L’Ours. Histoire d’un roi déchu

 

Avec "L'Ours. Histoire d'un roi déchu", Michel Pastoureau a fait un travail sur la symbolique, activité très réelle et propre à l'homme, mais qu'il ne faut pas confondre avec la réalité de ce que l'on symbolise. De la même façon que dire de quelqu'un "c'est un renard"ou "c'est un lion", n'a pas grand chose à voir avec la réalité de l'animal ainsi impliqué malgré lui.




L’Ours. Histoire d’un roi déchu

Auteur : Michel Pastoureau
Editeur : Seuil
418 pages., 24 Euros (prix 2007)

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Présentation de l'éditeur


Longtemps en Europe le roi des animaux ne fut pas le lion mais l'ours, admiré, vénéré, pensé comme un parent ou un ancêtre de l'homme. Les cultes dont il a fait l'objet plusieurs dizaines de millénaires avant notre ère ont laissé des traces dans l'imaginaire et les mythologies jusqu'au cœur du Moyen Âge chrétien. De bonne heure l'Église chercha à les éradiquer. Prélats et théologiens étaient effrayés par la force brutale du fauve, par la fascination qu'il exerçait sur les rois et les chasseurs et surtout par une croyance, largement répandue, selon laquelle l'ours mâle était sexuellement attiré par les jeunes femmes. Il les enlevait et les violait. De ces unions naissaient des êtres mi-hommes mi-ours, tous guerriers invincibles, fondateurs de dynasties ou ancêtres totémiques. Michel Pastoureau retrace les différents aspects de cette lutte de l'Église contre l'ours pendant près d'un millénaire : massacres de grande ampleur, diabolisation systématique, transformation du fauve redoutable en une bête de cirque, promotion du lion sur le trône animal. Mais l'auteur ne s'arrête pas à la fin du Moyen Âge. Inscrivant l'histoire culturelle de l'ours dans la longue durée, il tente de cerner ce qui, jusqu'à nos jours, a survécu de son ancienne dignité royale. Le livre se termine ainsi par l'étonnante histoire de l'ours en peluche, dernier écho d'une relation passionnelle venue du fond des âges : de même que l'homme du Paléolithique partageait parfois ses peurs et ses cavernes avec l'ours, de même l'enfant du XXIe siècle partage encore ses frayeurs et son lit avec un ourson, son double, son ange gardien, peut-être son premier dieu.

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Biographie de l'auteur


Michel Pastoureau est historien. Directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études et à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, il a notamment publié au seuil, dans " la librairie du XXIe siècle ", l'Etoffe du diable. Une histoire des rayures et des tissus rayés (1991) et Une histoire symbolique du Moyen Age occidental (2004)

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Le montreur d'ours, un essai de Michel Pastoureau


L'ours était, en Europe, le roi des animaux. L'Eglise l'a diabolisé et puis dompté. Dans un livre passionnant, Michel Pastoureau raconte l'histoire de cette désacralisation. Et, pour « le Nouvel Observateur », il commente huit images, de la préhistoire à nos jours

Ce n’est pas un livre sur l’ours, mais un essai sur les relations passionnelles entre l’homme et l’ours au cours des derniers 30 000 ans que nous offre aujourd’hui Michel Pastoureau, cet historien médiéviste qui a le génie des sujets – auteur notamment de « l’Etoffe du Diable. Une histoire des rayures et des tissus rayés » et de « Bleu. Histoire d’une couleur ». En 1969, dans la fusée qui les emmène vers la Lune, Neil Armstrong et ses deux compagnons emportent un ours en peluche, lointain témoignage de notre cousinage ancestral avec cet animal formidable qui avait « les mêmes espaces et les mêmes proies, les mêmes peurs et les mêmes cavernes », un animal totem qui fit probablement l’objet de cultes préhistoriques. Michel Pastoureau raconte comment ce terrible fauve, le premier roi des animaux, considéré comme le fondateur de dynasties royales, fut progressivement, par la volonté opiniâtre de l’Eglise et de ses clercs, bouté hors de son trône, exclu de sa place centrale dans les bestiaires européens, ridiculisé, dévalorisé, diabolisé, promené dans les foires. Jusqu’à ce qu’enfin le nounours lui apporte une dernière revanche symbolique – à l’heure où il est menacé de disparition.

