Cela fait maintenant neuf ans que le Conseil Général
des Pyrénées-Atlantiques et le Gouvernement de Navarre
se sont mis d'accord pour réaliser une étude de faisabilité
d'une liaison routière entre Pampelune et l'A64.
Parmi les variantes
analysées en 1998, il y avait 2 corridors ferroviaires, étudiés
pour la forme et rejetés d'emblée, 2 adaptations des routes
existantes (notamment en 2X2 voies) et 3 autoroutes sur nouveau tracé
(dont le corridor qui passe par Valcarlos à partir de Pampelune,
qui contourne Garazi et rejoint Salies).
La liaison Pampelune-Salies
était donc au départ un projet clairement autoroutier
; l'objectif étant de relier des réseaux autoroutiers
internationaux nord-sud et d'ouvrir un autre couloir à camions
à travers les Pyrénées.
Le Gouvernement
Foral de Navarre ne cache pas sa volonté de créer un axe
direct de grand gabarit vers le nord de l'Europe en s'affranchissant
du Gouvernement d'Euskadi et de la voie autoroutière atlantique.
Quant au Président du Conseil Général, sa "conviction"
quun tel axe serait une aubaine pour la Basse-Navarre ne peut
tenir lieu dargument. De plus, une voie à grande capacité
coupant le Pays Basque Nord en deux, et renvoyant vers Pau la Soule
et une partie de la Navarre, préfigure le schéma de remodelage
du territoire basque au sein du département tel que M. Lasserre
la préconisé en 2002. Les promoteurs du projet de
ce côté nord des Pyrénées continuent d'évoquer
un axe d'intérêt régional et tentent d'en déguiser
la nature en en changeant l'appellation au fil des années et
de l'opposition grandissante : "autoroute" en 1998, "2X2
voies" de 2001 à 2006 et, depuis février 2006, une
"2X1 voie avec créneaux de dépassement et contournement
des bourgs".
Lopposition
reste massive
Aujourd'hui, l'opposition au projet de M. Lasserre, même rebaptisé,
reste massive et largement majoritaire. Une véritable démonstration
de force a été réalisée à Saint-Palais,
le 30 décembre, à l'appel de LEIA avec 5000 manifestants
et un défilé de 150 tracteurs.
Un mois plus tard, le Collectif des Elus contre la transnavarraise confirmait
l'opposition sans précédent de la Basse-Navarre :
19 Conseils Municipaux
des 23 communes traversées, après délibération,
demandent au Président du Conseil Général d'abandonner
son projet de liaison Pyrénées-Atlantiques-Navarre en
précisant qu' "un aménagement doit répondre
aux besoins des populations locales et doit se faire avec leur accord".
Ainsi 83% des communes traversées de Basse-Navarre s'opposent
au projet. Il est à noter qu'aucune des quatre autres communes
de Basse-Navarre ne s'est positionnée favorablement (Aicirits
a évoqué un manque d'informations, Arbouet s'oppose à
la création de tracés neufs dans sa partie, Saint-Palais
et Béhasque n'ont pas pris de délibération sur
le sujet).
S'ajoute aux opposants
la Communauté des Communes de Garazi-Baigorri, qui refuse le
projet tel que présenté par le Conseil Général
et demande que priorité soit donnée à l'aménagement
des trois voies actuelles avec la Navarre.
La Communauté
des Communes d'Iholdy-Oztibarre a également annoncé qu'elle
se positionnerait en février de la même manière
que ses 4 communes touchées par le tracé (les 4 se sont
opposées à la transnavarraise ).
Même au niveau
des Pyrénées-Atlantiques, 19 communes sur 29 traversées
constituent une opposition départementale à hauteur de
66% minimum.
La majorité
de la Basse-Navarre argumente ainsi son rejet du projet :
- les propos du
gouvernement navarrais et du Président du Conseil Général
des Pyrénées-Atlantiques sont anormalement contradictoires
quant aux caractéristiques techniques identiques de part et d'autre
de la frontière évoquées par M.Lasserre. Les propos
des responsables navarrais évoquaient encore en décembre
2006 "un axe de grande capacité entre la Navarre et la France
pour la première fois de l'histoire, une route à trois
voies sur ses 120 km", avec du côté navarrais une
emprise suffisante pour réaliser au plus vite une 4 voies.
