Les éleveurs de moutons demeurent globalement les paysans
les plus mal payés en dépit de leur rôle économique
et écologique.
Bernard Martin, président de la Fédération nationale
ovine (FNO) de la FNSEA, était mardi dernier à linitiative
dune rencontre insolite avec des députés et des
journalistes. Avec la complicité du député Richard
Mallié, les responsables nationaux et régionaux de la
FNO recevaient leurs invités à lhôtel de la
questure de lAssemblée nationale pour un buffet dont le
plat de résistance était de la viande dagneau cuisinée
de différentes manières.
Au-delà,
il sagissait pour les professionnels dattirer lattention
des parlementaires et de la presse sur les difficultés dune
profession qui paie depuis bientôt trente ans la libéralisation
des échanges consentie en deux étapes au profit de la
Nouvelle-Zélande. Une première fois, laccord ovin
de 1980 permettait à la Grande-Bretagne dimporter à
droits nuls des quantités importantes de viande congelée
dagneau néo-zélandais afin dexporter ses viandes
fraîches sur le continent. Une seconde fois, en réparation
politique de lopération barbouzarde contre le Rainbow Warrior,
la France a admis de faciliter une nouvelle fois les importations dagneaux
néo-zélandais.
Maintenant, ce
sont 227 000 tonnes de viande ovine néo-zélandaise qui
entre à droits nuls chaque année en Europe. Du coup, les
prix ne décollent jamais, chez nous les revenus baissent et le
nombre déleveurs ne cesse de diminuer, tout comme le nombre
de brebis, en dépit dune réelle dynamique observée
dans la modernisation des élevages ces dernières dannées
mais qui reste fragile. Il a suffit dune fin de printemps et dun
début dété maussades, en 2007, pour que la
consommation recule et que les cours à la production chutent.
En ce moment, les prix payés aux éleveurs sont inférieurs
de 8 % à ceux de lété 2006, tandis que les
prix des carburants et des engrais ont renchéri les coûts
de production. Se sont ajoutées les conséquences des sécheresses
récurrentes constatées plusieurs années de suite
dans certaines zones délevage, fragilisant durablement
des exploitations tandis que la hausse du prix des céréales
vient cette année augmenter le coût de lalimentation
hivernale des troupeaux.
Selon une étude
de lInstitut de lélevage, les revenus disponibles
sérodent depuis trois à quatre ans et ce sont notamment
les grandes régions ovines qui voient leurs effectifs chuter.
Au point que le pays compte aujourdhui moins de 7 millions de
brebis mères et que la production de la viande ovine française
est tombée à moins de 43 % de la consommation. On assiste
à une lente agonie de la filière, aggravée par
la réforme de la politique agricole commune de 2003 et le découplage
des aides à hauteur de 50 %. De plus, le retour de la droite
au pouvoir en 2002 sest traduit par la fin des contrats territoriaux
dexploitation, ces accompagnements écologiques rémunérés
auxquels avaient souscrit de nombreux éleveurs ovins. Certes,
personne na semblé vouloir évoquer cette question
mardi à la questure, si ce nest en aparté.
Pour survivre,
les éleveurs voudraient aujourdhui une aide annuelle de
15 euros par brebis en attendant que lexamen à mi-parcours
de la réforme de la PAC promise pour 2008 sous présidence
française vienne corriger le traitement injuste que les éleveurs
de moutons estiment subir depuis trop longtemps.
Auteur
: Gérard Le Puill
Source : L'Humanité
du 3 août 2007