« L’Ours. Histoire d’un roi déchu », par Michel Pastoureau, Seuil, 418 p., 24 euros.


L'ours violeur.
« Depuis des époques très anciennes, partout en Europe circule une croyance selon laquelle l'ours mâle est sexuellement attiré par les jeunes femmes et les jeunes filles : il les enlève, les viole, et elles accouchent d'êtres mi-hommes mi-ours qui sont toujours des guerriers invincibles et des fondateurs de dynasties. Au xiiie siècle, les rois de Danemark et de Norvège se font établir des généalogies montrant qu'ils ont pour ancêtres l'un de ces «fils d'ours». Pour l'Eglise médiévale, l'idée que l'ours et la femme puissent être interféconds est abominable, mais certains théologiens dissertent sur le sperme de l'ours comparé à celui de l'homme. Bien avant Darwin, l'idée d'un cousinage entre animaux et humains ne concerne pas le singe, considéré comme diabolique, mais l'ours et parfois le cochon. »

Crâne d'ours.
« Dans la grotte Chauvet, découverte en 1994 en Ardèche, les peintures d'animaux datent d'environ 32 000 ans. Au centre de la «salle du crâne», on a trouvé ce crâne d'ours, placé sur un piton rocheux. Autour de lui, en demi-cercle, une douzaine d'autres crânes. Doit-on supposer l'existence d'une «religion de l'ours» chez les hommes de Cro-Magnon ou de Neandertal ? C'est une question qui fait débat chez les préhistoriens. Or l'existence d'un culte de l'ours est attestée dans les sociétés antiques et le haut Moyen Age chrétien. Et toutes les mythologies européennes font de l'ours un animal à part - dieu ou ancêtre de l'homme. Ces cultes sont-ils hérités du paléolithique ? Ils témoignent en tout cas de l'éclairage que l'histoire peut apporter à la préhistoire. »

Ours polaire.
« En Europe, l'ours blanc est inconnu jusqu'à la fin du Moyen Age. Au xiiie siècle, le roi de Norvège offre au roi d'Angleterre l'un de ces animaux fabuleux, dit Piscator : il se baigne et pêche dans la Tamise. Les bourgeois de Londres lui achètent une chaîne en or. L'ours blanc ne prend vraiment sa place qu'à la fin du xixe siècle, quand on vient le voir dans les zoos et les cirques. Aujourd'hui, tout le monde sait qu'il s'agit d'une espèce menacée : la fonte de la banquise détruit ses territoires de chasse, et les survivants trouvent difficilement leur nourriture ; au point que les mâles adultes se comportent parfois en cannibales et dévorent les oursons. Sinistre fin pour un animal royal ! En historien des ours, j'en suis accablé. En citoyen de la planète, honteux et désespéré. »

Teddy-bear
.
« Ultime revanche de l'ours sur les hommes, l'ours en peluche naît en 1903, simultanément aux Etats-Unis et en Allemagne. L'histoire du teddy-bear est bien connue. Le président Theodore Roosevelt fait un safari dans le Mississippi. Pour lui éviter de rentrer bredouille, son entourage attache un ourson à un arbre, mais le président refuse de le tuer. Un fabricant de jouets de New York commémore l'événement en fabriquant le premier produit dérivé de l'histoire. Au même moment, à Stuttgart, Margarete Steiff commercialise un ours en peluche qui connaît aussi un grand succès. Avec l'ours en peluche, on voit renaître des pratiques de type cultuel comparables à celles des sociétés anciennes. L'enfant trouve en lui son premier compagnon, son ange gardien, son premier dieu. Contrairement à l'ours médiéval, le nounours n'a jamais abdiqué sa royauté. Malgré la concurrence des kangourous et autres pandas, il reste la star des peluches. »

