Pastoralisme et biodiversité

 


Biodiversite des Pyrénées

Elevage de montagne

Lorsque nous parlons de protection de l'environnement, d'espace protégé et de biodiversité, beaucoup de personnes ont tendance à ne penser qu'aux espèces sauvages. Grave erreur ! La biodiversité concerne l'ensemble du vivant animal et végétal. De ce fait, l'homme est au cœur de la problématique au même titre que les animaux d'élevage, la flore et l'herbage des estives qui sont aussi à protéger. L'élevage, et par voie de conséquence le pastoralisme, est une des meilleures méthodes reconnues à ce jour pour maintenir cette biodiversité.

 

 

 

 

   

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Pâturage et Biodiversité - Où les troupeaux ne sont pas des machines comme les autres

La biodiversité, c'est quoi ?
Ce terme signifie "diversité biologique". Il a surgi en 1992 d'une inquiétude planétaire : il y a "érosion de la biodiversité". Les pratiques humaines ont tendance à s'uniformiser et donc à uniformiser aussi les objets biologiques : gènes, espèces, milieux et paysages. Mais quelles priorités sont à donner ? Par exemple, en prairies, il y a parfois autant de kilos de vaches par hectare que d'insectes et de vers de terre. Tous contribuent à la biodiversité. On cherche donc à protéger le milieu tout entier, la prairie : "l'habitat des espèces". Mais pas sans les vaches, car ce sont elles qui façonnent "l'écosystème" de la prairie. La vache est une "espèce-ombrelle" : si elle disparaît, l'écosystème peut se modifier défavorablement (la prairie s'enfriche). Il arrive aussi que des espèces soient à protéger pour elles-mêmes, car elles sont en voie d'extinction. Ce peut-être le cas d'un aigle, d'une plante carnivore ou d'un papillon. C'est moins souvent le cas d'une vache, sauf si elle est d'une race menacée.

Protéger ?
Dans le monde, il existe trois politiques de protection de la biodiversité :

  • "préservation" : les pratiques humaines sont considérées comme nuisibles et sont donc proscrites (par exemple, dans le cas des Wilderness area aux USA).
  • "conservation" : certaines pratiques sont indispensables au bon fonctionnement du milieu et sont donc encouragées (par exemple, pâturage favorisé par Natura 2000 sur milieux naturels).
  • "restauration" : c'est l'absence de certaines pratiques qui est nuisible au milieu et il faut donc les réintroduire (par exemple, débroussaillage en forêt par le pâturage).

Sur la grande majorité des sites à protéger, il n'est donc pas question d'évacuer les usagers actuels. Il faut même souvent encourager le retour des troupeaux. Mais pour encourager correctement, il est nécessaire de mieux connaître. Or, sur ce type de pâturages, les connaissances sont encore bien rares et il n'est pas dit qu’il soit pertinent, ni favorable à la biodiversité, d'y importer les façons de faire pâturer en prairie.

Le pâturage vu par des naturalistes
L'idée première était de trouver un moyen permettant de gérer les milieux dans la durée. Suite à des études spécifiques, les naturalistes ont constaté que le pâturage était un moyen satisfaisant, lorsque des modalités appropriées étaient mises en oeuvre. Les Conservatoires d’espaces naturels, tout particulièrement, ont travaillé sous convention avec des éleveurs volontaires afin d'accumuler des expériences très diverses. Celles-ci se sont en général avérées très concluantes, même si de nombreux ajustements ont du être réalisés en cours de route : saisons de pâturage, conduite en parcs ou sous la garde d'un berger, effectif d’animaux... L'utilisation des troupeaux est en effet bien plus complexe que celle des engins mécanisés. Mais comme les résultats sont aussi souvent plus riches et divers… cet élément supplémentaire de biodiversité est très apprécié !

