Appel au secours de Anita Jouffrey, bergère dans les Alpes

 

Les conséquences de la présence des grands prédateurs dans les alpages ou les estives, qu'il s'agisse du loup ou de l'ours, ont souvent des incidences psychologiques, morales et sociales difficilement mesurables. La détresse des éleveurs et bergers face à une situation qu'ils n'ont pas voulu, qui leur est imposée et qu'ils ne peuvent pas maîtriser leur est insoutenable. Certains sont prêts au pire à l'encontre des autres ou d'eux-mêmes.
En prenant connaissance de ces témoignages d'Anita Jouffrey sous la forme de lettres envoyées au Président de la République, Nicolas Sarkozy, il était difficile de rester insensible et de ne pas les publier pour montrer publiquement la réalité de la vie et du travail des bergers face aux prédateurs.

 

Lettre du 9 août 2007


JOUFFREY Anita
Bergère à l'alpage de La Périoule 38
Massif de Belledonne Nord

Le 9 août 2007


Objet : Appel au secours


Monsieur Sarkozy Nicolas,


Je me permets d'attirer votre attention sur une situation qui va aboutir à un drame si personne ne fait rien.
Depuis le 15 Juin que nous sommes arrivés sur notre alpage, situé dans le massif de Belledonne, notre troupeau de brebis subit quasi quotidiennement les attaques d'une meute de loups.

Malgré l'application des mesures de protection préconisées par l'administration - parc de nuit, chiens de protection (4), éclairage, tirs d'effarouchement et une présence humaine nuit et jour dans le troupeau- nous avons à déplorer cette année : 9 attaques meurtrières, 45 brebis tuées, 45 disparues et actuellement 8 brebis blessées et en souffrance qui attendent depuis le 5 août d'être achevées par une personne assermentée, mon mari n'étant plus en état psychologiquement de terminer le travail des loups [ au 10 septembre le troupeau a subi 25 attaques]


Depuis 9 ans que cet animal a été réintroduit sur notre alpage, nos conditions de vie se dégradent d'années en années pour devenir des conditions de survie.
Depuis l'âge de 14 ans mon époux, fils et petit fils de berger, exerce cette profession qui exige 4 à 5 mois d'estive.

Alors que tout est fait pour l'amélioration de la vie urbaine (climatisation, chauffage, transport, 35h, etc…) ici en alpage, nous nous contentons de peu mais dignement et dans le respect. Ces dernières années nos conditions de vie n'ont jamais été aussi misérables et bafouées, dignes de l'homme des cavernes !
Nous sommes contraints de rester dehors jours et nuits, par tous temps pour limiter, en vain, les attaques. Nous vivons dans le stress permanent de celles-ci qui se produisent même en plein jour, ainsi que les attaques psychologiques des pro-loups (voir copie jointe), menaces téléphoniques et médisances de toutes sortes (voit internet).

Supporteriez-vous que l'on martyrise votre animal domestique sous prétexte qu'on vous le paie au prix de " la viande " et qu'on vous le laisse agonisant à vos bons soins pour l'achever, et ce, plusieurs fois par semaine, d'années en années ? Ajoutez à cela que dans cet exemple votre animal n'est pas votre gagne pain.
Deux rapports parlementaires ont été établis sur notre alpage, concluant à l'incompatibilité entre le loup et le mouton. Pourquoi ?

Depuis les premières attaques nous appelons au secours face à cette situation récurrente ; qui nous entend ?
Ce matin encore, au lieu d'aide, on nous a envoyé Mr Blin [représentant de la DDA 38] pour effectuer un énième rapport sur l'application des mesures de protection.

Nous faisons notre part de ce contrat que l'on nous a imposé, qui fait l'autre part ?Ou sont les droits de l'homme dans cette situation ?
Humainement cela devient de la non assistance à personne en danger.
Quel être humain peut accepter à notre époque d'être traité de la sorte et rester impassible ?
Quand on est en train de perdre le fruit de toute une vie de travail et face au mépris et à l'abandon d'instances censées protéger l'homme et lui permettre de travailler dignement, la raison peut basculer du jour au lendemain et mener à des gestes irréversibles.
Je fais ce courrier pour ne plus m'entendre dire " nous n'étions pas au courant de votre situation ", si malheur devait arriver.

Aujourd'hui 9 août, il neige, il y a du brouillard et il fait un vent glacial. Depuis 2 jours mon mari cherche une partie du troupeau que les loups ont pourchassée. Il est parti depuis ce matin avec son chien vers 7 heures, il est 18h il n'est toujours pas revenu. Quand il rentrera à la nuit, trempé et transi de froid, il n'aura pas droit à une douche chaude ni à un bon lit. Il soupera et ira se reposer sous une toile de tente toute détrempée, à côté du troupeau.
Voilà Mr Sarkozy la journée type d'un berger du 21ème siècle.

Nous venons de fêter le 100 ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage.

J'espère avoir réussi ; Mr Sarkozy à éveiller votre attention pour que cette fois on ne se contente pas de me renvoyer " un courrier " et que vous, enfin, vous vous pencherez sérieusement et rapidement sur ce problème avant que l'irréparable arrive.