L'armée des ours.
«Malgré l'hostilité de l'Eglise envers l'ours, la ville de Berne arbore fièrement un ours sur sa bannière depuis le xiiie siècle. Un jeu de mots associe Bern, le nom de la ville, et le mot Bär, qui désigne l'ours en allemand. Berne est vraiment une ville à l'ours ; elle lui voue un culte comme à un animal totem. On y voit encore la fameuse fosse aux ours ; nous savons ce qu'ils mangeaient et quels étaient leurs noms. Au xve siècle, les habitants de Berne s'identifient à des ours, comme en témoigne cette étonnante peinture. Sous forme d'ours, ils partent affronter les troupes du duc de Bourgogne. Une identification efficace : en 1476, ils sont vainqueurs des troupes de Charles le Téméraire et s'emparent de son trésor, que l'on peut voir aujourd'hui au Musée historique de Berne. »

L'ours déchu.
« Sur cette miniature du xiie siècle, l'ours n'est plus qu'un porteur de bagages. L'Eglise cherche à le déprécier en montrant que les hommes de Dieu sont plus forts que lui. L'anecdote est classique : saint Amand part en voyage, un âne porte ses bagages, arrive un ours qui dévore l'âne, mais le saint oblige la bête sauvage à prendre sa place. Les paroles du saint sont inspirées par Dieu, et l'ours comprend que rien ne sert de résister. Dans le même esprit, l'Eglise, qui déteste les spectacles d'animaux, tolère les montreurs d'ours au Moyen Age. Le roi des animaux devient une bête de cirque qui fait des cabrioles dans les foires, les gens peuvent le toucher, l'ours n'inspire plus la peur. »

L'ours courtisan.
« Vers la fin du xiiie siècle, le roi-lion a détrôné le roi-ours dans toute l'Europe. Ce souverain venu d'Orient ne fait pas l'objet, comme son rival, de rituels préexistants, barbares et sanguinaires. Il appartient aux traditions écrites de la Bible et de l'Antiquité gréco-romaine alors que l'ours était l'animal des traditions orales. Sur cette image de la fin du xve siècle, le lion porte couronne et sceptre. L'ours est à ses pieds parmi ses courtisans. C'est l'histoire contée par le «Roman de Renart». Dans les plus anciennes versions, qui datent de la fin du xiie siècle, le lion est déjà le roi des animaux mais l'ours est encore son vice-roi. Bientôt il ne sera plus qu'un baron parmi d'autres, un courtisan ridicule auquel le goupil joue des tours. »

Chasse à l'ours.
« On le voit sur cette image du début du xive siècle, la chasse à l'ours se pratique à pied. C'est une chasse violente, sauvage, un corps-à-corps entre l'homme et la bête avec échange de souffles et de sangs. Cette intimité bestiale terrifie les théologiens, et l'Eglise cherche à imposer la chasse au cerf, moins brutale. Mais les guerriers germains et slaves ont longtemps préféré l'ours, dont ils admirent la force. En le tuant, le guerrier capte sa puissance. En plein Moyen Age chrétien, les rituels païens subsistent ; le guerrier tue l'ours, boit son sang, revêt sa peau pour partir au combat. La lutte contre l'ours commence à l'époque de Charlemagne. Elle va durer des siècles, jusqu'à Saint Louis. Peu à peu la chasse à l'ours est dévaluée, la chasse au cerf s'impose comme divertissement royal, tandis que le lion devient le roi des animaux. »

Né à Paris en 1947, spécialiste du bestiaire héraldique médiéval et de l'histoire symbolique des sociétés européennes, professeur à l'EPHE et à l'EHESS, Michel Pastoureau a publié en 2001 « les Animaux célèbres » (Bonneton) et en 2004 « Une histoire symbolique du Moyen Age occidental » (Seuil).