Une nouvelle technicité en élevage
Les troupeaux ne sont vraiment pas des barres de coupe ou des engins gyrobroyeurs. Ils mangent, ni indifféremment tout ce qui se présente, ni le "meilleur" d'abord et le "moins bon" ensuite. Dans des parcs clôturés, ils ne privilégient pas les plantes de meilleure valeur nutritive, et les broussailles et herbes grossières sont consommées dès les premiers jours. Ils apprécient de se faire chaque jour des "menus" variés, à partir de plusieurs dizaines de plantes différentes. Ce qui leur plait, c'est d'enchaîner régulièrement au cours de leurs repas des grosses et des petites bouchées. Les premières peuvent être faites sur des genêts, des feuillages d'arbres, des ronces, ainsi que sur des herbes à grosses feuilles (brachypode penné). Les secondes sur des plantes parfois minuscules (petites graminées et dicotylédones annuelles). Faisant cela, ils mangent régulièrement et avec appétit des quantités de matières nutritives très importantes, équivalentes à ce qu'on attendrait sur un bon pré.
Les troupeaux sont donc amateurs de "biodiversité alimentaire" et il faut leur offrir des "mélanges motivants", comportant à la fois des herbes et des broussailles. Plutôt que de faucher ou de gyrobroyer en préalable, il est donc préférable d'accompagner l'action du troupeau, en ouvrant peu à peu les quelques "portes" nécessaires dans les broussailles trop épaisses, afin de faciliter sa circulation.

Conclusion
Il ne s'agit pas ici de revenir à des pratiques agricoles anciennes. Au contraire, il faut profiter des techniques et des matériaux nouveaux (clôtures mobiles...). Il ne s'agit également pas de proposer une protection "de luxe", limitée à des espaces très réduits. Il convient donc de trouver des solutions peu coûteuses pour la collectivité, autrement dit, où il est également question de la valorisation des produits et du travail, de l'avenir des campagnes et de leurs actifs agricoles.
Des éleveurs ainsi que des Organismes professionnels agricoles se montrent intéressés par cette démarche nouvelle et ambitieuse. Il est donc possible de bâtir ensemble de nouveaux savoir-faire, où les troupeaux sont bien vivants et contribuent à la biodiversité, et où les éleveurs n'ont pas l'impression décourageante qu'on leur a simplement accordé une prime supplémentaire pour "bonne conduite".

Auteurs : Cyril AGREIL, Sébastien COLAS , Michel MEURET, Francis MÜLLER,
Source : Conférence donnée par l'INRA-SAD et Espaces Naturels de France au SIMA 2003, Paris, Parc des Expositions.

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Faire pâturer des brebis pour aider à conserver des landes à genêts - Un enjeu pour la biodiversité des milieux


La conservation de la biodiversité animale et végétale à l’aide du pâturage est l’un des enjeux des politiques environnementales européennes. Mais les connaissances scientifiques et empiriques sont encore rares et les recommandations techniques assez balbutiantes. C’est pourquoi, des chercheurs écologues et zootechniciens du SAD se sont associés dans le projet REPAS afin de modéliser en quoi la façon dont l’animal choisit ses aliments peut modifier les capacités des végétaux à coloniser plus ou moins rapidement un milieu. Les travaux sont menés dans la Drôme, l’Ardèche et l’Ariège avec des troupeaux de brebis mises au pâturage sur des landes à genêts (Cytisus scoparius L., Genista purgans C. et Genista cinerea DC.).

Des pâturages “terra incognita”
Depuis 1992, les politiques environnementales européennes s’intéressent aux pelouses, landes et fourrés, afin de conserver la biodiversité. Sur ces espaces intermédiaires, situés entre les cultures et les forêts de production, la directive “Habitats", rend à présent obligatoire l’élaboration de plans de gestion incitant les éleveurs à maintenir ou à modifier la conduite de leurs troupeaux. Il s’agit de conserver des “ mosaïques ” de végétations comprenant à la fois de l’herbe, des lianes et des arbustes.
Les éleveurs sont pris très au dépourvu, car plutôt enclins à lutter contre tout ce qu’ils qualifient de “saloperies”, c’est-à-dire ce qui n’est pas de l’herbe homogène et de qualité prévisible. De leur côté, les gestionnaires de milieux (conservatoires, parcs naturels, forestiers...) se contentent, à défaut d’alternatives, de promouvoir un “pâturage extensif” : peu d’animaux par unité de surface. Il en découle que, même rémunérés dans le cadre de ces politiques, les éleveurs restent réticents à se lancer dans l’aventure. Il n’est en effet pas simple de passer d’un mode de pâturage fondé sur la reproduction annuelle d’une prairie à la gestion pluri-annuelle de milieux végétaux complexes aux ressources alimentaires très incertaines.

