Halte aux mensonges
La biodiversité ? C’est pas le loup ni l’ours, c’est éleveurs et troupeaux

 

Une réaction suite à l'émission de France Info du 3 avril 2013, le loup dans les Alpes


Ce que dit Bernard Bruno est excellent, sauf sur un point à la fin : « Ecolo, biodiversité, machin, mais qu’est ce qu’on en a à foutre … ». Mais ça s’explique. Les « cons » (comme il le dit avec raison) du camp d’en face ont réussi à faire croire qu’avec le loup et l’ours c’est la biodiversité qui est en jeu, ça semble alors normal de s’en prendre à elle … et c’est là qu’on tombe dans leur piège : passer pour des ennemis de la biodiversité … alors que c’est exactement l’inverse, la biodiversité c’est l’éleveur et ses bêtes, pas le loup ou l’ours !

En effet la biodiversité c’est pas du tout ce qu’ils disent, c’est même le contraire et c’est au nom de la biodiversité qu’on peut combattre loups et ours. Comme je l’ai dit à la réunion de Caille, les milieux où nous vivons ne sont pas « naturels » mais « semi naturels », le Grenelle de l’Environnement l’a fortement souligné à propos justement de la biodiversité : « tous les paysages, réputés naturels ou non, sont le fruit d'une coévolution du travail de la nature et de l'homme ». C’est à dire qu’ils sont le fruit de ce que permet la nature et de ce que le travail de l’homme y a fait. Pour le pastoralisme dans nos montagnes on sait que ce travail a commencé au néolithique, il y a 5000 ans. Leur biodiversité ne serait pas ce qu’elle est sans le pastoralisme. S’il disparaît, disparaît aussi cette biodiversité qu’on veut préserver !

En supprimant peu à peu les grands prédateurs parce qu’ils étaient incompatibles avec le pastoralisme, ce n'est pas Tchernobyl que les éleveurs ont créé. Au contraire c’est un milieu d’une très grande richesse parce que le passage du bétail a peu à peu contribué à le modifier dans le sens d’une biodiversité remarquable. Se battre contre l’ensauvagement de ce milieu, ce qui est le programme réel avec loups et ours, c’est se battre pour préserver cette richesse reconnue scientifiquement.

Par exemple, le site « Science et Décision » du CNRS + Université d’Ivry propose une synthèse des connaissances scientifiques qui confirme cette analyse

« Les paysages qui abritent la plus forte biodiversité sont composés d'habitats semi-naturels. /…/ Les principaux types sont les prairies exploitées de façon extensive ou peu intensive, les vergers traditionnels, les zones boisées (haies, bosquets champêtres, berges boisées). /…/ En France, 84 % des surfaces classées en " haute valeur naturelle " correspondent à des zones d'élevage en plein air (Alpes, Corse, Franche-Comté, Massif central, Pyrénées…). »

La Société espagnole d'étude des pâturages rassemble des spécialistes de l’élevage et des milieux. 2008, conclusion du colloque scientifique de Cordoue (voir page 1 en espagnol du document en pdf - Marco ecologíco, §1) :

« L'immense majorité de la biodiversité qu'il est indispensable de conserver (paysages, habitats, espèces, biodiversités génétique, culturelle) est l'effet d'une influence anthropique /= de l’homme/ très forte. Pour la conserver il faut la gérer. Un pastoralisme adéquat permet de maintenir et même d'augmenter la biodiversité végétale. »

Même analyse au niveau planétaire. FAO 2009. Livestock keepers – guardians of biodiversity. (En anglais page 11, §2)( = Éleveurs – gardiens de biodiversité) In Animal Production and Health Paper. No. 167. Rome

« Les paysages créés par la coévolution de l'élevage et de la végétation ressemblent souvent à des zones sauvages pour les étrangers /alors que/ la disparition des systèmes traditionnels de pâturage tend à s’accompagner de pertes importantes de biodiversité. »

Les « cons » ont donc totalement tort et c’est au nom de la biodiversité que nous avons raison de lutter contre ours et loups : en rendant impossible ou quasiment le pastoralisme, en cherchant à faire changer nos façons habituelles de fonctionner avec le bétail, c’est eux qui bouzillent la biodiversité des montagnes. C’est nous qui la préservons.

Auteur : B. Besche-Commenge ASPAP/ADDIP - 20 mai 2013

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