Auteur : Catherine David
Source : Le Nouvel Observateur du 25 janvier 2007

Observation

Contrairement à ce qui peut être lu et à certaines idées reçues, l'ours n'est pas en voie de disparition en Europe. Il est même en surpopilation dans certaines régions et fait l'objet d'un plan de chasse.
Par contre, il est probable qu'il soit en voie de disparition dans les Pyrénées.

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De la peur à la peluche


Novembre 1902. En tournée dans le sud des Etats-Unis, le président Theodore Roosevelt, grand sportif, vaillant soldat et héros national avant même son accession à la Maison Blanche, entend chasser. Mais sans succès. Un collaborateur zélé invente un affligeant stratagème et place un ourson au poil noir sur le chemin de "Teddy". Choqué, celui-ci épargne le jeune fauve ; l'épisode se transforme en image de magnanimité, dont la propagande républicaine s'empare avec enthousiasme. D'une caricature du Washington Star, le miraculé devient poupée de bourre et de peluche, et son inventeur, un Russe immigré, ose demander au président le droit de lui emprunter son nom. Teddy Bear était né, et avec lui le compagnon des tout-petits au XXe siècle.

Sans doute l'idée était-elle dans l'air, puisqu'un ourson de laine est en même temps présenté à la Foire de Leipzig en mars 1903. Mais la trouvaille relance la fortune d'un animal dont le caractère anthropomorphe a assuré la survie dans l'imaginaire occidental, malgré la guerre que lui livra le christianisme durant près d'un millénaire.

C'est cette longue histoire qu'a entreprise Michel Pastoureau. Avec ce nouvel essai, formidable d'intelligence et de mesure, le spécialiste des emblèmes, à qui l'on doit, outre une Histoire symbolique du Moyen Age occidental (2004), et un indispensable Bleu. Histoire d'une couleur (2000) travaille le bestiaire en strict historien. Il explore le destin de l'ours depuis sa rencontre avec l'homme aux temps paléolithiques, où le grand fauve, plantigrade à la force surhumaine, est vénéré comme un dieu - le premier peut-être, puisque la plus ancienne statue façonnée par l'homme, il y a près de vingt mille ans, représente un ours - jusqu'à sa lente dégradation, repoussé sur les hauteurs par l'extension des hommes et finalement accueilli dans les musées et les réserves, tant cette créature tenue pour satanique ("ursus est diabolus", selon Augustin d'Hippone) a été rendue vulnérable.

L'affaire n'était pas si simple, pourtant. Vénéré et omniprésent, redoutable et redouté, symbole de sauvagerie, de force et de sexualité exacerbées, l'ours est tenu pour le plus puissant des fauves, le plus courageux - d'où le statut héroïque conféré à celui qui peut le mettre en fuite, voire le vaincre.

FASCINATION BESTIALE
Et ce n'est pas un hasard si David, selon l'Ancien Testament ou Godefroi de Bouillon, selon la chronique d'Albert d'Aix, deux figures mythiques, ont triomphé de l'épreuve. Il n'est pas jusqu'à Arthur, roi légendaire de la Table ronde, qui ne soit tenu pour un roi-ours (son nom même, du vieil irlandais art, rappelle l'arktos grec). Fort d'une ascendance ursine, il tue, en mourant, à la manière de l'ours, son fidèle bouteiller Lucan, et sa survie hypothétique dans l'île d'Avalon, où le conduit sa soeur Morgane, rappelle le cycle de l'hibernation. Cette ascendance extraordinaire ne disqualifie pas Arthur. Au contraire. Si le Troyen Pâris, allaité par une ourse, est un grand perturbateur de l'ordre du monde, Arthur emploie la force exceptionnelle que chacun reconnaît à l'ours à oeuvrer pour la paix.

