Ce berger là n'est pas des Pyrénées, ni des Alpes.
Il est du Limousin. Et pourtant, ses revenus ne sont pas meilleurs que
ceux des Pyrénées. Il vit des mêmes aides parce
que le Limousin est en " zone Piémont " (moyenne montagne).
Néanmoins, il a un avantage : pas de grand prédateurs
tel ours et loups. Mieux encore, un récent rapport de l'Inspection
générale de l'Agriculture et de l'Environnement dit que
dans le Massif Central les grands prédateurs sont incompatibles
avec l'élevage extensif contrairement aux Alpes et aux Pyrénées.
Curieuses visions de la réalité
Incompétence
des rapporteurs ? Ignorance ? Où encore propagateurs d'une idéologie
du " tout sauvage " ?
Mais grands prédateurs ou non, la vie de berger en Limousin n'est
guère meilleure que celle dans les Pyrénées comme
nous le raconte Sophie Verney-Caillat pour
Rue89 que nous reproduisons ci-dessous.
Ce récit, devrait faire réfléchir tous ces biens
pensants de l'écologie qui, au travers de forums, notamment celui
de l'ADET-Pays de l'ours, bien installés devant un écran
d'ordinateur, propagent leur haine et leurs insultes à l'égard
des bergers pyrénéens qui sont dans la même situation
que ceux du limousin.
Louis
Dollo, le 26 octobre 2008
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La baisse du pouvoir
d'achat est depuis quelques temps l'un des soucis principaux des Français.
Eco89 a décidé de s'y pencher en inaugurant une nouvelle
rubrique: « Votre porte-monnaie au rayon X », qui
propose une radiographie des revenus d'une profession, à travers
un exemple concret. Aujourd'hui, Philippe, 54 ans, berger dans le Limousin.
Philippe est éleveur
de moutons dans le Limousin, à une vingtaine de kilomètres
de Brive-la-Gaillarde. Sur sa petite exploitation de 24 hectares, il
élève 170 moutons. Il a commencé comme berger à
l'âge de 22 ans « appelé par le goût de
la liberté », mais si c'était à refaire,
il renoncerait: « Je ne pourrais pas manger. »
A 54 ans, il est
toujours animé par la même passion, mais a appris à
n'avoir besoin de rien. « Le seul luxe qui me reste, c'est le
bonheur d'être dans mes prés », et ce même
si c'est dès 7h30 du matin, et jusqu'à 20 heures le soir,
voire la nuit en période d'agnelage. Pour ce père de trois
enfants.
« Le samedi
et le dimanche ça n'existe pas et les vacances, c'est quand,
par chance, un de mes enfants accepte de venir garder l'exploitation
pendant une semaine. »
S'il vit à
peu près, c'est grâce à la pension militaire de
son épouse. Car son exploitation lui rapporte la somme «
ridicule » de 200 euros par mois.
Recettes: 1941
euros par mois
Contrairement
à ce que l'on pourrait imaginer, la vente des animaux lui rapporte
1152 euros par mois, loin des 1941 euros qui composent l'ensemble de
ses revenus. Il cède 150 agneaux dans l'année à
sa coopérative, au prix de 82 euros par animal, à quoi
on peut ajouter également des ventes occasionnelles à
des particuliers, pour 90 euros par bête. Les primes représentent
donc plus de la moitié de ses revenus: « Enlevez-les
et il n'y a plus d'éleveurs en France. » Ces primes,
aussi diverses que complexes, s'élèvent à 789 euros
par mois au total.
Comme il vit en
« zone Piémont » (moyenne montagne), il reçoit
une indemnité compensatoire de handicap naturel (ICHN) de 114
euros par mois. S'il était en haute montagne, il toucherait plus,
car les conditions de vie sont encore plus difficiles.
Vient ensuite la
prime à la brebis, fixée par Bruxelles qui lui permet
de toucher 14 euros par an pour chaque brebis du troupeau : 198 euros
par mois.
Il touche également
le droit à paiement unique (DPU), une aide européenne
versée en fonction de la surface et de l'historique de l'exploitation
et qui s'élève dans son cas à 1300 euros par an,
ce qui fait 108 euros par mois. « A Bruxelles, ils ont trouvé
ce truc là pour encore compenser le manque à gagner des
autres primes qui ont baissé. »
Pour « tenir
debout », Philippe a également entamé il y a deux
ans un contrat dagriculture durable (CAD), qui lui permet de gagner
3559€ par an, soit 297€ par mois, pendant cinq ans. Pour cela,
il s'engage à entretenir des lisières de bois, à
limiter le nombre d'animaux par hectare et le recours aux engrais: «
Ça n'apporte pas de label, comme le bio mais ça me permet
de vivre, tout simplement. »
Dépenses:
1740 euros par mois
Les dépenses
sont élevées, et certaines se sont accrues dernièrement.
Alors Philippe gère tout ce quil peut lui-même, avec
l'aide de sa femme. Nourrir les animaux, les soigner, entretenir les
prés, faucher, emballer le foin... Le berger doit acheter des
céréales pour compléter l'alimentation au foin,
ce qui a un coût mensuel de 373 euros:
« Avec
la flambée du prix des matières premières, les
céréales, la base alimentaire pour mon troupeau, ont cru
de 100 euros par mois en une seule année. »
De plus, n'étant
pas propriétaire d'assez de terres pour nourrir son troupeau
toute lannée, il lui faut en louer. Ce qui lui coûte
83€ par mois. Il est aussi obligé de faire appel à
un vétérinaire pour soigner son troupeau, réaliser
les vaccins, les visites de contrôle obligatoire et autres traitements...
ce qui lui alourdit encore ses charges de 70€ par mois.
Philippe doit également
rembourser les emprunts pour la bergerie et le tracteur, et payer une
partie des terres de lexploitation: au total, cela fait 516 euros
chaque mois. Le montant des factures délectricité
et deau s'élève à 83 euros. Les diverses
assurances pour les terres, les bâtiments, les deux tracteurs
et le troupeau se chiffrent à 175 euros par mois pour toute lexploitation.
Le gasoil lui coûte 83 euros par mois en ce moment, une hausse
de 40% en un an.
En tant quexploitant
agricole, il est affilié à la sécurité sociale
du régime agricole et rural, la Mutualité sociale agricole
MSA, pour 237 euros par mois.
Gains: 200 euros
Comment
élever ses gains mensuels, qui plafonnent désespérément
à 200 euros? Philippe ne voit pas de solution. S'il avait une
plus grosse exploitation, de 1000 moutons par exemple, il devrait aussi
avoir un salarié, des bâtiments... « Et beaucoup
de soucis en plus. Ce n'est plus du tout la même agriculture
ni la même vie. » Si son métier et son cadre
de vie lui plaisent, il a la triste impression de travailler pour «
entretenir le paysage ». La coopérative à qui
il vend ses moutons à 5,5 euros le kilo revend la viande 8 à
10 euros le kilo à la grande surface, où elle se retrouve
entre 15 et 25 euros:
« C'est
tellement facile de remplir son caddie. Le consommateur ne pense pas
aux agriculteurs qui travaillent pour remplir leurs assiettes. Il ne
pense pas à tout le carbone rejeté dans l'atmosphère,
ni au fait que si on supprimait les subventions, dans dix ans il n'y
aurait plus d'élevage ovin en France. »
Il rêve aujourd'hui
à ce que l'agriculture soit déclarée «
d'utilité publique »: « On fait manger les Français!
»
Auteur
: Sophie Verney-Caillat
Source : Rue89
du 26/10/2008