Nourrissage des ours : Quand Ferus prend les lecteurs pour des imbéciles !

 

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Le 16 mai 2006, le rapport de mission du 18 mai 2006 Conseil Général des Hautes-Pyrénées, et avant lui, dans les années 1990, un rapport de l'IPHB, constatait que les ours en Slovénie étaient nourris. Importés dans les Pyrénées, dans des montagnes et un milieu qui leurs sont inconnus et où ils ont tout à découvrir pour trouver leur nourriture sans ne plus jamais être nourri allait, de toute évidence, vers des conflits avec le pastoralisme. Nier ce fait était mentir à l’ensemble des interlocuteurs.

Sept ans plus tard, probablement pour justifier un nouveau projet d’introduction, Férus prend ouvertement les français pour des imbéciles. Face aux critiques connues développées à l’occasion de la seconde tournée d’introduction en 2006 parfaitement résumée dans l'ouvrage de David Chétrit, voilà nos "écologistes" patentés qui tentent de justifier l'évident nourrissage des ours en Europe centrale.

 


Et ils expliquent dans la Gazette des Grands Prédateurs de décembre 2013 sous la plume de Jean Lauzet :

"Dans cet article, « nourrir les ours » ou « nourrissage » est à entendre dans le sens « apport de nourriture supplémentaire » et non en terme d’économie rurale « le soin et la manière d’élever des bestiaux », qui signifie de survenir à 100 % aux besoins alimentaires des animaux domestiques. FERUS réfute ainsi que les ours sont nourris en Slovénie dans le sens du terme d’économie rurale".

On joue sur les mots en comparant l’élevage des moutons (même si le mot n’est pas prononcé) avec celui des ours. On parle maintenant d’"apport de nourriture supplémentaire". Voilà qui est intéressant car c’est exactement ce que font les éleveurs-bergers des Pyrénées avec leurs brebis. Mieux encore pour l’AOP mouton de Barèges-Gavarnie, contrairement aux ours d’Europe centrale, il n’y a pas d’apport complémentaires mais uniquement de l’herbe naturelle sur pied tout l’été, le printemps et une partie de l’automne et fauchée et stockée pour l’hiver. C’est une des raisons pour lesquelles ces moutons sont en liberté. Doit-on penser que les moutons du Pays Toy sont plus sauvages et naturels que les ours de Slovénie ?

Un changement d’idéologie

L’auteur de l’article, Jean Lauzet, apporte une précision qui, manifestement, n’existe pas dans les rapports français. En effet, il cite une publication roumaine en anglais : "Management and action plan for the Bear population in Roumania (2005)". Publication qui n’est pas, à priori, accessible en français sur le Web. Et il traduit :

"Au début des années 1980, les pionniers de la protection de l’ours pyrénéen, réfléchissant aux mesures à mettre en place pour enrayer son déclin, estimaient que :

"Deux conceptions s’affrontent :

  • sauver l’ours en le nourrissant et en faire un animal inféodé à l’homme.
  • sauver l’ours en réconciliant les Pyrénéens et l’ours et en agissant de telle sorte que l’utilisation de la montagne ne détruise pas ses biotopes".

Preuve que nous avions bien en France des « pionniers » plutôt que des spécialistes compétents pour tenter de sauver l’ours brun autochtone des Pyrénées. Justification des propos tenus par plusieurs anciens gardes du Parc National des Pyrénées aujourd’hui en retraite : « Tous ces apprentis spécialistes de l’ours ont tué nos ours des Pyrénées ». Sachant qu’à cette époque la « conservation » de l’ours brun des Pyrénées avait été confiée par l’Etat aux associations environnementalistes. Les introductions de 1996 et 1997 ont été l’œuvre d’associations notamment de l’ADET-Pays de l'ours créée spécialement pour que l’opération ait l’air « moins parisien ».

Et l’auteur poursuit : « Ce propos manichéen exprimait en réalité moins une alternative entre deux politiques de protection qu’une opposition déontologique au nourrissage que les mêmes auteurs qualifiaient plus loin de « domestication » ». En réalité, ces militants associatifs ne connaissaient rien à l’ours. Leurs seules compétences s’arrêtaient aux élucubrations philosophiques, idéologiques et déontologiques. Pour le reste, ils n’étaient que la triste représentation du néant comme, ils le sont encore aujourd’hui.

