Le projet de loi autorisant l'instauration d'une taxe pour l'accès
aux sites nordiques, c'est la raquette que l'on rackette. Comme l'automobiliste
avec les radars automatiques et les péages autoroutiers.
Dans les Hautes-Pyrénées,
Nistos, le val d'Azun, Barèges, ont anticipé la loi qui
ne viendra que régulariser une situation de fait.
Le ski de fond
est en perte de vitesse et la pratique de la raquette en pleine ascension.
Pour compenser la perte de fondeurs, les stations - qui peinent à
équilibrer leur budget - ont décidé de faire payer
les raquetteurs. Les stations de ski de fond, qui s'appellent désormais
espaces nordiques, afin d'englober toute activité nordique non
motorisée, ouvrent des pistes de raquettes, damées, balisées,
sécurisées. Ce service a un coût. Il justifie, pour
les stations, l'acquittement d'un forfait raquettes : 3 € à
Nistos et 3,20 € au val d'Azun.
« La raquette
est une activité qui doit être encadrée. On propose
une zone sécurisée. Si les pratiquants veulent aller en
hors-piste, cela relève de leur responsabilité »,
explique Pierre Maupomé, chargé de communication à
Nistos.
« Les
gens paient la sécurité et l'entretien de la piste. Pour
les accompagnateurs en montagne, nous proposons une carte de 20 €
», explique Liliane Lafonta,
chargée de communication au val d'Azun.
« HALTE
AU PÉAGE »
« C'est n'importe quoi, cette taxe. Pourquoi ne pas envisager
une taxe pour traverser les ponts, comme au Moyen Âge, critique
Bernard Josué, accompagnateur à Luz. L'hiver, la raquette,
c'est l'activité qui nous assure des revenus. Une redevance,
cela nous pénalise. Elle s'ajoute à notre prestation et
à la location du matériel. Or, la clientèle raquette
n'est pas fortunée. Les séjours à la montagne sont
déjà coûteux », explique Bernard Josué.
Serge Dulout, président
du Club alpin français (CAF) de Tarbes, « condamne fermement
la création d'un péage, d'un accès à la
montagne privatisé
Déjà, des pistes damées
et balisées, c'est à l'opposé de la pratique de
la raquette où l'on évolue sur une neige fraîche,
en pleine nature ».
Serge Dulout explique,
ensuite, que de nombreux sites hors pistes de raquettes ou de ski de
randonnée partent des stations. Le président du CAF
trouve abusif de demander aux gens de payer pour juste « transiter
sur une piste ».
Serge Dulout estime
que cette taxe va porter un sérieux coup à la pratique
de la raquette, comme cela a été le cas dès lors
que le ski de fond est devenu payant. « Même cause, mêmes
effets. On n'a pas retenu la leçon. C'est une mesure contre-productive.
»
Par ailleurs, en
proposant des pistes sécurisées, en cas de pépin,
la responsabilité des élus des domaines concernés
peut être mise en cause.
Auteur
: Thierry Jouve
Source : La
Dépêche du Midi du 8 décembre 2005