Le modèle économique Cantabrique n'est pas transposable dans les Pyrénées

 

Pour les défenseurs de l'ours, le massif Cantabrique et les Asturies en Espagne sont présentés comme des modèles de cohabitation entre l'homme et le plantigrade. Lorsque l'homme et ses activités traditionnelles n'existent plus que dans un état résiduel sans intérêt économique, nous pouvons penser que la cohabitation n'est pas difficile surtout lorsque le tourisme autour de l'ours permet aux quelques habitants de survivre dans leur vallée.
Par contre dans les vallées où il existe une forte activité agricole, l'opposition à l'ours et au loup est assez forte. Mais ces vallées n'ont pas été visitées par les inspecteurs du ministère de l'écologie français ni présenté à la délégation française qui s'est rendue sur place fin novembre 2007.
Nous n'analyserons donc ci-dessous que les aspects économiques de la région visitée autour de Somiedo.


Avec la réserve voisine de Muniellos (55.657 ha, dont 5.488 de réserve intégrale interdite à toute activité humaine), la réserve de biosphère et parc naturel de Somiedo (29.164 ha) est le site emblématique du maintien d'une population d'ours sauvages dans les Asturies.

Dans un article récent, le président du FAPAS, A. Hartasánchez, indique que, par rapport aux Pyrénées, " la situation dans la Cordillère Cantabrique /est/ différente parce que, pratiquement, il n'y pas de dégâts sur le bétail, mais surtout sur les ruches ".

De même, G. Palomero, Président de la Fondation Oso Pardo, souligne dans El Diario Montañes du 28 octobre 2007 : " En général, dans la Cordillère Cantabrique l'ours est bien toléré parce qu'il ne tue que peu de bétail. Il y a davantage de conflits dans les Pyrénées, où le fait qu'il attaque les vaches entraîne un grand rejet social. "
En fait, il attaque aussi et surtout les ovins, ce que G. Palomero reconnaissait en décembre 2005 dans son intervention lors des " 3° journées de l'environnement " organisées par le Consorcio de Los Valles, en Aragon. Il indiquait alors que, pour faire accepter l'ours, entre les monts Cantabrique et Los Valles la différence c'est " qu'il n'y a pas d'élevage ovin ", ce qui au demeurant est totalement inexact.

Mais il est vrai, par contre, qu'il n'y en a plus à Somiedo.
Les documentss que j'utilise sont empruntés au SIAPA (Sistema de Información Ambiental del Principado de Asturias) et au Service statistique du Conseil du Milieu Rural et de la Pêche du Gouvernement autonome asturien.

Le consejo de Somiedo correspond à ce qui serait chez nous un canton. Pour des raisons historiques, l'ours n'a cessé d'être présent dans cette zone des Asturies, au statut spécifique ; Somiedo fut réserve de chasse, puis Parc Naturel en 1988, enfin Réserve de biosphère depuis 2000, ces statuts successifs en font un site à part, rien à voir avec la réalité globale du massif pyrénéen, les paramètres ne sont pas comparables ! Le décret créant la Réserve en 2000 se fixait entre autres cet objectif:

" Développement économique et humain durable sur les plans socio-économiques et économiques. Le Parc Naturel de Somiedo n'a pas pour seul objectif de protéger les valeurs naturelles et le paysage de ce milieu, mais aussi de sauvegarder les formes traditionnelles de vie de la population locale. Ainsi, le cadre légal de protection du Parc inclut déjà /…/ la nécessité d'assurer le développement des activités traditionnelles. "

Voyons les résultats. Au niveau démographique déjà, la création de la Réserve n'a pas suffi à freiner la décrue que le Parc existant n'avait pas davantage empêchée (en italique gras dans ces tableaux la date de création de la Réserve et celle de la dernière statistique connue), au mieux une très légère inversion de tendance se marque en 2006, à confirmer bien sûr :

Année
1991
...2000
2001
...2003
...2006
   
Réserve
     
Asturies 1 093 937 1 076 567 1 075 329 1 075 381 1 076 896
Somiedo 1 793 1 621 1 616 1 541 1 544

Le nombre d'exploitations agricoles lui, était déjà sur une pente dégressive, la décrue s'est accélérée :

Année 1998 1999 2000 ...2066
Exploitations à Somiedo 285 285 270 243

Quant aux productions: le rapport SIMOGAN 2004 indiquait dans sa conclusion que celle du lait de vache avait disparu a Somiedo, sans doute n'était ce pas une des ces "activités traditionnelles" à développer. Le seul élevage conséquent y est celui des bovins-viande: leur nombre a relativement fluctué entre 1998 et 2006, mais il reste autour d'une moyenne annuelle de 6279 bêtes.

Année 1998 ...2000 ...2004 ...2006
Bovins à Somiedo 6 175 6 315 6 911 6 388

Par contre, l'élevage ovin et caprin n'a cessé d'y décroître ces dernières années au point d'être devenu totalement résiduel. Les tableaux ci-dessous indiquent ces évolutions :

Année
Exploitations
A Somiedo
Ovins
Animaux par exploitation
2000 9 378 42.00
2005 6 85 14.17
2006 24 121 5.04

Année
Exploitations
A Somiedo
Caprins
Animaux par exploitation
2000 7 231 33.00
2005 7 217 31.00
2006 6 22 3.67

609 ovins + caprins en 2000, 143 en 2006, mais peut-on encore parler d'exploitation pour ce qui n'est plus que distraction : 5 brebis et 3 chèvres, comme 5 poules au fond du jardin !

