La Forêt du
Grand Ours, refuge dans l'ouest du Canada pour des espèces menacées
comme l'ours, l'aigle ou la baleine au large de ses côtes, et dont
une partie est protégée contre l'industrie du bois, devient
aujourd'hui une destination prisée d'écotourisme.
La mythique forêt s'étend sur 6,4 millions d'hectares, le
long des côtes de la Colombie-Britannique, jusqu'à la frontière
de l'Alaska, et représente la plus grande superficie de forêt
pluviale tempérée en région côtière
au monde.
Elle a retrouvé
une nouvelle vie après l'engagement des autorités, en
2006, à protéger complètement deux millions d'hectares,
soit un tiers de sa superficie totale, et à réglementer
plus sévèrement la coupe sur le reste du territoire.
Grâce à
cela, les groupes écologistes espèrent qu'elle deviendra
un havre pour des espèces menacées ou en danger comme
le grizzly, l'ours brun, le très rare ours «Esprit»
à la fourrure blanc crème, le saumon sauvage, l'aigle
et les loups, mais aussi des espèces végétales
telles les cèdres millénaires et les épiceas Sitka.
Ces groupes ont
aussi travaillé à la mise en place d'entreprises axées
sur le développement durable, impliquant les communautés
autochtones dans la gestion de leurs territoires traditionnels.
Ardent défenseur
de l'écotourisme, un concept qu'il a enseigné dans une
université de la province avant de l'appliquer sur le terrain,
Kevin Smith explique qu'il s'agit, pour les touristes, de «laisser
quelque chose derrière eux pour les communautés qu'ils
traversent».
M. Smith est le
propriétaire de Maple Leaf Adventures, une agence «d'aventure»
de luxe qui organise croisières le long des côtes et voyages
au coeur de la forêt pluviale.
Comme d'autres
entreprises qui fleurissent dans la région, cette agence emploie
des scientifiques pour «éduquer» les touristes, et
a recours à des guides issus des Premières Nations (autochtones)
à toutes les étapes des voyages proposés.
«Nous utilisons
autant que possible l'économie locale, les services et la nourriture
offerts par l'économie locale», confirme Charlene Barringham,
de Blue Water Adventures, une autre entreprise qui suit la même
philosophie de tourisme écologique et équitable.
Avec l'explosion
de l'écotourisme, même les ours participent à cette
nouvelle activité, affirme la biologiste Misty MacDuffee, de
la Fondation de conservation de la Forêt pluviale.
Avec la disparition
des «chasseurs de trophées», obtenue en 2006 par
les écologistes, les plantigrades ont commencé à
se familiariser à la présence humaine et à vaquer
sans peur à leurs occupations quotidiennes, sous le regard des
touristes, affirme-t-elle.
Le tourisme équitable
représente une source de revenus croissante pour les quelque
3000 autochtones de la région, selon Marven Robinson, membre
de la communauté Gitga'at, élu au conseil représentatif
des Indiens et guide touristique certifié.
Les guides issus
des communautés autochtones ont été recrutés
après un accord entre l'industrie touristique et les dirigeants
des Premières Nations pour accompagner les touristes venus observer
les espèces animales dans leur milieu naturel, leur inculquer
les bases de l'histoire et de la civilisation locales et leur faire
découvrir un artisanat méconnu, parfois vieux de centaines,
voire de milliers d'années.
«L'écotourisme
a vraiment la cote en ce moment, et cela va encore s'accroître
pour notre peuple», affirme M. Robinson qui a accueilli des
touristes venus des États-Unis, d'Europe, du Japon et de tout
le Canada.
Auteur : Deborah Jones
Source : AFP/Cyberpress
du 30 juin 2008