Ours, brebis : cohabitation impossible comme le prouve ce qui se passe en Catalogne

 


Le 6 octobre 2016, un communiqué de presse annonce pour la France : « plus d’ours mais nombre de dommages constant ». C’est faux, en fait peu de pertes sont déclarées parce qu’il est de plus en plus impossible de retrouver les brebis : les ours se sont adaptés au milieu, leur comportement a changé, ils attaquent en partie basse des estives, cachent les victimes dans les bois adjacents. On arrive à 10% de perte et parfois plus alors que la norme inévitable a toujours été de 2 % au pire.

Le communiqué ajoute : « c'est également sur ces estives que le mode de garde par des chiens patous est le plus déficitaire. » Faux là aussi pour la grande majorité des estives concernées, il suffit d’aller y voir.

Mais patous pas patous, garde permanente et troupeaux regroupés et clôturés le soir ou non, cela n’y change strictement rien. Ce qui vient de se produire en Catalogne le démontre, si besoin était.

En juillet 2015, la Généralité de Catalogne diffusait un communiqué de presse où elle annonçait la réfection de la cabane pastorale d’Estanilles sur la commune de Llavorsi, dans la Parc Naturel d’Alt Pirineu, frontalier des communes de Couflens-Salau et Ustou sur le versant français en Ariège où les ours ne cessent d’attaquer les troupeaux.

Cette réfection était inscrite dans le cadre du programme européen PirosLife qui s’est traduit par la réintroduction d’un ours slovène dans la zone frontière au printemps 2016. Elle devait permettre « d’améliorer la gestion des regroupement de troupeaux de brebis afin de prévenir les éventuels dommages des ours bruns ». C’était le site modèle de la cohabitation. Toute la panoplie était mise en œuvre : berger permanent, brebis regroupées et conduites en masse, chiens de protection, troupeau clôturé le soir.

Le 15 septembre 2016 l’ours, sans doute mal informé, a attaqué. Huit brebis sont mortes, étouffées par les filets de la clôture contre laquelle affolées elles s’étaient amassées sans pouvoir fuir puisque enfermées, quatre ont été directement tuées. Les médias catalans qui rapportent le fait concluent à propos de moyens dits de protection : « Tout cela n’a pas suffi à empêcher les 12 morts de ce troupeau. »

La cohabitation entre ours et troupeaux est de fait impossible. Depuis des années l’ADDIP le rappelle non pas pour des raisons idéologiques mais sur la base de travaux scientifiques indubitables. Notamment ceux d’une des expertes reconnues par la Commission européenne en charge de l’environnement, Petra Kaczensky ; difficile alors d’ignorer son avis. Dans la revue scientifique Ursus, elle a consacré en 1999 un article à une analyse de la prédation dans tous les pays d’Europe, sa conclusion est sans appel :

« Il n’y a pas d’exemple en Europe où des systèmes de pâturage extensif avec de faibles pertes cohabitent avec des populations viables d’ours et de loups dans le même espace. » A propos de la mesure soi disant clef de protection des troupeaux, le parcage nocturne en clôture, elle souligne qu’en Slovénie, d’où viennent tous les ours importés depuis les années 1990 : « l’analyse des prédations montre de plus grands dégâts lorsque l’ours attaque des bêtes dans de telles clôtures que lorsqu’elles pâturent librement. ».

C’est exactement ce qui vient de se produire à la cabane d’Estanilles. Berger, patous, cabane neuve, brebis clôturées … l’ours attaque !

Source : Communiqué de l'ADDIP du 6 octobre 2016

 

 
   

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