Pour tenter d'endiguer la fièvre catarrhale qui se répand
et protéger leurs troupeaux .
Son premier cas
de fièvre catarrhale, Patrick Ferrié, éleveurs
d'ovins à Nalzen, l'a constaté vendredi matin. Soit le
lendemain de la fameuse cellule de crise (lire notre édition
de samedi) à laquelle il participait en tant que président
départemental du Groupement de défense sanitaire des animaux
domestiques.
Dans les prairies
qui jouxtent sa bergerie située en direction de Roquefixade,
vendredi matin deux béliers manquaient à l'appel : «
Ils étaient à l'écart du troupeau, couchés
dans un coin d'ombre, complètement abattus. Naseaux et bouche
ruisselants. Souffrant d'une forte fièvre et boitant dès
qu'ils ont tenté de se déplacer. Ils avaient si mal que
l'un d'eux ne supportait pas que je le touche » raconte Patrick
Ferrié. Autant d'aspects cliniques qui ont permis au vétérinaire
de confirmer le diagnostic : fièvre catarrhale. « J'aurais
la confirmation sérologique du virus en début de cette
semaine » poursuit l'éleveur dont les deux béliers
ont été mis illico sous antibiotiques et anti inflammatoires.
Hier matin, un troisième bélier était à
son tour atteint par la fièvre. Ces trois bêtes de reproduction,
issues d'une longue sélection, risquent la stérilité.
Samedi soir, la maladie s'est déclarée chez une brebis
qui a agnelé il y a dix jours : « en douze heures, elle
a perdu tout son lait, m'obligeant à nourrir au biberon son agneau
» explique l'éleveur dont une quarantaine de mères
viennent de mettre bas comme leur sur. Autant dire que si elles
tombent malades en série et perdent leur lait (les aphtes les
empêchent de manger), ce sont leurs quarante agneaux auxquels
il faudra donner le biberon. Pour l'heure le gros du troupeau de 430
têtes est en estives au-dessus d'Auzat, au barrage de Soulcem.
« Il semble que l'altitude l'ait protégé du moustique
qui transporte le virus et le transmet en piquant les animaux. Mais
gros souci à l'heure de la transhumance de la mi-septembre si
l'épidémie bat encore son plain dans la vallée.
Non, vraiment, l'élevage ariégeois n'avait pas besoin
de ça tant la conjoncture économique est déjà
difficile » s'inquiète Patrick Ferrié.
Ce matin, au titre
de président du GDS de l'Ariège Patrick Ferriél
va alerter, par courrier, ses 80 délégués cantonaux
afin qu'ils informent tous les éleveurs du département
des gestes préventifs à suivre pour protéger les
animaux. Il leur demande une surveillance accrue des troupeaux.
« IL
FAUT METTRE À PROFIT CE MALHEUR »
La
procédure de protection, Jacques Hato, du GAEC de Peychou (150
veaux et vaches limousines, encore indemnes), vient de mettre trois
jours pour la réaliser. « Le plus long est de récupérer
le bétail qui vit en « plein air intégral »
dans les prairies. Ramenés à la stabulation, les animaux
sont canalisés dans « le couloir » métallique
où, l'un après l'autre, on les traite au Butox. Un insecticide
répulsif pour le moucheron qui transmet la fièvre. On
le vaporise sur le dos des bêtes, le long de la colonne vertébrale.
En gros, il faut une heure pour traiter 40 animaux. Le Butox s'achète
(125 €/HT) par bidon de 2,5 litres ; ce qui correspond à
80 doses pour animaux adultes. Reste ensuite à ramener le bétail
dans ses prairies » explique Jacques Hato.
Ce long et fastidieux
scénario prophylactique, les éleveurs de l'Ariège
le vivent pour la 3e fois en un mois. Et, ce n'est pas fini
«
Le 1er a eu lieu le 20 juillet avec la campagne de vaccination obligatoire
; le rappel, le 14 août, a nécessité le 2e branle-bas
de combat. Après l'opération « Butox » en
ce moment, se profile la nouvelle et urgente campagne de vaccination
contre le virus SéroType1 qui vient d'entrer en Ariège.
On la situe vers le 15 septembre ; en espérant que toutes les
doses nécessaires seront disponibles. Le rappel interviendrait
alors début octobre » précise l'éleveur de
Raissac.
Ce lourd calendrier
qui aura rythmé et compliqué la vie des éleveurs
ariégeois est entrain de poser les jalons d'une « catastrophe
économique » : zéro broutard vendu en 2008 ; chute
de la production de lait ; absence de trésorerie
La crise
qui se profile est si grave que certains éleveurs, pour rebondir
et limiter les pots cassés, évoquent une tout autre organisation
économique et commerciale à inventer ici. Ce que veut
dire Jacques Hato lorsqu'il déclare : « Il nous faut
mettre à profit ce malheur ».
Auteur
: Bernadette Faget
Source : La
Dépêche du Midi du 25 Août 2008