L’ours alibi

L’ADDIP, tout en dénonçant un scandale d’Etat d’une opération manipulée par quelques hauts fonctionnaires a toujours estimé que l’ours n’était qu’un alibi notamment pour « pomper » des subventions de l’Etat et justifier, par le conflit permanent, l’emploi de quelques bénéficiaires défenseurs de l’idéologie du « tout sauvage »

Pour conserver cet alibi, Férus, par la plume de Jean Lauzet, tente de nous expliquer que le nourrissage des ours va devenir indispensable pour une population « possédant un potentiel de reproduction » comme c’est le cas, officiellement, aujourd’hui. Attendons-nous à apprendre dans les semaines à venir, que LA solution pour éviter les attaques de troupeaux est de créer des aires de nourrissage des ours. Non seulement on maintient l’alibi des associations environnementalistes françaises pour justifier des subventions de l’Etat qui deviennent de plus en plus problématiques mais en plus on récupère les ours qui sont passés en Espagne. Depuis que l’Union Européenne n’a pas suivi la catalogne dans son projet de Parc avec introduction d’ours et que l’Aragon et la Navarre ne souhaitent pas en accueillir, les français, Equipe Technique Ours (ETO) de l’ONCFS en tête, comme les associations, ont tout intérêt à justifier de la présence du plantigrade pour justifier leur propre existence.

L’auteur l’explique à demi-mot en écrivant :

« Même en France, à la fin des années 1980, l’Office National de la Chasse réalisa un rapport sur les effets biologiques à attendre du nourrissage artificiel des ours. Ce travail concluait à l’intérêt du nourrissage pour favoriser le développement et la conservation d’une population d’ours fonctionnelle, c’est-à-dire possédant un potentiel de reproduction. De timides opérations de nourrissage furent entreprises, mais rapidement abandonnées. A l’époque, hélas, le nombre d’individus reproducteurs était déjà insuffisant ».

Et maintenant les conditions sont officiellement réunies.

Une conclusion aux omissions volontaires et scandaleuses

Notre auteur, Jean Lauzet, de passage en Slovénie, (il n’est pas resté plusieurs semaines à observer pour se forger son propre jugement) n’a pas vu d’ours se servir dans les mangeoires mises à leur disposition avec des fruits. Motif : « Un habitué des lieux m’avait averti : les années où les faînes sont abondantes, les ours fréquentent très peu les sites de nourrissage ». Le propos a de quoi faire rire. Qui est l’habitué ? Un « chercheur » inféodé à Férus ? Un habitant des lieux ? Toujours est-il que cet auteur militant en tire vite des conclusions : « L’explication est simple, les ours se gavent de faînes comme en témoignent toutes les crottes trouvées dans la forêt ». Et comme deux explications valent mieux qu’une : « Voilà la deuxième leçon : un apport alimentaire, pour être utile à l’ours, doit pallier une disette ou correspondre à un besoin que les ressources naturelles ne satisfont pas, ce qui, la nature étant bien faite, est chose rare dans un lieu où les ours ont accès à toutes les ressources du territoire ». Et il ne s’agit que d’un complément alimentaire comme expliqué en introduction. Curieuse complémentarité qui vient influer la nature sur la faune sauvage. Ainsi, les mêmes écologistes vont critiquer les chasseurs pratiquant l’agrainage pour les sangliers. Car le problème est exactement le même.

Cette conclusion omet deux éléments importants parfaitement connus et reconnus : le nourrissage à la viande et la chasse à l’ours. Normal puisque cette réalité ne colle pas avec l’idéologie développée et les objectifs lobbyistes. Ce qui en dit long sur la manipulation autant par omissions que par mensonges de la part de Férus et autres associations du même type, dans tous les domaines de l’environnement et de ce qui est pompeusement appelé « protection de la nature ». Il s’agit de leur part d’une culture, d’une méthode de travail, plus orientée vers le lobbying que vers cette protection dont ils se réclament. Un lobbying dont la finalité est bien plus perverse qu’il n’y parait : la financiarisation de l’environnement. Sujet sur lequel nous aurons à revenir.

Louis Dollo, le 27 décembre 2013

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