Les transhumances en Couserans se sont terminées ce week-end
avec celles du haut Salat. Chaque année elles rencontrent un
succès grandissant. En était-il ainsi autrefois ? Nous
avons rencontré François Martres, dit « Fanfan »,
éleveur, qui nous répond.
Depuis quand
faites-vous les transhumances ?
J'ai commencé
j'avais 19 ans, cela fait donc trente-neuf ans que je fais la transhumance.
A l'époque on n'était pas organisé comme maintenant.
On partait avec une pile à l'avant du troupeau et une pile à
l'arrière. On prenait un peu de ravitaillement, les chiens et
on prenait la route. On a fonctionné comme ça pendant
une dizaine d'années. Puis, vers les années 1980, on s'est
un peu mieux organisé. On avait une voiture qui nous suivait
avec le ravitaillement, mais on ne s'arrêtait pas davantage. Si
bien que les bêtes ne se reposaient pas.
Ensuite nous
avons équipé des voitures de signalisation afin d'éviter
les accidents en pleine nuit. Car nous marchions de nuit de Saint-Lizier
à Seix, les bêtes avaient moins chaud et il y avait moins
de circulation.
Est-ce que les
transhumances attiraient les gens comme aujourd'hui ?
Non, il y avait
une indifférence totale. Personne ne s'extasiait sur notre passage.
Cela faisait partie du boulot de berger. La transhumance, c'était
un travail. Ce n'était pas structuré, chaque éleveur
organisait sa propre transhumance.
Mais au fil
des ans, cela est devenu très dangereux. Il y avait trop de voitures
sur la route. Même si des bénévoles nous aidaient,
on avait toujours peur d'une catastrophe. Dans les années 1990,
nous avons donc monté les bêtes en estives en camion. Cela
a duré dix ans. Mais là aussi ce n'était pas satisfaisant
car les bêtes stressaient et s'étouffaient pendant le voyage.
On dit que vous
êtes à l'origine des transhumances en Couserans.
Un jour, Claude
Baquié est venu me voir et m'a dit : « Je m'occupe de la
sécurité et des autorisations et on refait la transhumance
à pied. » J'ai accepté. De là est née
Transhumance en haut Salat, puis les autres et enfin Transhumances en
Couserans qui fédère les quatre associations. Je suis
celui qui a peut-être fait le pont entre les générations.
Je n'ai rien inventé. Je ne fais que transmettre ce que les anciens
m'ont appris.
Comment expliquez-vous
cet engouement aujourd'hui pour les transhumances ?
Je crois que
les gens reviennent vers les traditions. Ils s'aperçoivent qu'il
existe une autre façon de vivre. On voit des gens de toutes catégories
sociales. Ils viennent pour se couper du monde, se ressourcer. En plus
nous faisons de la pédagogie, on se sent utile.
Auteur
: Propos recueillis par Sylvie Polycarpe
Source : La
Dépêche du Midi du 17 juin 2008