Reste que la fascination bestiale que l'animal exerce, si forte que le nom même de la bête est souvent tenu pour tabou, dérange très tôt le monde chrétien. Il convient donc, dès le haut Moyen Age, de lutter contre une force si terrible qu'elle semble marquer la marche du temps. De l'automne, où l'endormissement du fauve annonce un réveil, insupportable pendant de la résurrection, au printemps.

Cousin ou ancêtre supposé de l'homme, l'ours est une terrible menace pour la greffe chrétienne en terre païenne, le culte de ce dieu primordial empêchant la conversion à la foi nouvelle. Mais si la force humaine est impuissante face à ce monstre qui aime les jeunes femmes et les enlève pour s'accoupler avec elles, la figure du saint ermite peut réussir là où la raison échoue.

Antoine, Blaise, plus tard Colomban et Gall, parviennent à dompter le fauve, ces derniers le réduisant même au rang de bête de somme. Cependant, la lente et obstinée refonte du calendrier, qui entend masquer les temps forts du culte ursin en célébrations chrétiennes, ne peut éradiquer la croyance populaire tant que l'Eglise n'a pas trouvé la parade en "christianisant" son rival au titre de roi des animaux : le plus exotique lion.

La victoire, acquise au XIIIe siècle, quand les rois renoncent à la chasse à l'ours et que les armoiries, au lendemain de la première croisade, aident à la promotion léonine, n'est cependant possible que par la partition fantasmatique entre le "bon" lion - celui qui trône, sous le nom de Noble, dans le Roman de Renart - et le mauvais, ce "léopard" fictif, qui permet de purifier l'image diabolique qu'Augustin donnait conjointement de l'ours et du lion.

Réduite à celle d'un goinfre stupide, l'image de l'ours ne fait plus trembler. Pire, elle amuse, le fauve pataud dansant dans les foires ; et si les ménageries princières le conservent au nombre de leurs "trésors", il n'est plus gage de souveraineté. Le fait qu'un ours veille sur le sommeil éternel du duc de Berry (mort en 1416) dans la cathédrale de Bourges ne doit pas faire illusion : le bestiaire recomposé depuis le Roman de Renart ne laisse que des accessits à ce champion hors normes, dégradé pour sa parenté même avec l'homme. Au terme de l'étude de Pastoureau, qui fait un sort aux autres héros de la gent animale, le lion sera sans rival.

Ultime revanche de l'ours sur son concurrent heureux : lorsque Apollo XI alunit en juillet 1969, Armstrong et son compère astronaute étaient accompagnés d'une peluche, cet ourson qui avait depuis plus d'un demi-siècle réussi à retourner une situation bien compromise. Au royaume de l'enfance, malgré les Studios Disney, l'ours reste souverain pour l'heure.

Auteur : Philippe-Jean Catinchi
Source : Le Monde du 19 janvier 2007

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Ours des Pyrénées : « Le combat est perdu »


Qui est le roi des animaux ? Le lion, me direz-vous ! Eh bien, selon Michel Pastoureau, le félin a usurpé ce titre à l'ours. Avec la complicité de l'Église. Historien, professeur d'université, Michel Pastoureau a publié des livres sur le Moyen âge, sur les emblèmes et les symboles et sur l'histoire des animaux. Avec « l'Ours, histoire d'un roi déchu » (Seuil) il retrace l'aventure somptueuse de ce fauve qui nous a si longtemps fréquentés. - Interview :

Comment vous êtes-vous intéressé à cet animal ?

J'ai très souvent rencontré l'ours dans mes recherches sur le Moyen âge. J'ai constaté qu'à cette époque, il était considéré comme le roi des animaux à travers toute l'Europe du Nord. Mais l'Eglise, qui avait une haine farouche de l'ours, a tout fait pour le remplacer par le lion. Le combat a duré mille ans !

Pourquoi cette haine ?

