avec moi-même pour que ces fiches apparaissent
à la fois sur www.aves.asso.fr
et www.ursides.com
Pour ce qui est du classement de l'ours brun dans la liste des espèces
menacées, c'est effectivement discutable. L'espèce n'est
pas mondialement menacée, mais localement très menacée
d'extinction, notamment en Europe (et cette fiche s'intitule l'ours
brun d'Europe). Je revendique donc sa présence dans notre rubrique
"Espèces menacées". Et puis notre chapitre
Ursidés aurait ressemblé à quoi sans une fiche
sur l'ours brun ?
Cordialement.
J'ignore à
quoi ressemblerait le site et je dois dire que je m'en fiche. Par contre,
le devenir des races domestiques pyrénéennes me préoccupe
depuis très longtemps, de même que leur rôle à
repenser dans le cadre global d'une agriculture respectueuse du milieu
et des générations futures. Et là, j'aimerais bien
que nos politiques se remuent un peu vraiment et sachent ce qu'ils veulent.
Je ne crois pas avoir entendu un seul des contre, ni des pour, mais
là je comprends pourquoi, soulever vraiment ce problème
comme étant le problème central, même lorsqu'elle
ou il est élu européen!
Bruno
Besche-Commenge
Le 2 septembre 2006