L'explication a été «franche», hier à
Oloron, entre le préfet Cabane et Jean Lassalle, au siège
de l'IPHB
Emanation de l'Institution patrimoniale du Haut-Béarn (IPHB),
l'Observatoire départemental des dommages au bétail, quelles
que soient les « limites scientifiques » que lui
voit le préfet Marc Cabane, est apparu hier à Oloron comme
le creuset où l'État d'un côté, les élus
et représentants des éleveurs locaux de l'autre, ont plus
qu'intérêt à s'entendre. Face à l'ampleur
que prend le phénomène des attaques de vautours sur le
bétail. Car, constat de l'Observatoire : elles sont en augmentation
« très significative » depuis deux ans, et elles
sont apparues précocement cette année, dès le mois
de mai.
L'État
aux commandes.
Le préfet l'a clairement réaffirmé hier : c'est
lui qui gérera directement les crédits (30 000 Euros)
consentis par le ministère de l'écologie, pour financer
les examens nécropsiques (autopsies), sur les bêtes attaquées,
ou présumées l'avoir été par les charognards.
Ils se feront sous la responsabilité des vétérinaires
du réseau mis en place par le GTV (Groupement technique vétérinaire)
à l'échelle du département et ne coûteront
rien aux éleveurs. Quant aux indemnisations, c'est autre chose.
« On va mettre en place le dispositif d'intervention de ce
réseau de telle manière qu'il puisse intervenir le plus
rapidement possible », a dit Marc Cabane. Sans omettre de «
saluer le travail de commission des vallées, qui continuera ».
Ambiance «
Lucky Luke ».
L'IPHB ne saurait rester que la chambre d'écho d'une «
ambiance à la Lucky Luke » - le mot est du préfet
Cabane -. Et dont Jean Lassalle serait le Averell Dalton en mille fois
plus intelligent ? Au reste, « l'Observatoire » que copréside
Augustin Médevielle, « l'inventeur » de la Falaise
aux vautours, à Aste-Béon du temps où le rapace
était en voie de disparition, donne tous les gages de son intérêt
pour lui.
La problématique est transpyrénéenne - le sous-préfet
d'Argelès-Gazost (Hautes-Pyrénées), Emile Soumbo,
était présent, hier -. Elle a sa source en Aragon et en
Navarre, où la fermeture des « muladares » (charniers
de l'industrie porcine) à l'automne dernier, a affamé
une colonie de vautours fauves (20000) dix fois plus nombreuse qu'en
Béarn (1600 vautours dans les Pyrénées-Atlantiques).
Le vautour dans
la campagne.
Un débat sur la politique de l'espèce, rappelons-le protégée,
est donc indispensable avec les autorités espagnoles. Le préfet
croit savoir que celles-ci reconstitueraient des aires de nourrissage.
Or, pense-t-il, « faire du vautour un auxiliaire de l'activité
agricole industrielle n'est pas convenable ; il faut en faire un auxiliaire
du pastoralisme traditionnel ».
En cela, rien de quoi froisser Jean Lassalle. Le vautour a hanté
sa campagne électorale : « Je m'attendais à tout
sauf à ça ». Mais sa réélection
l'a rendu magnanime, vis-à-vis d'un préfet très
cordialement pris en otage jusqu'au dernier des chants béarnais,
basques et bigourdans de fin de repas : « L'IPHB, c'est là
où l'on se rend quand on ne peut plus rien ailleurs ».
Auteur
: Thomas Longué
Source : Sud-Ouest
du 30 juin 2007