Décongestionner les autoroutes terrestres,
protéger l¹environnement, modérer des investissements
coûteux en termes d¹infrastructures. Autant d¹enjeux
qui font désormais du projet d¹autoroute maritime de Nantes-Bilbao
une priorité. Ouverture probable d¹ici deux à trois
ans si l¹Etat se laisse convaincre.
"Ce projet
d¹autoroute maritime, qui reliera Nantes à Bilbao, répond
à un besoin d¹économie durable par rapport à
l¹économie du profit immédiat, affirme le président
du port Michel Quimbert, qui est aussi le fondateur du club des ports
de l¹Atlantique. Il s¹agit là d¹une approche
politique globale, un service d¹intérêt général.
Nous nous sentons citoyens dans ce projet et notre démarche de
conviction est totalement soutenue par les travaux de la commission
européenne."
Le dossier est
fin prêt. Les ports de Nantes-Saint-Nazaire en France et de Bilbao
en Espagne ont peaufiné leur projet d¹autoroute maritime.
Ils attendent désormais l¹appel d¹offres que le Gouvernement
a promis de lancer avant la fin de l¹année. La réflexion
est également engagée avec les ports anglais et irlandais,
mais davantage dans l¹idée d¹un renforcement du cabotage
traditionnel alimentant les tronçons d¹autoroutesterrestres.
"Plus que jamais, estime François Marendet, directeur
du port de Nantes Saint-Nazaire, la crédibilité de
la voie maritime se trouve renforcée. Dans une perspective de
développement durable et d¹économie d¹énergie
d¹une part, de sécurité routière d¹autre
part. Les récents incidents survenus dans le tunnel de Fréjus
abondent en notre sens."
La réflexion
s¹inscrit également dans le sens des préconisations
de la Commission européenne. C¹est la première fois,
notent les porteurs du projet, qu¹un document, le livre blanc sur
les réseaux de transport, tente une approche globale, politique,
en appréhendant les coûts induits comme ceux de la pollution
atmosphérique, la santé, les accidents de la route.
Des partenariats unissent déjà certains ports. Dublin,
Bilbao, Nantes-Saint-Nazaire échangent leurs données commerciales
et participent à des missions communes. Un projet similaire existe
déjà depuis plusieurs années entre Dublin et Liverpool,
emprunté chaque jour par 3 500 remorques. Toute la question est
désormais de savoir comment concevoir cette autoroute maritime
pour qu¹elle soit une réponse en termes d¹économie
durable mais aussi de viabilité économique dans le meilleur
délai.
L¹idée est révolutionnaire et bouleverse les modes
de transport. Il s¹agit d¹organiser un service, porte-à-porte,
entre un terminal situé à Montoir-de- Bretagne, gare de
péage, et un autre terminal à Bilbao avec une relation
directe avec le Portugal. Les transporteurs chargent leurs remorques
dans la cale du bateau-navette et retournent chercher une autre remorque.
A l¹arrivée du navire, le transporteur espagnol fait de
même. " Le dispositif, poursuit François Marendet,
est basé sur une nouvelle approche du fonctionnement des entreprises
de transport. Il s¹agit d¹un système non accompagné
: la remorque n¹est plus liée à son tracteur et le
chauffeur n¹est plus lié à sa remorque. C¹est
un changement de mentalité profond qu¹il nous faut accompagner.
"
Le dispositif devrait
permettre d¹économiser carburant et temps de conduite au
volant. "L¹autoroutemaritime, poursuit Michel Quimbert,
doit présenter toutes les caractéristiques de l¹autoroute
terrestre. Cela suppose que l¹autoroute n¹implique pas d¹attente,
qu¹elle soit fiable, sûre, que le titre d¹accès
soit, comme un péage, un document unique, que les conditions
de la circulation soient les mêmes en terme de contrainte douanière,
de documents de transports, conditions d¹assurance et de responsabilité
de transport. "
On comprend que
les deux réflexions soient menées simultanément
des deux côtés afin d¹organiser au mieux cette gestion
des terminaux, vérifier la pertinence économique du dispositif
et élaborer un nouveau volet commercial. Les transporteurs s¹avouent
intéressés, attendant cependant que le coût soit
affiné afin d¹être attractif et compétitif
par rapport à un transport par route.
Le projet implique
la construction de six navires, capables chacun, de transporter quelque
trois cents remorques. Trois départs seraient proposés
chaque jour, en sachant qu¹un bateau devrait être chargé
et déchargé dans un laps de temps n¹excédant
pas une heure et demie, grâce à deux rampes en double accès.
Il pourrait se
structurer l'an prochain et devenir opérationnel en 2008. Le
coût est actuellement évalué aux alentours de 400
millions d¹euros, soit à peine, comme se plaît à
le rappeler Michel Quimbert, " l'équivalent de 30
à 50 kilomètres d¹autoroute terrestre... "
Auteur
: Tugdual Ruellan
Source : Le Monde du jeudi 13 octobre 2006