L'ours a fait l'objet de nombreux cultes païens. Il était de loin l'animal le plus fort en Europe. Les Romains ont même constaté dans les combats de cirque qu'il n'avait rien à craindre du lion. Du coup, les guerriers louaient sa force, buvaient son sang, mangeaient sa chair, revêtaient sa peau, portaient ses dents en amulettes… Enfin, l'ours ressemble à l'homme.

On disait qu'il violait les femmes !

Oui, les bergères, et que de cette union naissaient des êtres mi-hommes, mi-ours, des fondateurs de dynasties. C'est aussi ce qu'on disait des Wisigoths…

Ce culte est très ancien ?

On retrouve des dessins d'ours dans la plupart des cavernes préhistoriques. Faisait-il l'objet d'un culte ? Les préhistoriens sont très divisés. Moi, je pense que oui, car il avait un statut particulier.

L'ours fascine toujours autant ?

Oui. Aujourd'hui, à Noël, dans les rayons des peluches, les ours prennent la moitié du terrain. Les enfants dorment dans ses bras, comme au néolithique !

Y a-t-il des légendes sur l'ours dans la région ?

Un chroniqueur rapporte que le frère de Gaston Febus, qui avait combattu un ours, se réveillait toutes les nuits pour se battre avec un ours imaginaire. Du coup, sa femme l'a quitté, d'autant plus effrayée que son propre père avait été tué par cet animal.

Et que pensez-vous de la polémique actuelle sur l'ours des Pyrénées ?

En tant qu'historien, je suis étonné par les passions que cela suscite, du côté des partisans, comme des adversaires. Cela dit, j'ai le sentiment que pour l'ours des Pyrénées, le combat est perdu. Mieux vaut concentrer les efforts vers les ours de Scandinavie ou des Carpates…

Recueilli par Dominique Delpiroux
Soure : La Dépêche du Midi du 13 février 2007

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Réaction de l'ADET aux propos de Michel Pastoureau : "Pour une cause "perdue", elle se porte plutôt très bien ... ! "


Outre que les combats perdus sont surtout ceux que l'on ne mène pas, la situation de l'ours s'est considérablement améliorée dans les Pyrénées ces dernières années. En 1995, on ne comptait plus que 6-8 ours; aujourd'hui, ils sont plus d'une vingtaine ... en attendant les naissances probables de cet hiver, dont nous prendront connaissance au printemps.

Il est fort probable que l'on atteigne l'objectif fixé par Serge Lepeltier en janvier 2005 : 30 ours en 2008.
Michel Pastoureau a fait un travail d'historien remarquable. Son ouvrage apporte beaucoup à une meilleure compréhension de la relation homme - ours. Mais il n'est pas biologiste et il est toujours hasardeux de s'aventurer en dehors de son domaine de compétences.

Les meilleurs spécialistes internationaux de la conservation de l'ours ont validé le programme de restauration de la population d'ours dans les Pyrénées. Ne cédons pas à la désinformation orchestrée par les opposants à l'ours, le retour d'une population viable d'ours est en très bonne voie en Pyrénées Centrales.

Par contre, il est plus qu'urgent de lâcher des femelles en Béarn, où il ne reste plus que 4 mâles ... L'expérience des Pyrénées Centrales démontre que c'est largement possible, si l'on en a la volonté

Auteur : Alain Reynes, Directeur de l'ADET - Pays de l'ours - Arbas
Source : La Dépêche du Midi du 14 février 2007

Alain Reynes a raison mais....


Une fois n'est pas coutume mais je voudrais exprimer publiquement mon total accord avec Alain Reynes lorsqu'il dit :

  • " En 1995, on ne comptait plus que 6-8 ours; aujourd'hui, ils sont plus d'une vingtaine ... en attendant les naissances probables de cet hiver, dont nous prendront connaissance au printemps. "
  • " Il est fort probable que l'on atteigne l'objectif fixé par Serge Lepeltier en janvier 2005 : 30 ours en 2008. "

J'irai même plus loin que lui en disant que la reproduction étant exponentielle (les petites des adultes feront elles-mêmes des petits et plus ils sont….) il est probable que d'ici une dizaine d'années nous en aurons près d'une centaine. Ce qui est incontestablement une réussite biologique.

