La dernière estimation des biens indivis des huit villages
du canton de Laruns remontait à Napoléon III
32 millions de
patrimoine « Complètement farfelue » Pour le maire
de Bielle, pas question de faire machine arrière. Jean Baylaucq
juge la répartition au 1 / 8e « complètement
farfelue » et l'expertise « extravagante ».
Le tribunal administratif
de Pau, saisi en référé par la commune de Bielle,
a débouté celle-ci, hier. Bielle et son maire, Jean Baylaucq,
contestaient les conditions dans lesquelles la Commission syndicale
du haut Ossau avait mandaté un expert, pour estimer les biens
indivis de cette collectivité qui réunit les huit communes
du canton de Laruns.
Des biens considérables
(estimés à 31 867 074 Euros) à l'échelle
d'une vallée de 3 500 habitants. Qui se répartissent entre
2 392 hectares voués à l'activité pastorale et
forestière, dans les montagnes d'Ossau, mais aussi, beaucoup
plus lucratifs, sur les quelque 800 hectares du Pont-Long.
Là, au nord
de Pau (Sauvagnon, Uzein, etc.), le haut Ossau reçoit les «
dividendes » de terrains viabilisés (150 hectares) à
vocation industrielle et commerciale ; il y exploite aussi en régie
directe la Ferme du Pont-Long, la plus grande exploitation agricole
du département. Les excédents totaux ont atteint 1,230
million d'euros l'année dernière.
Précisément,
l'expertise de tous ces biens communs - 200 000 Euros hors taxes à
la charge de la commune de Bielle, comme l'a confirmé le jugement
d'hier - a fait suite à la demande de ce village de se retirer
de l'indivision séculaire. Son Conseil municipal avait délibéré
en ce sens, le 15 octobre dernier.
Sauf à imaginer
que Jean Baylaucq revienne sur sa décision de retrait de l'indivision
- ce que l'intéressé exclut catégoriquement - le
haut Ossau n'est pas au bout des tribulations judiciaires.
M. Baylaucq a engagé
trois autres procédures. Elles visent, en dehors de la légalité
de la dévolution de l'expertise, dont Jean Baylaucq considère
qu'elle a été faite au mépris des règles
des marchés publics (appel d'offres), la gestion du président
de la Commission syndicale, Augustin Médevielle, maire d'Aste-Béon,
qui au printemps 2008 a succédé à Jean Baylaucq.
Lequel en tenait les rênes depuis vingt-cinq ans, cela n'était
pas neutre dans l'affaire...
Un travail de
titan
Le 15
avril dernier, la Commission syndicale du haut Ossau, par six voix contre
une (Bielle) et une abstention (Gère-Bélesten), a arrêté
sa proposition : 3 983 384 Euros de compensation à Bielle pour
solde de tous comptes.
Ce chiffre correspond
au huitième du patrimoine haut ossalois tel que l'a estimé
Me Michel Lagarde, de Serres-Castet, un expert juridique spécialiste
du droit des commissions syndicales, qu'ont épaulé deux
experts fonciers près la cour d'appel de Pau, Marc Jusforgues
et Anita Lacarra.
Tout y est ! «
Du pic du Midi d'Ossau jusqu'à la chapelle du Pont-Long »,
résume plaisamment Augustin Médevielle, la main sur la
pile d'épais volumes de l'expertise. Celle-ci a notamment recouru
à la photo satellite, qui fournit des images à partir
desquelles peut-être appréciée la qualité
des herbages...
Le dernier état
des lieux patrimonial remontait à l'époque où était
intervenu (1861) le partage entre bas et haut Ossau. C'est sur celui-ci
que se fonde Jean Baylaucq, pour réclamer un échange de
montagnes, sur la base des pratiques et usages pastoraux toujours en
cours, selon lui. Quant au Pont-Long : « Il n'est pas à
vendre et nul n'y a davantage de droits que nous », tonne
Jean Baylaucq.
Inconciliables
Les points
de vue paraissent aujourd'hui irrémédiablement inconciliables.
Pour leur part, Augustin Médevielle et cinq des autres délégués
de communes s'en remettent au Code général des collectivités
territoriales, et tout particulièrement à une disposition
voulant que « la commune qui n'a pas de bien indivis sur son
territoire ne peut prétendre qu'à une compensation »,
c'est-à-dire à un dédommagement financier.
Mais du «
fric » (sic), « Bielle n'en veut pas ». Et
ce d'autant moins que Jean Baylaucq revendique la part de sa commune
selon le nombre de feux (77 pour Bielle sur 372), la dévolution
ancestrale établie sous Gaston Phoebus (1385) et légèrement
corrigée en 1549 et 1644.
Augustin Médevielle
invoque, lui, le principe d'égalité, un huitième
par commune donc, tiré du Droit civil. Avec pour corollaire la
jurisprudence d'un arrêt de la... cour d'appel de Pau (20 janvier
1982), consécutif à la demande de retrait de la commune
de Saint-Michel de la Commission syndicale de Cize. Arrêt qu'avait
confirmé le Conseil d'État, stipulant que « les
droits de chacune des collectivités locales sont de nature strictement
identique. »
Exhortation
« Moi, dit M. Médevielle, j'étais tellement persuadé
qu'il n'était pas possible de quitter une commission syndicale,
que j'ai mis du temps à réaliser. Je ne peux pas comprendre
comment Bielle, tellement ancrée dans l'histoire de la Jurade
et de la commission syndicale, et dont le maire a lutté des années
pour conserver l'unité et valoriser le syndicat, puisse, au-delà
du droit, dire '' je casse tout et je m'en vais''. Je souhaite qu'il
réfléchisse bien à toutes les conséquences
et qu'il revienne sur sa décision ».
Auteur
: Thomas Longué
Source :
Sud-Ouest du 21 avril 2006