Les modèles traditionnels
En prairie, l’offre alimentaire est généralement caractérisée par la quantité et la qualité de la biomasse présente. Mais les landes sont des milieux bien plus composites et l’offre y est estimée en donnant une valeur intrinsèque à chaque plante. Comme dans le cas des fourrages distribués à l’auge, ces valeurs sont additionnées afin d’estimer la valeur globale du milieu. Cette démarche a l’inconvénient de ne pas beaucoup s’intéresser au point de vue de l’animal : celui-ci compare les différents aliments disponibles et fait ses choix en conséquence.
Les modèles de dynamiques de milieux préconisent la maîtrise de la densité de l’espèce végétale dominante. La dynamique de population de cette espèce est analysée selon une structuration en classes d’âge et en stades de développement. Or, quand cette population végétale est pâturée, cela est insuffisant, puisque l’animal discrimine chaque plant ; ce qui va créer entre eux des différences à la fois morphologiques, génétiques et démographiques.

Associer des modèles autour du point de vue de l’animal
Nous avons observé chez des éleveurs : des brebis conduites en troupeau et habituées à pâturer sur des landes consomment chaque jour en abondance une grande diversité de plantes. Leurs choix ne sont pas dictés par une hiérarchie fixée une fois pour toutes de valeurs nutritionnelles, allant, comme on pouvait le croire, de la meilleure à la plus mauvaise plante. En réalité, dans leurs repas, les brebis associent régulièrement des coups de dents sur des plantes très différentes afin de maintenir stable la quantité ingérée par unité de temps, le “flux d'ingestion”. La modélisation de cette association régulière de plantes nous permet de regrouper en deux catégories d’aliments le grand nombre de plantes consommées (plus de 50 par jour) ; chacune de ces catégories joue un rôle dans la motivation alimentaire au cours du repas. Les graminées à feuilles larges ou les arbustes comme le genêt, “ le grossier ” disent les bergers, offrent à la brebis la possibilité de prélever de grosses masses à chaque bouchée, et jouent ainsi le rôle d’accélérateur du flux d’ingestion. Cette première catégorie d’aliments permet à la brebis de consacrer ensuite du temps à consommer la seconde catégorie, composée de petites graminées, des trèfles, des fleurs..., “ le fin ” ; celle-ci ne permet de faire que de petites bouchées et de brouter à flux réduit.
Sur la base de cette analyse du comportement de l’animal, nous associons un modèle de nutrition animale et un modèle d'écologie végétale de manière à lier le temps très court et le temps long du processus de pâturage : la motivation de l’animal à composer ses repas et la dynamique sur plusieurs années d’une population végétale dominante. Cette association ne s’opère pas, comme on pourrait le croire, à une échelle de temps intermédiaire, mais à un niveau plus fin encore, celui des prises alimentaires sur des organes végétaux distincts : tiges, fleurs, fruits... Nos catégories de végétation fondées sur la motivation de l’animal nous incitent à considérer les différences individuelles entre les plants de l’espèce végétale dominante : morphologie, comportements démographiques et identités génotypiques au sein des populations.
Dans le cas des landes à genêts, le pâturage oriente chaque plant vers des formats plus réduits qui ne produisent plus ni fleurs, ni fruits. Lorsque l’on désire maîtriser les capacités d’envahissement d’une telle population de genêts, il convient d’inciter les brebis à brouter certains organes-cibles.
Nous pouvons prévoir, par exemple, que les grandes tiges de genêts seront particulièrement appréciées par les brebis dans le cas où les autres végétaux disponibles ne pourraient jouer le rôle d’accélérateur du flux d’ingestion. C’est souvent le cas sur des tapis d’herbes déjà bien consommés. De plus, lorsqu’il s’agit en saison de pâturer de grandes tiges de genêts produites dans l’année, cela limitera la reproduction sexuée des genêts, qui produisent plus difficilement des bourgeons floraux sur des tiges plus âgées. Nous pouvons également prévoir que l’abondance d’herbes grossières en périphérie des genêts incitera la brebis à consommer davantage les fleurs et les gousses des genêts, ayant ainsi un impact direct sur la fécondité de ceux-ci.

Une biodiversité pour tous !
Pour évaluer la valeur pastorale d’un milieu, ces catégories d’aliments constituent des entités plus pertinentes que le relevé minutieux de toutes les plantes et de leurs qualités. Il paraît en particulier important, lorsque l’on désire estimer l’offre alimentaire sur une lande à faire pâturer, de se soucier de la présence de végétaux qui permettront aux brebis d’accélérer leur flux d’ingestion pendant le repas ; et cela jusqu’au dernier jour de présence sur le lieu de pâturage.
Les points de vue apparemment contradictoires des gestionnaires de milieux et des éleveurs peuvent se rejoindre, lorsque l'on prend en compte le point de vue des brebis.
Pour les uns, soucieux de la biodiversité, l'enjeu est d'éviter une banalisation du paysage par envahissement d'une espèce dominante.
Pour les autres, soucieux d’offrir à leur troupeau de quoi bien s'alimenter, l’enjeu peut en réalité être le même. En effet, une lutte trop radicale contre les broussailles conduit à une homogénéisation excessive du milieu, dans lequel les brebis ne retrouvent plus les aliments complémentaires, le grossier et le fin, dont l’association régulière stimule l’appétit.

