Des éleveurs s'apprêtent à administrer à
un mouton un vaccin contre le fièvre catarrhale, le 7 Avril 2008
à la bergerie de Villeneuve-au-Chemin. Crédits photo :
AFP
Depuis le début de l'été, plus de 6 000 cas de
maladie de la langue bleue sont apparus, touchant des zones épargnées
jusqu'à présent. Un coût de 94 millions d'euros.
Bilan inquiétant sur le front de la fièvre catarrhale.
Ce virus, transmissible par des piqûres de moucherons venus de
Méditerranée et affectant les bovins et les ovins avec
comme symptôme visible une langue bleue, est apparu dans le nord-est
de la France il y a deux ans. Depuis, il ne cesse de gagner du terrain
sur le territoire. Alors qu'en 2005 on avait recensé quelques
centaines de cas au total, «durant l'été, 6 595
cas supplémentaires sont apparus», indique-t-on au ministère
de l'Agriculture.
En fait, «un
problème apparu en juillet sur un lot de vaccins a retardé
d'un mois la campagne de vaccination», permettant au virus de
se répandre avant que la campagne nationale lancée par
le ministère de l'Agriculture ne fasse effet. «La maladie
a évolué plus vite que nous ne traitions les animaux,
confirme Sylvain Baudry, vétérinaire à Évron
dans la Mayenne. Alors que le département était épargné
il y a un mois, la Mayenne comptabilise 251 cas avérés
et 227 en cours d'analyse de fièvre catarrhale». Même
constat dans un département plus à l'ouest. «Nous
sommes passés vendredi dernier de 8 à 18 cas en Ille-et-Vilaine,
commente Thierry Bourgeault, exploitant agricole à Epiniac près
de la baie du Mont Saint-Michel. Nous venons de finir la première
série de vaccination, il y en aura autant pour la seconde avec
un rappel au bout de trois semaines», poursuit le président
communal de la FDSEA.
Si cette maladie
n'est pas transmissible à l'homme et n'altère pas la qualité
de la viande, elle peut en revanche avoir des effets économiques
sévères pour les exploitants. «La fièvre
catarrhale réduit à néant dix ans de travail, témoigne
dans La France agricole Christian de Lageneste, éleveur d'ovins
à Genetinnes, dans l'Allier. Depuis la fin de juin, c'est la
catastrophe. J'ai déjà perdu 67 brebis et 15 agneaux et,
chaque jour, les pertes s'alourdissent.» Car ce virus est davantage
mortel pour les moutons (20 % des cas en moyenne) que pour les bovins
(3 % environ de cas de mortalité). «Une vache touchée
perd son veau et la campagne de laitest totalement décalée
voire fichue si la vache n'est plus fertile, explique Jacqueline
Sevin, exploitante d'un troupeau de normandes à Deux-Évailles.
Sans compter les effets sur la filière de la viande. Un veau
peut se vendre à 50 euros, soit plus de deux fois moins que d'habitude.»
Situation d'urgence
Face à
l'urgence de la situation, seules les femelles reproductrices les animaux
destinés à l'exportation ainsi que ceux en transhumance
sont traités. «Nous répartissons les vaccins
au fur et à mesure que les laboratoires nous les fournissent,
indique-t-on rue de Varenne. Ils devraient avoir fini leur livraison
mi-septembre.» Un effort financier qui représente pour
la collectivité une enveloppe d'environ 94 millions d'euros.
«L'Union européenne prend en charge plus de 80 % du
coût des vaccins, soit 40 millions d'euros, dont 7 millions versés
par l'État français, précise-t-on au ministère
de l'Agriculture.Quant aux frais de vaccinations, soit un coût
de 54 millions d'euros, ils sont pris en charge par l'État dans
leur intégralité.»
Auteur
: Eric de La Chesnais
Source : Le
Figaro du 26 août 2008