Il a fait ses études de droit à Toulouse. Petit géni,
il a dû obtenir une dispense car il n'avait que 14 ans. Par la
suite il devint avocat, mainteneur des jeux floraux et rentre à
la loge maçonnique L'Encyclopédique. Il revient à
TARBES où il inspire les cahiers de doléances en 1789
puis se fait élire député au Tiers-état
car la petite seigneurie de Vieuzac-Argelès ne donnait pas accès
à la Noblesse.
Il publie le Point
du Jour sous la Constituante et plaide devant le comité de division
des départements la création des Hautes-Pyrénées
dont le nom fut imaginé par Pinteville de Cemon, un noble champenois,
avec pour chef-lieu, TARBES.
Bertrand Barère
avait écarté toute idée de rattachement de la Bigorre
au Béarn en invoquant le fait que "les deux nations
sont trop séparées par les murs et une sorte d'antipathie
qui rendront à jamais toute liaison impossible".
Il est surprenant
qu'à cette époque on parle de "nation" et non
de "peuple" pour distinguer deux provinces. Quant aux murs
on peut se demander aujourd'hui desquelles ? Doit-on attribuer ces paroles
à un excès politique pour obtenir un département
sur une seule région ? Si la Bigorre avait été
rattachée au Béarn, il est probable que la position du
Pays-Basque aujourd'hui eut été très différente.
Mais les Basques ne demandent-ils pas, encore aujourd'hui en 1999, la
création d'un département Basque et d'une région
"Pyrénées" indépendante des trois régions
actuelle ? Apparemment, le débat existe depuis dix siècles.
Avec ses talents
d'orateur, Bertrand Barère atteint le plus haut niveau du pouvoir
de la Convention. Il devient rapidement un membre redouté du
Comité de Salut Public. Ce qui ne l'empêcha pas de connaître
une période (assez courte) de captivité et une clandestinité
sous le Directoire. Sous la Restauration, un exil de 15 ans s'imposait
engendrant une rupture définitive avec son épouse, la
jeune aristocrate Elisabeth de Monde, de Vic.
Lorsqu'il présida
la Convention, il mena l'interrogatoire de Louis Capet et obtient la
majorité pour prononcer la peine de mort sans sursis.
Il fut chargé
des Affaires Etrangères sous la Convention Montagnarde, "la
Terreur à l'ordre du jour", lorsqu'il rédige
ses "carmagnoles" pour annoncer à l'assemblée
les victoires de l'An II. C'est lui qui demande la mise en jugement
de la Reine et la destruction des tombeaux royaux de Saint-Denis. Grâce
à son influence auprès de Monestier de Clermont (encore
un Noble), il se débrouille pour protéger son clan tarbais
où il n'y aura que 6 exécutions (un détail de l'histoire
diront certains).
En juillet 1794,
il proclame "il nous faut des lois, non du sang" et il participe
activement à la chute de Robespierre le 9 thermidor. Opportuniste
dans l'âme, il parait qu'il avait préparé deux discours
: un plaidoyer et un riquisitoire contre l'Incorruptible. On sait qu'il
prononça le réquisitoire.
Toutes ces manuvres
ne l'empêchèrent pas d'être condamné à
la déportation en Guyane. Mais il parvient à s'évader
et à se cacher sous le Directoire. Il va jusqu'à offrir
ses services à Bonaparte qui l'ignore. On pourrait dire que le
temps des "faux culs" étaient terminés en même
temps que son destin national. Il vit de petits boulots comme des traductions,
il vend sa ferme de Sarrouilles et l'abbaye de Saint Lézer qu'il
avait acquit comme bien national en assignats (Bien mal acquit....).
Il doit s'exiler en Belgique. Plus personne ne s'intéresse à
lui sauf quelques chroniqueurs qui le considérant comme "un
monument vivant de la Révolution" que de nombreuses
têtes auraient bien voulues ne pas connaître. Il est néanmoins
un des rares révolutionnaires ayant conservé la sienne.
C'est Louis-Philippe,
fils de son ancien ami Philippe-Egalité, qui l'autorise à
revenir à Tarbes avec Marguerite Le Fauconnier, leur enfant et
une rente annuelle de 3 000 F. Il ne put que constater que le clan familial
en avait profité pour le spolier. Il n'avait pas perdu le goût
de la vie publique en s'intéressant aux problèmes locaux.
Il fit un rapport sur l'économie locale et, visionnaire, un autre
sur l'urbanisme de la ville de Tarbes pour l'an 2000. Il serait intéressant
de comparer la vision et la réalité. Toujours aussi visionnaire
dans La Liberté des Mers il écrit au sujet de l'Europe
"Ce continent si éclairé par les lumières
du siècle doit un jour être soumis aux décrets d'une
grande assemblée européenne".
Une telle vision
éclairée et réaliste devait-elle passer par autant
de sang d'innocents ?
Il mourut à
TARBES en 1841. Ses Mémoires furent publiés par Hippolyte
Carnot et David d'Angers. En 1889, une souscription fut lancer pour
ériger un monument en sa mémoire. Les Tarbais ne furent
pas dupes. Elle rapporta tout juste de quoi placer sur sa tombe un moulage
de sa statut par David. Tarbes lui dédia quand même une
avenue face à la gare. La Société Académique
remplaça la plaque posée sur sa maison natale en 1994
en ne retenant pour l'histoire que "promoteur du département"
et non "l'Anacréaon de la guillotine".
Aujourd'hui
il n'aurait ni plaque ni effigie. Il serait tout simplement traduit
devant un tribunal pour crime contre l'humanité. Autre temps,
autres murs...