Le choix d'un axe
à grand gabarit à 3 voies sur les 2/3 du linéaire
en Basse-Navarre est surdimensionné pour une route dont l'objectif
affiché est la seule amélioration des communications régionales.
Il constituerait un appel très important pour le trafic international
des camions, contradictoire avec les engagements des autorités
de réduire les gaz à effet de serre et avec leurs promesses
de développer les modes de transports ferroviaires et maritimes.
Les impacts sur le foncier nuiraient gravement à de très
nombreuses exploitations agricoles et seraient incompatibles avec les
efforts de tous les acteurs locaux ¦uvrant pour une reconnaissance
de la qualité de nos produits et un tourisme vert maîtrisé.
Pas
dargumentation économique
Le volet économique présenté dans le dossier du
Conseil Général se résume à quatre phrases
et une carte qui évoquent le PIB de la Navarre, l'agglomération
de Pampelune et les zones d'emploi de Pau et de la CABAB. L'inexistence
de l'argumentation économique était déjà
reprochée, lors du projet de 2X2 voies, aux mêmes promoteurs
qui affectionnent les postulats et la fausse croyance que les grandes
infrastructures véhiculent de la richesse sur leur passage. Au
contraire, des voies de cette ampleur renforcent les pôles urbains
les plus importants et assèchent les régions traversées
économiquement faibles. Proche de chez nous, la Vallée
d'Aspe qui a entendu des promesses de développement nous le rappelle
tous les jours.
Le développement de la Basse-Navarre et de la Soule passe en
termes d'infrastructures par une amélioration des liaisons infra
et inter-cantonales, des conditions de bonne réciprocité
entre le littoral et l'intérieur, par l'axe Tardets-Mauléon-Saint-Palais-Bayonne.
D'ailleurs lensemble des réflexions locales (PCD Baxe-Nafarroa,
Conseil de Développement du Pays Basque) sur le développement
souhaité pour la Basse-Navarre et la Soule amène à
lamélioration de cet axe Est-Ouest et ne fait aucunement
mention de la nécessité de construire une route de grand
gabarit Nord-Sud. Dans le même temps, il est important de développer
les relations avec la Navarre par l'ensemble des liaisons existantes
(cols d'Urquiaga, d'Ispeguy et Roncevaux pour la Basse-navarre et Port
de Larrau pour la Soule) et non par une seule voie à grande capacité.
Face à un
rejet si massif et déterminé de son projet, M. Lasserre
reste muet. Ce sont ses amis politiques, maires et conseillers généraux
UDF et UMP qui montent au créneau. Nous pouvions lire dans la
presse, les propos du maire de Salies : "Il n'y a pas de territoires
qui se développent sans infrastructures" et "c'est
normal, les entreprises recherch(ent) les n¦uds routiers".
Si le développement économique se résumait à
cette devise des années 70, cela se saurait et Salies ferait
rêver tous les Bas-Navarrais ! Il n'est pas question de nous transformer
en "réserve d'Indiens", selon les termes de M.Loustaudaudine,
mais de consolider de véritables liaisons historiques avec nos
voisins navarrais en améliorant les quatre principales routes.
En ce qui concerne
les propos de quelques conseillers généraux lourds de
sous-entendus tordus "Je respecte ceux qui manifestent mais je
ne suis pas sûr qu'il n'y ait que des locaux" ou "l'opposition
a peut-être aussi une origine qui est extérieure au débat",
ils confirment l'entêtement inquiétant des promoteurs du
projet et leur mépris total de la démocratie.
Habitants et élus
municipaux se sont clairement et majoritairement exprimés contre
le projet de M.Lasserre. Ils attendent en conséquence une réponse
démocratique, c'est-à-dire par définition fidèle
au peuple qui exerce la souveraineté : l'abandon du projet d'une
voie transnavarraise à grande capacité.
Auteur
: Daniel olçomendy / LEIA
Source : la
tribube libre du Journal Euskalherria du 27 février 2007