PERPIGNAN (AFP) - Les bergers des zones montagneuses
des Pyrénées-Orientales ne savent plus à quels
chiens se vouer: tributaires de leurs chiens de travail, ils redoutent
ceux des "rurbains", errants
ou divaguants, qui déciment presque impunément les
troupeaux.
Pour un troupeau
de 18.000 ovins catalans, de 300 à 800 meurent ainsi chaque année,
même si c'est la perspective de la réintroduction d'ours
dans les Pyrénées qui fait actuellement l'objet d'un débat
national.
Dans les Pyrénées, les activités pastorales sont
extensives. Les troupeaux de brebis s'égayent dans la nature.
Leur quête de nourriture permet l'entretien du paysage, contrôlant
le reboisement sauvage là où le travail agricole a reculé.
Est arrivée
une nouvelle population, qui a acheté fermes et bergeries. Retraités
venus du nord, communautés de méditation à vocation
néo-religieuse, les "rurbains" ont envahi la moyenne
montagne.
"L'imagerie
bucolique veut que chacun ait son chien, preuve vivante d'une liberté
retrouvée hors de la ville", explique Antoine Chrysostome,
président du syndicat ovin catalan et de la coopérative
ovine des Pyrénées-Orientales.
Son troupeau de
près de 300 brebis, près de Corsavy, au sud du Canigou,
subit périodiquement les attaques des chiens alentour. Laissés
en liberté, ils retrouvent par jeu les réflexes de poursuite
des moutons, et l'instinct égorgeur pour les plus gros.
Sans parler des
chiens de chasse égarés à l'automne, ou de ceux
des randonneurs, l'été, qui s'amusent des moutons à
l'estive.
"Même
un pékinois sème la panique dans un troupeau, avec des
chutes mortelles de brebis en terrain montagneux, plus les avortements
et le stress. J'en ai perdu 50 comme ça" (...) explique-t-il,
en pestant contre les maîtres qui laissent "gambader le toutou".
"Une brebis
vaut quelque 100 euros. Mais avec les avortements, les pertes de primes,
le temps nécessaire à reformer des brebis habituées
à se déplacer seules, le coût d'une perte est de
l'ordre de 1.000 à 1.500 euros par tête", précise-t-il.
Une attaque peut provoquer la disparition de tout un troupeau."
Pour lui, "il
faudra, à un moment, faire changer les mentalités et convaincre
qu'en montagne on ne peut ni polluer, ni laisser divaguer les chiens.
Sinon l'activité pastorale va s'éteindre et on ne pourra
plus entretenir le paysage".
Jean-Claude et
Micheline Maresq, près de Coustouges, dans un cirque de moyenne
montagne, au bout de 5 kilomètres de chemin de terre, sont exposés
aux chiens de France et d'Espagne, qui passent les crêtes de tous
côtés. "Un chien parcourt des kilomètres très
rapidement quelle que soit la pente", expliquent-ils.
Pourtant ils sont
un peu plus décontractés. Depuis trois ans, leurs Patous,
les chiens à ours, gardiens traditionnels de troupeaux des Pyrénées,
trônent au milieu du troupeau. Calmes mais toujours aux aguets,
leur fourrure blanche se confond à celle des 250 brebis, dont
ils ont presque la taille.
On assiste actuellement
à un retour en force des Patous. Ils vivent avec le troupeau
dès le sevrage, s'y assimilent et protègent leurs "congénères
d'adoption". Mais ils peuvent être "intimidants",
voire méchants pour les promeneurs trop curieux.
Source
: AFP
vendredi 1 avril 2005, 10h31 / Yahoo