Dans son chapitre III, Section III "Le développement
de la qualité de la vie dans les stations " il est écrit
:
" Renforcer
l'attractivité des stations de sports d'hiver françaises
suppose de porter une attention toute particulière au confort
des usagers sous toutes ses formes : confort visuel au travers de la
beauté des villages et des paysages, confort d'utilisation par
une organisation fluide des déplacements et un accueil adapté
à tous, ainsi que par une offre de services de proximité."
" La qualité
de vie en stations s'accompagne également d'une préservation
constante des ressources naturelles et des milieux.
" Elle
doit favoriser le bien-être de l'ensemble des populations qui
fréquentent les sites de sports d'hiver, touristes bien entendu
mais également population locale. L'accueil des travailleurs
saisonniers ne doit ainsi pas être négligé. "
Il y a bien ici
les trois volets de la définition du Développement Durable
mais il n'y a pas les moyens pour y parvenir et des restrictions de
langage entraînent des restrictions d'actions pour faire à
minima.
1/ Les populations
locales c'est quoi ?
Il faudrait définir de quelles populations nous parlons. Celles
de la station ou celles du territoire au sens large c'est-à-dire
toute une vallée ou tous ceux qui sont en droit d'attendre et
de recevoir des retombées liées à l'existence d'une
station de ski. Quel développement pour les villages de proximité
? Développement imposé ou sollicité ? Quel accompagnement
d'évolution ? Etc
Dans la station même, la population locale inclut elle les commerçants
saisonniers présent ponctuellement le temps d'un hiver et qui
se moquent de ce qui se passe le reste de l'année ? Et les personnels
saisonniers ? Ou bien s'agit-il d'une population sédentaire vivant
à l'année, de manière permanente sur le territoire
?
2/ Qu'est-ce qu'une ressource naturelle pour une station de ski ?
A priori c'est le foncier sur lequel vont être construites des
remontées mécaniques, des hébergements et fait
des aménagements de pistes et bien sûr la neige lorsqu'elle
est au rendez-vous (si non elle devient neige de culture et ne fait
plus partie de la ressource naturelle mais en consomme avec l'eau).
Préserver ces ressources c'est préserver une potentialité
commerciale et non préserver l'environnement et la biodiversité.
3/ Le confort visuel pour une station de ski c'est la beauté
enneigée.
La vue estivale n'est pas un souci majeur pour les stations n'ayant
pas d'activité l'été. Rien n'est dit sur la qualité
des sols. Comment et pourquoi les préserver ? Les incidences
sur la biodiversité animale et végétale tel que
la flore et de la petite faune des alpages et estives ? En fait le rapport
recommande de soigner l'apparence, la forme, mais pas le fond. C'est
d'ailleurs par cela que l'auteur débute : " confort visuel
au travers de la beauté des villages et des paysages "
Et il poursuit
par ces propos :
" La qualité esthétique de l'environnement urbain
est un élément majeur de la qualité de vie en stations,
et son niveau varie considérablement en fonction de la typologie
des sites. Les attentes des clientèles actuelles s'orientent
pourtant tout autant vers l'authenticité et le caractère
des lieux de vie que vers la performance des seuls sports d'hiver. "
En clair, hors des populations accueillant des touristes l'hiver, il
n'y a personne d'autres sur les territoires. Il n'y a pas de vie, pas
d'humain, pas d'animaux sauvages ou d'élevage. Rien ne permet
de dire qu'il y a " lui (la station) et les petits oiseaux "
car nous imaginons que la vie des oiseaux sur ce territoire n'est pas
sa préoccupation.
Et pourtant, leur présence est un élément prouvant
la qualité de la biodiversité du site.
Nous pouvons, à
partir de ces quelques petits éléments du rapport, constater
l'ampleur du fossé qu'il peut exister entre un technocrate établissant
un rapport à partir de dossiers depuis un bureau et la réalité
d'une conception de terrain à partir des habitants eux-mêmes.
Ou bien, dans ce cas précis, la différence entre un alpin
de terrain d'une station de ski moyenne totalement tournée vers
le tourisme de masse et un pyrénéen de terrain ayant des
stations villages ou des villages actifs dans les vallées où
se trouvent une ou des stations,
Dans les Pyrénées,
beaucoup pensent, à juste titre, que la protection de l'environnement
ne peut pas être garantie autrement que par ceux qui la vive au
quotidien. Elle ne peut pas se réduire à des préoccupations
bureaucratiques et citadines qui se limitent, comme l'indique le rapport
dans un paragraphe à " Intégrer le développement
durable au cur de la vie des stations " en proposant de soutenir
et de développer les projets visant :
- La gestion économe
de l'énergie dans les sites touristiques
- La gestion et
la réduction des déchets dans les stations.
- La mise en place
de certifications environnementales
- La gestion rationnelle
de l'eau
Surtout en parlant
de promouvoir les énergies renouvelables tel que le bois-énergie
à partir de ressources locales, sans doute pour éviter
l'emprise forestière, conséquence d'une diminution ou,
dans certains cas, disparition du pastoralisme montagnard sans même
se préoccuper des faisabilités.
Il est assez désolant
de voir ce député d'un département de montagne
(Savoie), adjoint au maire de Pralognan la Vanoise, petite station /
village de ski avoir une vision aussi étroite de l'environnement
d'une station de ski. Il est vrai qu'à Pralognan, il y a bien
longtemps qu'ils ne sont plus ennuyés par les vaches et les moutons
et que l'ensauvagement du hors pistes / hors stations est bien avancé.
C'est exactement le contraire de ce que nous recherchons pour les Pyrénées.
PS : Ma critique ne porte que sur une petite partie
du rapport concernant l'environnement et le développement durable.
N'étant pas concerné par la plus grande partie de ce document,
je ne porte aucun jugement sur la qualité de celui-ci.
Louis Dollo,
le 10 janvier 2007