Deux thèses s'opposent : celle du berger et celle du WWF

 

Il est parfois assez curieux de voir des organismes, des associations ou des personnes individuelles parler à la place des personnes concernées sans leur demander leur avis. Le pire, c'est que ces structures prétendument de substitution pensent à la place des intéressés et veulent toujours leurs biens.
Curieux comportement.
Mais pourquoi veulent-ils toujours le bien de personnes qui ne demandent rien ?
C'est un grand mystère que nous rencontrons dans l'introduction de l'ours dans les Pyrénées où des penseurs, des universitaires, des associations ont décidé que l'ours peut-être une bonne chose pour les Pyrénées et explique à des bergers et éleveurs comment travailler tout en restant derrière un écran d'ordinateur.
C'est presque comique !
L'humanité a eu l'idée intéressante de laisser s'exprimer un berger et un responsable d'association qui vous veut du bien.


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Ours dans les Pyrénées

 

Le berger : L'ours, impossible sans acceptation sociale


Éleveur de brebis au pied des Pyrénées (à Montesquieu-Volvestre, dans la Haute-Garonne), je fais partie des opposants au plan de réintroduction des ours. Ex-Parisien reconverti en paysan, je me suis installé il y a six ans avec ma famille sur une petite exploitation (150 brebis, 40 ha) où j’ai fait le choix de l’agriculture biologique : profondément écolo dans l’âme, toujours désireux du meilleur pour l’environnement, j’ai longtemps cru que la cohabitation homme-ours devait être possible. J’ai longtemps cru ce qu’on a toujours entendu : l’ours, animal farouche et plutôt végétarien, donc inoffensif, a besoin d’être protégé. L’homme, animal sauvage et sans scrupules, aurait bien besoin de laisser un peu plus de place à la nature qu’il écrase sur son passage.

L’été 2005, j’ai monté mes bêtes pour la première fois en estive dans les hautes vallées de l’Ariège ; au bout d’une semaine, j’avais déjà perdu 20 de mes bêtes en 2 attaques d’ours. Rapidement, j’ai réalisé le décalage entre les discours faciles et la réalité du terrain.

À Paris, dans les salons ou les bureaux, on parle écologie ; à Arbas (31), au milieu des - Pyrénées, où l’ours est lâché mais sans vouloir y rester, on se plaît à parler cohabitation. Mais plus on se rapproche des zones où se concentrent les ours, plus la musique change. En Ariège notamment, les - attaques sur troupeaux se répètent à longueur d’été, les randonneurs n’osent plus s’aventurer sur les GR et le reste de l’année, on retrouve tout simplement les ours au milieu des villages, tuant des brebis au pied des maisons ou faisant les poubelles, créant ainsi un -climat d’angoisse au sein des populations.

Quand on apprend plus tard que l’ours brun n’est absolument pas en voie d’extinction (250 000 ours bruns dans - l’hémisphère Nord, chasses à l’ours organisées en Slovénie), que le pastoralisme réussit à préserver un excellent niveau de biodiversité dans les - Pyrénées en maintenant les - espaces ouverts, que des sommes colossales sont mobilisées pour financer des programmes excessivement gourmands, que l’État lui-même fait part de ses difficultés budgétaires à court et moyen terme, que les moyens de protection des troupeaux ne sont pas applicables dans la plupart des cas, que la protection des ours semble être une préoccupation plus importante que celle des populations locales, que des attaques sur des humains, en Slovénie, obligent les enfants à être accompagnés pour aller à l’école... on est en droit de se poser des questions.

Côté ministère de l’Écologie, les méthodes totalitaires utilisées pour imposer ce plan n’arrangent pas les affaires : passage en force, déni démocratique, consultation au lance-pierres, mensonge, insultes, autisme, intégrisme, répression policière, promesses non tenues, tous les moyens sont bons pour imposer, en refusant la contradiction.

On assiste donc aujourd’hui à un soulèvement populaire des Pyrénéens qui ne supportent plus d’être humiliés, méprisés, insultés (« des imbéciles, des abrutis, une race à faire disparaître... », d’après la ministre en personne !).

Soutenu par des intellectuels et des scientifiques (Yves Coppens, paléontologue ; Jean-Louis Étienne, explorateur...), ce combat rassemble des professionnels de l’élevage, mais également de nombreux élus, des organisations syndicales, des familles, des professionnels du tourisme et plus généralement tous ceux qui veulent continuer à circuler librement dans la montagne et qui refusent de voir leur territoire transformé en un gigantesque parc d’attractions. La ministre décidera-t-elle de calmer les tensions en écoutant enfin les populations concernées ou préférera-t-elle poursuivre les lâchers, au risque de mettre en danger ses ours ? Sans acceptation sociale, les grands projets sont forcément voués à l’échec.