Auteurs :
Michel Meuret, Cyril Agreil,
SAD Écodéveloppement, Avignon
Danièle Magda, Laurent Hazard,
SAD / E&A équipe Orphée, Toulouse

Source : Article paru dans la revue "INRA-Mensuel", Journal interne de l'INRA, juin 2002, 113 : 9-11

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Le retour du loup affecte les paysages alpins


Présent depuis quinze ans dans les Alpes - y compris en Haute-Savoie - le loup contribue à modifier le paysage et l'équilibre écologique en raison des contraintes liées à la nécessité de regrouper les troupeaux afin de les protéger. Une situation qui commence à inquiéter les gestionnaires d'espaces naturels.

"On abandonne des zones de pâturage et certains endroits se referment, ce qui entraîne une perte de biodiversité", souligne Pierre Guelpa, directeur de la Société d'économie alpestre de la Savoie. Si les surfaces en cause ne pèsent pas très lourd au regard des centaines de milliers d'hectares d'alpages de la région, en revanche "elles exercent un fort impact paysager", ajoute M. Guelpa.

Les actes du séminaire technique "loup-élevage" de juin 2006 qui viennent d'être publiés par le Centre d'études et de réalisations pastorales Alpes-Méditerranée (Cerpam) insistent sur les problèmes soulevés par les parcs où l'on rassemble, la nuit venue, les troupeaux. Il s'agit de la principale mesure de protection contre les loups. Les chercheurs mettent en avant la concentration des déjections animales sur un espace réduit. Selon leurs calculs, cela équivaut à un apport de 21 kg d'azote par nuit sur une surface moyenne de 1 600 m2 pour un troupeau de 1 600 brebis. L'étude souligne "l'urgence et la gravité des problèmes de l'accumulation et de l'absence de gestion des déjections aujourd'hui en montagne".

LA DIVERSITÉ DES RACES
Autre aspect de cette nouvelle organisation du pâturage, les secteurs abandonnés parce que trop éloignés ou moins accessibles. Mais aussi ceux qui sont "sur-pâturés" parce que proches d'un parc de regroupement.

Les contrats de protection qui ouvrent droit à des financements publics permettent de réduire la vulnérabilité des animaux face au prédateur mais avec le risque d'engendrer des pratiques plus rigides qui laissent moins de marge de manoeuvre pour la conduite du troupeau. "Nous entrons dans un système dans lequel il faut gérer un compromis entre la bonne gestion pastorale et la protection du troupeau, explique Laurent Garde, chercheur au Cerpam. Il s'agit d'un ajustement permanent qui va permettre globalement de réduire la prédation mais avec un niveau de dégradation accru." Les inquiétudes portent également sur la diversité des races ovines. Si les grands troupeaux transhumants du sud des Alpes sont composés de races grégaires, habituées au gardiennage, les troupeaux résidents des Alpes du Nord, de 450 à 1 200 têtes, sont souvent constitués d'animaux pris en pension provenant de petits élevages de brebis de pays habituées à la liberté et donc difficiles à regrouper. "Il va falloir changer de culture pastorale", constate Pierre Lachenal, directeur de la Société d'économie alpestre de la Haute-Savoie.

Les motifs de préoccupation n'épargnent pas non plus les éleveurs de montagne, producteurs d'agneaux, contraints de protéger toute l'année des troupeaux de moins de 1 000 têtes en zone de plaine. "Notre crainte est qu'ils soient obligés de retourner à des pratiques intensives avec des effectifs plus réduits, ce qui va à l'encontre totale d'une logique agri-environnementale", souligne M. Garde.

Auteur : Nathalie Grynszpan
Source : Le Monde du 22 juillet 2007

Commentaire

La problématique est exactement la même avec l'ours dan sles Pyrénées et les autres pays européens. L'ours n'est que le dernier maillon de la biodiversité, sans aucun prédateur et n'aportant rien à l'ensemble du vivant. Sa disparitioon des Pyrénées n'affecterait en rien la biodiversité, bien au contraire.

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