Nicolino sans émotion face au drame du loup pour les éleveurs et bergers

 

Le billet ci-dessous de Fabrice Nicolino est égal au personnage. Aucune compassion, aucune considération humaniste pour ces hommes et ces femmes qui vivent dans des conditions difficiles, pour ne pas dire précaires, souvent sans aucun confort sur les estives. Ne pas être capable ou ne pas vouloir comprendre ces bergers et leurs familles qui sont sur le qui-vive jour et nuit tous les jours sans repos tout l’été, est tout simplement minable et ne peut qu’inspirer l’écœurement.

L’émotion doit-elle conduire le monde (à propos du Loup) ?


C’est le délire. Je l’avais prévu, mais j’en reste cloué sur place, et bientôt sur la porte de grange de tous les tueurs de France et de Navarre. Notre pays se rejoue une scène déjà maintes et maintes fois montée : la mort du Loup. Tel maire de la Meuse (ici) offre 2 000 euros pour la capture d’un loup. Telle FDSEA - la structure départementale du syndic(at) de faillite appelé FNSEA - propose 1 000 euros à qui butera une malbête sur le territoire historique du Gévaudan (ici). Tel Laurent Wauquiez - insupportable roitelet du Puy-en-Velay, inqualifiable freluquet - piétine le droit européen (ici) sans s’attirer la moindre critique, osant même ces mots : « On n’acceptera pas que les bobos parisiens nous expliquent comment on doit vivre chez nous. Il y a eu des assouplissements pour l’abattage du loup mais ce n’est pas à la hauteur. Il continue de se développer. On demande une évolution de la règlementation européenne. A nos territoires de fixer les règles en la matière. »

Un si gentil voyage de presse

Le Loup est une nouvelle fois menacé de mort. Présent pendant des centaines de milliers d’années dans ce territoire présomptueusement appelé la France, il n’y aurait plus sa place. Qui le dit ? La droite rance, certes oui, de laquelle il n’y a jamais rien eu à attendre. Mais aussi - à quoi bon se taire ? - la plus grande partie de la gauche. Celle du pouvoir, bien entendu, qui ne cesse de mentir et de se ridiculiser, Ségolène Royal en tête (ici). Mais aussi l’essentiel de cette gauche dite altermondialiste, environnementaliste et le plus souvent sympathique. Je range dans cette catégorie un peu fourre-tout des gens comme José Bové ou encore la Confédération paysanne. Je précise : environnementaliste, et donc nullement écologiste.

La Confédération paysanne, très remontée contre le Loup, a organisé en septembre un voyage de presse auprès de certains de ses membres, éleveurs de brebis des Alpes ou des pré-Alpes. J’ai noté, mais cela n’a rien d’exhaustif, des articles dans Libération (ici) ou encore Politis . Je connais les deux auteurs et j’entretiens avec Patrick Piro, de Politis, des relations espacées, mais très amicales. Ce n’est pas trahir un secret qu’ils sont tous deux des « altermondialistes ». Mais tous deux insistent pourtant sur l’impossibilité d’une coexistence entre pastoralisme et grands prédateurs, en l’occurrence le Loup. J’ajoute que j’ai perdu, irrémédiablement je crois, le lien d’amitié établi il y a une dizaine d’années avec une journaliste de radio bien connue des milieux alters. Jusqu’ici, elle avait toujours soutenu et défendu mon travail. Et puis, tout soudain, plus un mot. Mon dernier livre, pourtant au centre de ses préoccupations ? Silence total, silence de mort.

