La préservation de la biodiversité, reconnue comme un
enjeu majeur pour les exploitations, est désormais prise en compte
pour lattribution de la nouvelle prime herbagère agro-environnementale.
Chaque mode de conduite influant sur la biodiversité, les chercheurs
sintéressent aux pratiques favorisant cette biodiversité.
Ainsi lallongement de la saison de pâturage et la rotation
« aménagée » participent à préserver
ou augmenter la biodiversité des prairies.
« Laction
du pâturage des herbivores sur la structure et la biodiversité
des couverts prairiaux est majoritairement liée à leur
prélèvement », présente Bertrand Dumont (Inra
Unité de recherches sur les herbivores de Theix (63)).
Préférence alimentaire, quantité ingérée,
piétinement, répartition des déjections, participent
ainsi aux évolutions du couvert. Lespèce ruminante
(ovin, bovin, équin, ..) mais aussi la race va influer sur lévolution
de la prairie. De la même façon, le type de prairie, le
mode de conduite et dexploitation des parcelles ont des impacts
sur la richesse de la prairie. Certaines études mettent en évidence
que « le nombre despèces est plus élevés
dans les parcelles pâturées que dans les parcelles fauchées
», rapporte Bertand Dumont. Ainsi une modification du mode
dexploitation peut avoir des conséquences explique le spécialiste.
« En zone de montagne, le développement des techniques
densilage et denrubannage accompagné dune augmentation
de la fertilisation azotée a permis davancer les dates
de fauche dau moins un mois. Lexploitation des parcelles
a lieu bien avant la période de floraison de la plupart des espèces,
ce qui réduit à terme leur production de graines et la
diversité floristique du milieu ». A plus long terme,
cela entraîne « une banalisation du paysage avec la disparition
progressive des prairies fleuries et colorées du début
dété »
Allonger la
saison de pâturage
Le chargement dune
parcelle a aussi des effets qui sexpliquent par « la biologie
des insectes et leurs habitats préférés ».
Ainsi explique Bertrand Dumont, « les papillons, les sauterelles
et les criquets bénéficient dun microclimat et de
ressources alimentaires plus abondantes dans lherbe haute, y sont
mieux protégés des prédateurs et y subissent moins
les effets directs du pâturage ». On comprend mieux alors
leffet du chargement sur lévolution de labondance
des plantes à fleurs. Si réduire le chargement peut paraître
une solution à envisager, limpact sera très différent
en fonction de la manière dont le chargement allégé
sera appliqué.
Lallongement de la saison du pâturage est une possibilité
intéressante. Des études montrent qu« en
situation de faible chargement, lallongement de la saison de pâturage
au-delà de la période de végétation active
permet de valoriser les excédents de végétation
non consommés et de réduire le coût alimentaire
dentretien hivernal des animaux ». Leffet est
comparable à celui dun déprimage en début
de printemps et dun nettoyage du couvert en fin de saison, explique
Bertrand Dumont. Utiliser des animaux à faibles besoins pour
ce « nettoyage » des prairies sous chargées à
lautomne paraît intéressant note le spécialiste
qui cite une étude visant à comparer les choix alimentaires
de vaches Salers selon leur stade physiologique, taries ou en lactation.
Elle a montré « que les vaches taries acceptaient plus
facilement de se reporter sur lherbe sèche de moindre qualité
en fin de saison ».
Raisonner à
l'échelle de l'exploitation ou de de la petite région
agricole
Ces différentes
observations font dire au chercheur que la préservation de la
biodiversité doit se raisonner à léchelle
de lexploitation voire de la petite région agricole, tenant
compte des usages intensif ou non qui peuvent être faits des différentes
parcelles. Différentes études montrent que le maintien
dune diversité dutilisation des surfaces dune
même exploitation est plutôt favorable à la biodiversité.
Une logique à conserver à léchelle des petites
régions agricoles, souligne Bertrand Dumont qui estime que «
luniformisation des pratiques et des exploitations à léchelle
régionale est vraisemblablement une menace bien plus importante
pour la biodiversité que lintensification locale de certaines
parcelles ».
Lenjeu de la biodiversité devient de taille conclut le
spécialiste puisque lattribution de la nouvelle prime herbagère
agro-environnementale (Phae 2), est basé sur lengagement
unitaire « maintien de la richesse floristique dune prairie
naturelle ». « Loutil dévaluation
de la biodiversité sera en effet basé non plus sur une
obligation de moyen (e.g. le respect dune norme de chargement)
mais sur une obligation de résultat en terme de qualité
écologique (De Sainte Marie et Mettelan, 2006). Ainsi,
quelles que soient les pratiques mises en uvre par léleveur,
au moins quatre plantes indicatrices issues dune liste préparée
en concertation au niveau régional devront pouvoir être
trouvées dans ses parcelles afin quil puisse toucher la
prime escomptée ».
Auteur
: Béatrice Colleu
Source : Web-agri
du 26 décembre 2007
N.B : Source :
« Pâturage et biodiversité des prairies permanentes»,
par Dumont B. (1), Farrugia A. (1), Garel J.P. (2)
(1) INRA, Unité de recherches sur les herbivores, Theix,
(2) INRA, Unité expérimentale de Marcenat,