Plus de lait, perte d'exploitations, quasi disparition des chèvres et des brebis, on est très loin de la " nécessité d'assurer le développement des activités traditionnelles. "

En 2006, Palomero García, en fut alors réduit à proposer cette solution : " hay que poner al oso a producir " (il suffit de rendre l'ours productif) ! Ce qui conduisit un éditorialiste de El Comercio digital à en conclure : " il nous a montré clairement qu'il dirige non pas une ONG conservationniste mais une entreprise qui ne cherche qu'à rentabiliser l'ours "

La polémique fut telle que le coordonnateur de la Fondation dut intervenir sur le forum de discussion d'un autre quotidien asturien (La Nueva España) pour répondre aux questions des lecteurs. Impossible de tout citer, mais ces quelques passages sont révélateurs :

  • réponse à la question 5 : " nous pensons qu'il est nécessaire que la population locale perçoive l'ours comme générateur d'activités économique, et cela y contribuera ",
  • quant à la réponse à la question 9, pour que les ours ne soient plus en danger, " il faut mettre en œuvre de nombreuses initiatives (éviter qu'ils ne soient tués par certaines personnes, restaurer l'habitat, éviter sa fragmentation …), et parmi ces initiatives il est nécessaire aussi de promouvoir le développement rural dans les zones à ours, en utilisant l'ours et son habitat. "

Tiens, " développement rural " ! Mais … n'était-ce pas déjà de cela qu'il était question dans le décret de 2000 créant la Réserve de Biosphère : " sauvegarder les formes traditionnelles de vie de la population locale. Ainsi, le cadre légal de protection du Parc inclut déjà /…/ la nécessité d'assurer le développement des activités traditionnelles. "

Il semble quand même, à lire ces réponses et voir les évolutions statistiques, que, pour la sauvegarde de l'ours lui même, et plus encore pour le développement des " activités traditionnelles ", il n'y ait pas de miracle. Et si Somiedo aujourd'hui construit son économie autour de l'exploitation touristique de l'ours (hay que poner a producir), c'est son choix. Mais ce modèle qui s'explique pour les raisons historiques que nous avons indiquées rapidement au début, n'est pas généralisable à des massifs entiers.

Serait-ce d'ailleurs souhaitable, n'y a-t-il pas aussi autre chose à " produire " en montagne, et notamment la richesse d'une biodiversité agricole et de races d'élevage autochtones, atouts majeurs du développement durablecomme le soulignent les groupes 2 et 4 du Grenelle de l’environnement ?

Que veut-on offrir au tourisme : un ours et du “sauvage” artificiels, devenus machines à produire, ou la réalité d’un milieu vivant, créateur d’une biodiversité à visage humain, dans lequel il trouverait une vérité, pas des images conçues pour l’ appâter?

Auteur : Bruno Besche Commenge

Commentaires


La Sierra Cantabrique a son modéle : Somiedo. Pour les dirigeants politique, Somiedo est une sorte de paradis. C'est du moins présenté ainsi pour la... clientèle. Business oblige !

Il suffit d'aller surfer, si on lit un peu l'espagnol, sur le forum de la Nueva España concernant Somiedo pour se rendre compte que ce n'est pas le paradis pour tout le monde. Il aurait été intéressant, pour être complet et objectif, que la délégation française rencontre des "contestataires" afin de se forger une opinion plus large et éviter de tomber dans le piège de la propagande gouvernementale asturienne. L'objectivité passe par les diversité des opinions.

Les questions posées : croyez vous que Somiedo soit un exemple de conservation et développement du milieu rural ? Que pensez-vous des changements qui commencent à être mis en oeuvre dans l'urbanisme de la capitale du consejo ? Quel est le principal problème de Somiedo ?

Autant de question qui n'ont jamais été abordés par les inspecteurs du Ministère de l'écologie français qui reste encrés à une seule espèce sans être capable de s'élever et de prendre la problématique dans son ensemble avec le développement durable et la glabalité complexe de la biodiversité.

Louis Dollo, le 1er décembre 2007

 

Quelques chiffres des Hautes-Pyrénées


Pour ne citer que les Hautes-Pyrénées et pour se faire une idée par rapport au modèle qui nous est présenté dans les Monts Cantabrique, la représentation de l'agriculture, partenaire actif du tourisme, c'est, en zone de piémont et montagne:

  • 297 communes concernées par l'élevage et le tourisme rural (gîtes ruraux, campings à la ferme, vente de produits, etc...)
  • 33 % de la SAU des Hautes-Pyrénées dont 88% en herbe
  • Estive : 1 648 transhumants sur 225 unités pastorales
  • Bovin vinade : 45 % des effectifs du département avec en moyenne, 17 vaches par troupeau.
  • Ovin viande : 78 % des effectifs du département avec en moyenne 81 têtes par troupeau.

Source : Chiffres fournis par la chambre d'agriculture des Hautes-Pyrénées.

Comparé aux 24 exploitations de la vallée de Somiedo avec 121 ovins soit une moyenne de 5 brebis par exploitation, le contexte n'est pas comparable. La moindre vallée pyrénéenne, même la plus défavorisée, est déjà plus développée dans le domaine de l'élevage mais aussi du tourisme. Nous avons, en Espagne, dans cette région où vit l'ours, un élevage anecdotique et marginal pour faire bonne figure sur une carte postale alors que dans les Pyrénées nous avons une véritable activité économique.

Faire la comparaison est assez grotesque.


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