MAIS….

Je dois rappeler que dans sa déclaration du 13 janvier 2005, Serge Lepeltier avait prévu d'en importer 15 en 3 ans (5 par ans.... malgrè l'ambiguité du communiqué qui ne le dit âs clairement) pour atteindre le chiffre de 30 en 2008. Bien obligé que lui et les " spécialistes " s'étaient trompés. Pas besoin d'être spécialiste ou biologiste, tous les éleveurs savent ce qu'est un taux de reproduction et sait calculer sans calcul savant

Face à cette réussite biologique due aux " meilleurs spécialistes internationaux de la conservation de l'ours " depuis 1996, nous sommes bien obligé de constater un faillite totale sur le plan humain, sociologique, psychologique et matériel. L'Etat n'a jamais tenu aucun de ses engagements et ne peut pas, financièrement, les tenir. Les associations de protection de l'ours ne sont plus écoutées au point que d'autres associations sont en cours de formation pour les contrer et elles sont systématiquement rejetées dans le cadre des indemnisations.

En effet, les principes même d'acceptabilité de la part des populations locales prévues par la convention de Berne n'ont jamais été respectés. Il n'y a eu aucune étude historique des pratiques pour les mettre en adéquation avec les solutions proposées à tel point qu'aujourd'hui le fossé est si profond entre environnementalistes et éleveurs que le dialogue est totalement impossible.

Sur ce plan là, l'ADET, le FIEP, FERUS, le WWF et le Ministère de l'écologie doivent admettre leur totale faillite.

A noter que le WWF souhaite introduire d'autres ours à l'horizon 2008-2010 comme il suggére l'introduction de loups en Ecosse.

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Réaction de Véronique Estrémé de la vallée du Biros : "Suivrait-on la voie de la raison ?"


Et un de plus ! éminents scientifiques, historiens et autres matières grises, se succèdent pour dire que cette réintroduction de l'ours est une erreur! je ne citerais pas le septicisme de certains écologistes. pendant que cetains s'évertuent à nous faire croire que la tout se passe bien pour les 4 ours slovènes, qu'ils font un gros dodo, il y a des rumeurs qui nous disent le contraire, Franska aurait avortée, Hivala et Sarousse seraient en de bien mauvaise santé, Balou pas d'infos précises, le vrai, le faux, là n'est pas l'importance, ce programme génère des dépenses inutiles et j'ose espérer que ce gaspillage va cesser. L'heure est à la campagne électorale, et l'ours n'est franchement pas la tasse de thé de nos candidats, il y a plus important! un exemple : des étudiants (université de Montpellier) se tournent de plus en plus nombreux vers des associations caritatives pour survivre! honnêtement ça fait désordre! priorité à nos jeunes car je ne crois pas être en faux en disant que l'ours n'est pas l'avenir de l'homme!

Auteur : Véronique Estrémé
Source : La Dépêche du Midi du 14 février 2007

Qui est Véronique Estrémé ?


Véronique Estrémé habite Sentein dans la vallée du Biros (Couserans - Ariège-Pyrénées). Femme d'éleveur (400 brebis) elle connaît bien le problème de l'ours sur un plan historique propre à cette vallée et sur un plan matériel pour y être confronté pratiquement au quotidien avec son conjoint, Michel. Confronté également lorsqu'elle accueille des clients dans son gîte pour répondre à leurs questions. Mais aussi mère de famille d'une fille étudiante…. avec tout ce que cela comporte de sacrifices tandis que d'autres utilisent l'argent public pour satisfaire leur nombrilisme égoïste et leur sectarisme idéologique. Voir à cet égart le rapport de la commission des finances de l'Assemblée Nationale.