Recevez Monsieur Sarkozy, mes sincères salutations.

Anita Jouffrey

Copies à
-DDAF
-Préfet
-Président chambre agriculture 38 et 73
-Mr Bouvard Député de Savoie
- Président FNSEA 38

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Lettre du 5 septembre 2007


La Périoule le 5 septembre

Monsieur Sarkozy,

Pour la seconde fois de cette estive, je vous adresse un courrier.
Hier, mardi 4 septembre, comme tous les jours, j'ai gardé les moutons avec mes deux chiens, Paris et Bimbo. Pour nous les bergers, nos chiens sont nos compagnons de tous les instants. Ils travaillent toute la journée, nous aident à regrouper, à conduire ou à aller chercher les brebis qui s'égarent dans des falaises où on ne serait pas capable d'aller les chercher. Ils sont attentifs à nos moindre gestes ou regards…

Cette nuit les loups sont venus. Après avoir marché toute la journée avec nos chiens, nous n'avons pas pu dormir un seul instant, tant les loups se sont acharnés autour du troupeau, les chiens patous les ont repoussés à plusieurs reprises.

Un lieutenant de louveterie [mandaté par le préfet] est venu passer la nuit avec nous dans le cadre des mesures de défense du troupeau. Vers 3 heures du matin, on a entendu un coup de fusil puis une bête hurler. Le louvetier venait par erreur de blesser Bimbo. Pour le remercier de tous les services rendus, on lui a mis une balle dans la tête pour abréger ses souffrances.

Aujourd'hui je pleure mon ami Bimbo, demain ce sera peut-être un de mes fils ou mon mari, ou ma fille qui prendra une balle perdue…

Jusqu'où faudra-t-il en arriver pour que tout cela cesse ?

Recevez Monsieur Sarkozy, mes sincères salutations.

Anita Jouffrey

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Jusqu'où ira la bêtise humaine ?


Faire des erreurs est humain. Persiter dans l'erreur c'est manifester et exposer un certain niveau de bêtise. C'est ce qui se passe du côté des pouvoirs publics et des associations ultra environnementalistes dans leur volonté de maintenir des grands prédateurs dans le milieu pastoral aux côtés des troupeaux. Un jour il y aura des accidents plus grave que la mort d'un chien.... ou d'un loup tiré par erreur..

Lorsque l'ourse Franska se fait renverser par un voiture de l'armée, on déplace la cellule criminelle de la Gendarmerie et le parquet ouvre une enquête. La secrétaire d'Etat à l'écologie demande un complément d'information parceque l'ourse aurait reçu du petit plomb qui n'a d'ailleurs pas entraîné sa mort.
Dans les Bauges, un berger tire un loup croyant que c'est un chien "bizzarre" et se retrouve au tribunal... deux ans après.

Ici, dans Belledonne, c'est un louvetier qui tire un chien au lieu d'un loup... la SPA, l'ONCFS, etc ... iront-elles au tribunal pour défendre le chien et sa propriétaire ?

Il semble qu'il y ait deux poids, deux mesures et un énorme fossé entre deux monde :

  • D'une part, celui du pastoralisme et de la ruralité qui vit et subit au quotidien les problémes des grands prédateurs
  • D'autre part, celui des bureaucrates, rêveurs, idéologues et quelques sectaires qui se font une idée erronée de la nature qu'ils ne connaissent pas ou assimilent mal.

Dans tous les cas, la compréhension n'est pas plus possible que la cohabitation avec des animaux sauvages.

Louis Dollo, le 16 septembre 2007

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La réponse du ministre de l'Agriculture, Michel Barnier


On vient de nous transmettre la réponse du ministre de l'agriculture Michel Barnier à la lettre de détresse envoyée par la bergère Anita Jouffrey en août 2007 au président Sarkozy.

Sur cet alpage de la Périoule à la frontière de la Savoie et de l'Isère dans le massif de Belledonne, les loups occasionnent des dommages récurrents depuis 1997 ! 10 ans que ce berger transhumant du midi, depuis trois générations, subit les attaques du loup et surtout des conditions de travail inhumaines comme le montre bien la lettre d'Anita.

Parmi ceux qui lui reprochent sa virulence combien savent ce qu'il vit à chaque estive ? combien accepteraient de voir ainsi leur vie bouleversée ? Nous avons vécu à son alpage et savons de quoi nous parlons.

Nous remaquerons que d'habitude c'est plutôt le président qui répond à la place de ses ministres, cela en dit bien trop long hélas...

Cette réponse du ministre ne fait que rappeler les mesures légales qui visent à protèger les loups et non les bergers. Le "tir de défense" évoqué ne permet qu'à un garde d'être présent la nuit avec un fusil de chasse et non une carabine...Jamais le plan de prélévements autorisés des loups n' a été atteint, pendant ce temps les bergers sont au tribunal pour les patous qui importunent les promeneurs citadins qui eux, ne doivent subir aucune contrainte, et ils quittent un à un les alpages. Quelle belle victoire pour la biodiversité.

Source : Le Grand Charnier du 25 février 2008

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