La maîtrise de l'espace enjeu du pastoralisme.
Haut Couserans.
C'est au prix d'énormes efforts que l'équipe sentenoise,
dont Michel Estrémé aura été la cheville
ouvrière, a maintenu sa 29e Foire de descente des estives. Un
défi parfaitement relevé par des éleveurs pourtant
frappés de plein fouet par l'épidémie de fièvre
catarrhale qui les sanctionne économiquement cruellement. Malgré
la mévente qui est aujourd'hui leur amer salaire d'une année,
ils se sont attachés à faire vivre pendant trois jours,
un foirail où ont trôné quelques-uns des plus beaux
spécimens de la vallée.
Hymne aux races
pyrénéennes locales (Mérens, Castillonaises et
autres Gasconnes
) dont la rusticité semble aujourd'hui
donner raison à ceux qui ont choisi de les pérenniser
en les sélectionnant. Si l'on en croit Gilles Meyer, chercheur
à l'École nationale vétérinaire de Toulouse,
les Gasconnes ont
été plus résistantes face au virus. Sentein l'avait
invité pour rencontrer les éleveurs du grand Sud, tous
victimes, à des degrés divers, du moucheron culicoïdès
vecteur de la maladie de la langue bleue. L'Ariège, pour sa part,
enregistre 16 000 cas dus au virus BTV 8, 1 494 cas dus au virus BTV1,
et 6 cas où l'on trouve les virus BTV 1 et 8 sur un même
cheptel. La recherche se penche actuellement sur les probabilités
(apparemment faibles) de croisement de sérotypes différents
; 11 étant recensés dans une Europe touchée du
nord au sud. Une recherche qui se demande « où le virus
va passer l'hiver », « quel est son impact sur la reproduction
», et qui sait « que la vaccination contre un sérotype
ne protège pas de l'autre ». Le point des travaux sur la
fièvre catarrhale n'a pas manqué de trouver un écho
lors des conférences avec les douze délégations
pastorales européennes. La Roumanie a expliqué qu'elle
s'était vigoureusement opposée à la vaccination.
Quel avenir
sur le brûlage ?
Parmi les interventions particulièrement suivies , notons celle
de l'ethnologue Nadine Ribet, chercheur au Muséum d'Histoire
Naturelle et auteur d'une thèse sur « le brûlage
». À des années lumières de la vision archaïque
que notre civilisation a aujourd'hui du feu, cette Ardéchoise,
qui a travaillé sur le terrain des bergers de France et d'Europe,
démontre que « les feux pastoraux qui supposent une technique
doublée de l 'expérience, sont porteurs d'un enjeu : la
maîtrise de l'espace ».
Face à la
végétation galopante des forêts qui menacent aujourd'hui
les villages, la pérennité d'un agropastoralisme moderne
et permettant aux éleveurs et bergers de vivre de leurs productions
valorisées, a toute sa carte à jouer pour la sauvegarde
des paysages, de leur humanité et de leur patrimoine.
Après l'embryon
d'un réseau méditerranéen des transhumants porté
par l'Espagne, puisse Sentein demeurer le carrefour où bergers
du Sud et du Nord se retrouvent et nous fassent encore partager l'amour
de leurs montagnes, dont ils sont les premières sentinelles.
Auteur
: Bernadette Faget
Source : La
Dépêche du Midi du 6 octobre 2008