Contactée aujourd'hui, elle nous parle du livre de Michel Pastoureau avec beaucoup d'enthousiasme en espérant avoir l'occasion de rencontrer cet auteur / historien. Pourquoi pas ? Il n'est pas impossible que Michel Pastoureau fasse un petit séjour quelque part dans les Pyrénées en fin d'été.

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L'ours, un roi des animaux renversé par l'Homme


L'ours, dont les tentatives de réintroduction dans les Pyrénées ont suscité des "controverses tournant parfois à l'hystérie collective", était jadis le roi des animaux en Europe, parfois vénéré comme un véritable dieu, rappelle un ouvrage sur l'histoire du plantigrade.

Ces cultes très anciens ont laissé de nombreuses traces dans l'imaginaire du Haut Moyen Âge, souligne Michel Pastoureau dans son ouvrage "L'ours, histoire d'un roi déchu", ce que l'Eglise, qui cherche à convertir ces peuples barbares, ne supporte pas.

D'autant qu'il y a plus grave : l'ours passe pour être sexuellement attiré par les jeunes femmes. Il les recherche, les enlève et les viole, donnant naissance à des êtres mi-homme, mi-ours, qui deviennent des guerriers indomptables, voire des fondateurs de lignées prestigieuses.

De nombreuses histoires d'ours violeurs de femmes figurent dans les contes et légendes de l'Europe entière, rappelle Michel Pastoureau, déjà auteur d'"Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental" (Seuil - 2004).

L'Eglise médiévale lui déclare la guerre avant même le règne de Charlemagne, une guerre qui durera près d'un millénaire, au cours de laquelle tous les moyens seront bons aux prélats et aux théologiens pour déboulonner l'ours de son trône.

Elle installe sur ce trône symbolique le lion, un animal plus lointain donc plus maîtrisable, roi des bestiaires de l'orient mais absent des rites païens de l'Europe du nord.

Pour faire place nette au lion, l'ours sera systématiquement combattu, diabolisé dans l'imagerie religieuse, dominé par les saints dans la mythologie, ridiculisé, humilié et réduit à un rôle de bête de foire promenée de village en village, dansant, faisant des tours et amusant le public.

Le Roman de Renart fournit un solide témoignage de cette dévalorisation de l'ours, et contribue à l'accentuer puis à la transformer en une véritable déchéance qui s'étend rapidement à d'autres domaines des littératures et des savoirs profanes.

Il est présent dans six des Fables de La Fontaine, où il se montre tout à la fois paresseux, stupide, gourmand et maladroit (le pavé de l'ours).

Détroné, poursuivi et condamné, le malheureux plantigrade quitte la forêt pour se réfugier dans les montagnes. Non seulement il ne fait plus peur à personne, mais c'est lui qui a peur et fuit le voisinage des hommes.

"L'ancien roi des animaux, ancêtre ou parent de l'homme pour de nombreuses cultures très anciennes, est un animal qui n'a plus que quelques décennies à vivre, du moins à l'état sauvage", estime Michel Pastoureau.

Mais il a pris sa revanche dans l'imaginaire des hommes avec la naissance de l'ours en peluche.

En 1902, lors d'une partie de chasse, le président américain Theodore Roosevelt était resté bredouille. Un de ses collaborateurs eut l'idée de capturer un jeune ours et de l'attacher discrètement à un arbre.

Mais Roosevelt refusa de tirer l'animal et l'histoire se répandit dans la presse.

Jusqu'à ce qu'un certain Morris Mitchom, qui tenait à New York une boutique de jouets, eût l'idée de faire fabriquer un ours en peluche évoquant celui épargné par le président en demandant à la Maison Blanche l'autorisation de lui donner le surnom affectueux de Teddy, diminutif de Theodore: Teddy Bear était né.

Auteur : Emmanuel ANGLEYS
Source : AFP / Yahoo du 15 février 2007

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