Coincé au fin fond de la vallée

Je n’ai pas de certitude, mais par recoupements, et grâce à des amis communs, il m’est revenu que mes prises de position en faveur du Loup (ici) lui restaient en travers de la gorge, elle qui est liée au monde des éleveurs. J’aurais aimé une explication, mais je ne l’ai pas eue. Est-ce que je regrette ? Son attitude, certainement, mais pas la mienne. Que non. J’ai pris une position mûrement réfléchie, et je ne vois pas que je puisse en changer de sitôt. Avant de dire un mot sur le fond, une anecdote. Il y a une dizaine d’années, j’étais en reportage dans les Pyrénées pour le magazine Terre Sauvage. Le sujet ? L’Ours, autre magnifique mal-aimé. La Confédération paysanne - déjà - était très majoritairement contre. Dans l’Ariège, où je me trouvais, il n’y avait qu’une poignée de valeureux, plaidant pour une « cohabitation pastorale ». Je me devais d’aller interroger ceux qui refusaient dans les alpages la présence du Moussu, ce Monsieur-Ours, comme il a été si longtemps appelé dans les hautes vallées.

Un samedi après-midi, je téléphonai à un éleveur de brebis installé au-dessus d’Ax-les-Thermes, membre de la Confédération paysanne, néo-rural ainsi qu’on désigne ces anciens jeunes venus des villes après le grand ébranlement de 68. Nous prîmes rendez-vous chez lui pour le lendemain dimanche, au matin, et j’arrivai tranquillement, ravi par la beauté des lieux, oubliés au fin fond d’une vallée perdue. J’arrêtai ma voiture, l’éleveur vint m’accueillir, mais sans me dire qu’à l’intérieur, il y avait un comité d’accueil, et quel ! Une dizaine d’éleveurs avait fait le déplacement, et je dois dire qu’ils étaient très énervés, énervés contre moi. J’avoue que je ne compris pas, mais comme j’ai connu divers moments de haute tension dans ma vie, je compris vite qu’un mot de travers pouvait faire valser les tables et le journaliste que j’étais. Je commencai donc un discours « diplomatique », sans voir tout d’abord que le maître de maison se rapprochait d’une table portant un fax, car on était encore à l’heure du fax.

Qui veut donc d’un pacte national ?

Je continuai à parler, étalant mon empathie et ma compassion pour le sort des éleveurs et le malheur des brebis éviscérées, et ce n’était au fond pas difficile, car je ne jouais pas. J’étais sincère. Mais j’entendis tout à coup, dans la pièce, à haute voix, les premières lignes d’une chronique que je reconnus aussitôt. Malédiction ! Le fax avait chauffé et fait atterrir chez mon éleveur la copie de ce texte, paru deux ou trois ans avant, dans lequel je moquais ouvertement la Confédération paysanne et son refus de défendre les ours et les loups. Aïe ! Aïe, aïe, aïe ! Pour être franc, je me vis assez mal barré. Je m’en sortis je ne sais plus comment, mais je me revois commenter des photos de brebis éventrées en promettant d’en parler dès le début de mon reportage.

Et je le fis, car je suis et demeure SENSIBLE à la souffrance réelle que peuvent avoir des éleveurs dont les troupeaux sont régulièrement visités par des loups ou des ours. Ce n’est pas un rôle de composition. Il faut tenir compte de cette dimension psychologique si pesante, et ouvrir une discussion de longue durée, conduisant, ainsi que je j’ai écrit tant de fois, à un pacte national entre la société et les éleveurs. Si la première veut vraiment - et il faudra bien le prouver - des loups et des ours, alors elle doit trouver les mots et moyens pour montrer sa sincérité aux seconds.

Le degré zéro de la réflexion

Même si nous en arrivons là un jour, cela n’effacera pas la peine, le découragement, la colère de cette (petite) fraction des éleveurs qui aiment réellement la montagne, la campagne, leurs bêtes. Et c’est à ce moment-là que je me désigne à mon tour comme une cible, car voici : l’émotion n’est heureusement pas tout. Je comprends ainsi celui qui a envie de buter le salopard qui a tué son épouse ou violé son gosse. Et je comprendrais même celui qui passerait à l’acte. Mais par chance, la société s’interpose par la loi, et refuse la peine de mort. Il en va de même pour toutes les questions, aussi dérangeantes soient-elles. Prétendre régler le sort du sauvage - je parle du vrai sauvage, celui qui dérange les activités humaines - en s’appuyant sur la seule émotion de quelques acteurs en effet victimes, c’est le degré zéro de la politique.

