Pastoralisme et écologie : les points de convergence

 

Les éleveurs de Vielle-Aure en Haute-Pyrénées, menant leurs troupeaux sur le parc naturel de Néouvielle, classé pour partie Natura 2000 (1), ont à cœur de conserver leur tradition, mais aussi leur terroir exceptionnel. De nombreux points de convergence ont été trouvés avec les différents utilisateurs du site pour que les troupeaux respectent la flore et la faune et pour que les bergers exercent leur activité durablement. Une expérience qui devrait faire des émules.


Avec le classement Natura 2000 (1) en septembre 2002 de 1 600 hectares sur les 2 400 du parc naturel de Néouvielle, zone montagneuse des Pyrénées centrales localisées à plus de 1 800 m d'altitude, certains agriculteurs du groupement pastoral de Vielle-Aure ont carrément craint la fin des estives ou la possibilité qu'ils ont de faire séjourner leurs troupeaux l'été dans les pâturages de montagne. Mais rien de tel ne s'est produit, bien au contraire. Les mains se sont tendues entre gestionnaires du parc, écologistes et éleveurs. Les experts du Centre de ressources pastoralisme et gestion de l'espace (CRPGE), antenne de la Direction départementale de l'Agriculture, ont alors été associés à la réflexion. Ils ont établi un diagnostic qui répondait aux attentes des agriculteurs. "Le parc national a fait au départ une étude remarquable mais qui ne prenait pas en compte nos pratiques, se rappelle Pierre Martin, l'un des dix adhérents du groupement pastoral. Alors nous avons confronté notre perception sur l'avenir du site et surtout défini la façon dont nous pouvions travailler ensemble pour respecter ce milieu."

Repenser les circuits des animaux
Un milieu très riche en espèces classées "remarquables" que tous entendent préserver. Le recensement botanique et faunistique des espèces vivant dans cette zone protégée a été confronté au relevé satellite du territoire réalisé par le Cemagref (Institut public de recherche pour l'ingénierie de l'agriculture et de l'environnement). Une valeur pastorale a été attribuée à chaque herbage fréquenté par les animaux. Ce qui a permis d'identifier des zones "surpâturées" et "souspâturées" par les 1500 brebis et 300 vaches. "Nous savions tout de même que le pastoralisme tel qu'il est pratiqué, respecte le milieu, car la pratique est la même depuis un siècle et les espèces sont toujours là", ajoute Pierre Martin. Et ce rôle est d'autant plus reconnu qu'il permet de réguler la flore envahissante. "Dans certains endroits nous avons dû ajouter 300 brebis, pour maîtriser par exemple les rhododendrons et les genévriers qui empêchent le développement d'espèces rares." Dans d'autres, il a fallu réduire le cheptel de 30 %. Un ajustement qui s'accompagne aussi pour l'éleveur et surtout le berger d'un enregistrement quotidien des circuits, temps de séjour et pratiques. Le gardiennage devenant plus délicat, un berger supplémentaire a été recruté. Pour compenser les surcoûts, les dix éleveurs, dont quatre sont du village - les autres étant établis dans le Gers et en Haute-Garonne - ont contracté un Contrat d'agriculture durable (CAD). L'un des seuls qui soit collectif dans la région. Les agriculteurs ont aussi gagné la construction de l'abri de berger en pierres sèches qu'ils demandaient depuis plus de vingt ans. Et pour Marc Fily, du CRPGE, l'expérience du parc de Néouvielle pourrait bien être reproductible sur d'autres territoires des Pyrénées. Expérience que les randonneurs pourraient eux aussi apprécier par le bais d'une signalétique discrète. Quand le travail est bien fait… il faut le dire.

(1) Natura 2000 : réseau de sites naturels protégés à l'échelle européenne visant à préserver les espèces et les habitats menacés et/ou remarquables sur le territoire européen, dans un cadre global de développement durable.

Auteur : Anne Delettre
Source : Campagnes et environnement du 20 août 2005

 

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