Par Stéphane Lessieux, animateur de l’Association de sauvegarde du patrimoine Ariège-Pyrénées (ASPAP).
Source : L'Humanité du 13 mai 2006

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L'ours : Un atout pour le développement


Encore abondant en Europe de l’Est, l’ours brun est hautement menacé en Europe de l’Ouest. Peuplant autrefois toute la France, il n’est plus présent que dans les Pyrénées avec un peu plus de 15 individus, trop peu pour permettre sa survie. De même, il n’y en a qu’une vingtaine en Autriche et une centaine en Italie et en Espagne. Les deux premiers pays ont d’ailleurs procédé récemment à des renforcements de leurs populations d’ours. Comment attendre des Africains qu’ils protègent l’éléphant si nous ne sommes pas capables de conserver l’ours ?

L’ours fait partie intégrante de l’identité pyrénéenne. Si, après avoir boycotté la concertation, une minorité de personnes s’opposent aujourd’hui fortement aux lâchers des 5 ours, tous les sondages montrent qu’une large majorité des Pyrénéens et des Français sont favorables à cette introduction d’ours qui ne fait d’ailleurs que compenser l’abattage de 3 femelles, privées de descendance, ces dix dernières années. En outre, les actions de protection de ce mammifère (gestion forestière, aides aux éleveurs...) bénéficient à l’ensemble des espèces présentes dans ses milieux de vie.

L’ours n’est pas dangereux. Il y a un siècle, les Pyrénées comptaient plus de 150 ours. Jamais aucun n’y a blessé ou tué quelqu’un. En Slovénie, où sont capturés les animaux relâchés dans les Pyrénées, il n’y a pas non plus d’accident alors qu’il y a environ 600 ours sur un territoire 3 fois plus petit que les Pyrénées. L’ours est végétarien à 80 %. Il mange également des proies sauvages et parfois des animaux domestiques. Il est attribué aux ours des Pyrénées 150 à 300 victimes par an, principalement des moutons, sur 600 000 présents dans ce massif. Cela représente moins de 1 % des pertes (maladies, chiens divagants, foudre...) constatées par les éleveurs. Des oppositions se cristallisent sur l’ours. Celui-ci n’est pourtant pas responsable de l’évolution de l’élevage, bien plus liée aux - politiques internationales. Il est important de considérer les difficultés rencontrées par les éleveurs et les bergers et de les aider à s’adapter à la présence de l’ours. D’ores et déjà, de nombreuses aides ont été mises en place qui a d’ailleurs permis de mieux reconnaître le statut des bergers et d’améliorer leurs conditions de travail. Ces aides portent sur le gardiennage des troupeaux (de nombreux emplois ont ainsi été créés), l’équipement (clôtures, cabanes pastorales, matériel de communication...), l’acquisition de chiens de protection et de leur alimentation. Selon une étude, les dégâts constatés sur les troupeaux sont divisés par dix quand il est utilisé des chiens de protection. En outre, les dégâts sont indemnisés, même en cas de doute sur la responsabilité de l’ours.

Vécu comme une contrainte par certaines personnes, l’ours est un atout en termes de développement touristique et économique, comme en attestent de nombreux professionnels, y compris parmi les éleveurs. L’utilisation de l’image de l’ours permet en effet de mieux valoriser les produits de l’élevage. L’exemple des Abruzzes en Italie a amplement démontré l’impact positif de la présence de l’ours. Le WWF oeuvre depuis sa création pour que les ours se maintiennent dans les Pyrénées, dans le respect des populations présentes. Il participe à un programme international (Life Coex) soutenu par l’Europe et par l’État. Ce programme qui concerne 5 pays (Portugal, Espagne, France, Italie, Croatie) a pour objectif d’« améliorer la coexistence entre les grands carnivores et l’agriculture en Europe du Sud ».

Afin de démontrer leur attachement à son aboutissement, à l’appel de Coordination associative pyrénéenne pour l’ours et des communes d’accueil des plantigrades, les partisans du renforcement de la population d’ours sont invités à un rassemblement samedi 3 juin à 14 h 30 à Luchon. Cette fête sera celle de l’homme, de l’ours et des Pyrénées.

Part Olivier Hernandez, responsable du dossier "grands prédateurs" au WWF France
Source : L'Humanité du 13 mai 2006

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