L'avenir des races locales est-il compromis par la libéralisation
annoncée du marché de la génétique ? Les
professionnels cherchent la parade
Elles s'appellent basco-béarnaise, manex tête noire
et manex tête rousse et elles font la spécificité
de l'élevage ovin des Pyrénées-Atlantiques. Elles
sont les seules à être admises pour la fabrication du fromage
en appellation d'origine contrôlée (AOC) Ossau Iraty. C'est
dire leur importance dans le paysage agricole du département.
Or, ce bel équilibre semble menacé par la loi de l'élevage
en préparation qui, selon les spécialistes, « entérine
une libéralisation du marché de la génétique
». Une des conséquences, pensent ces mêmes spécialistes,
sera « la difficulté de maintenir des races locales
face à des races à effectifs plus conséquents ».
Autrement dit et au pire, cette orientation pourrait conduire à
la disparition de la basco-béarnaise et de la manex, au profit
de la race lacaune, censée plus productive mais pas du tout adaptée
à la montagne. « Que deviendront les estives si la transhumance,
acte fondamental de l'équilibre fourrager de l'élevage,
vient à disparaître ? », se demande donc la profession.
Un collectif
des races.
Si elle concerne au premier chef ce département, cette évolution
éventuelle de la loi s'adresse aussi à toutes les races
locales de la montagne française. Aussi est-ce sur un vaste plan
qu'une parade est envisagée. « Si on est assez forts
et assez convaincants, la loi permet des ouvertures, comme la mise en
place d'un service universel, qui puisse aller vers les zones à
faible densité d'élevage et ayant pour objectif le maintien
de la diversité raciale », souligne Claude Soulas,
directeur du centre ovin d'Ordiarp.
Ainsi est né le collectif des races de massif ou Coram. «
Face au lobbying des grandes races de type holstein ou autre, on a décidé
de faire ce collectif qui rassemble pour l'instant toutes les races
du Massif Central et des Pyrénées. En bovins, nous avons
donc l'Aubrac, la Salers, la Gasconne et en ovins on retrouve toutes
les races à viandes des Pyrénées et toutes les
races ovines laitières », précise Claude Soulas.
Il ajoute que les races alpines sont elles aussi en passe de rejoindre
la démarche.
Sur le plan
législatif.
L'heure est à la rédaction d'un texte qui doit être
prêt avant la fin de l'été. « Ensuite,
on veut organiser un grand rassemblement des races locales, pour rendre
compte de ce travail de façon officielle en septembre ou en octobre.
On espère que ce dossier ira dans les départements, les
régions, les massifs et remontera à l'Etat et à
l'Europe. »
Mais à plus court terme, le temps presse. « On essaie
de faire passer au moins le concept de ces races-là dans les
décrets et les ordonnances qui s'écrivent aujourd'hui
», poursuit le directeur du centre d'Ordiarp. « Heureusement,
se réjouit toutefois Claude Soulas, des parlementaires comme
Jean Lassalle et le sénateur savoyard Thierry Repentin ont réussi
à faire inscrire le fait que la loi puisse permettre des efforts
spécifiques sur la préservation des races locales, notamment
en zone de montagne. »
Auteur
: Marcel Bedaxagar
Source : Sud-Ouest
du 3 avril 2006