Il est effarant que des supposés altermondialistes veuillent fonder un point de vue général sur des phénomènes de cette nature. Au passage, il est marquant de voir l’union nationale réalisée sur le dos de la Bête. Si les esprits fonctionnaient normalement, il est certain qu’un José Bové et tant d’autres s’interrogeraient davantage sur cette quasi-unanimité, qui relie les plus obtus de nos contemporains - ceux par exemple qui ont tabassé à Nantes de pauvres ragondins (ici) et ceux qui affirment vouloir régler les si graves problèmes de l’humanité.

Le spectre de notre mort

C’est finalement simple : j’affirme qu’il existe en la matière un principe supérieur, dans le cadre duquel tout doit être pensé. Et ce principe, c’est celui de la biodiversité. J’en ai tant marre, des proclamations, des conférences et des larmes de crocodile. Mais tant ! Nous vivons la sixième crise d’extinction des espèces dans l’histoire de la vie sur Terre, qui a commencé voici 4,6 milliards d’années, d’après ce qu’on peut en savoir. La crise précédente, il y a 65 millions d’années, a emporté les dinosaures et des milliers d’autres espèces. Peut-être celle-ci, directement reliée aux activités humaines, sera-t-elle pire. Un tel événement, pratiquement inconcevable, devrait être à l’arrière-plan de la totalité des décisions publiques. Il devrait évidemment obliger tous les éradicateurs du Loup à repenser leurs folles entreprises, et à les remiser. Au lieu de quoi l’on assiste à une frénétique danse du scalp autour d’une poignée d’animaux miraculeusement revenus chez nous.

Ce retour pourrait être vu comme un cadeau des cieux. Sur le papier au moins, il nous offre la liberté de nous comporter d’une façon moins barbare que nos ancêtres. Tout au contraire, il libère chez les humains de droite et de gauche le même fond angoissant, qui n’est autre que la détestation de la vraie nature et du vrai sauvage. Hypocrites de tout bord, arrêtez vos faux-semblants. Puisque vous refusez la présence de 300 animaux dans un pays qui regorge de chevreuils, de chamois, de cerfs, de sangliers et de marcassins, osez aller jusqu’au bout. Il faut en appeler à la mort des éléphants, qui détruisent tant de cultures précieuses pour les paysans pauvres d’Afrique. Et à celle du tigre. Et à celle de ces requins qui croquent parfois une jambe de surfer. Et à celle des innombrables animaux qui ne demandent qu’à vivre, quand nous préférons les savoir dans la cire ou la paille, au Muséum.

Ennemis du Loup, de l’Ours, du Lynx, pourquoi ne pas avouer ? Vous nous préparez un monde où les hommes seront seuls présents, seuls survivants, juste avant qu’ils ne se jettent les uns sur les autres. Ennemis du sauvage, vous incarnez notre mort à tous.

Auteur : Fabrice Nicolibo
Source : Planète sans visa du 7 novembre 2014

Commentaire


Décidément, Fabrice Nicolino ne comprendra jamais rien à la nature et à ceux qui la vive au quotidien comme les bergers.

Un voyage dans les Pyrénées et une rencontre avec des militants de la Confédération paysanne. Il compatit au drame vécu par ces bergers qui voient leurs bêtes massacrées par l’ours mais il reste sur ses positions en faveur de l’ours.

Un voyage de presse organisé dans le Vercors par la Conf pour sensibiliser les journalistes à la problématique du loup. Là encore, il ne comprend pas. Et pourtant c’est facile à comprendre à voir le résultat des prédations. Pour lui c’est « céder à l’émotion »…. Cette émotion en faveur du loup qui anime ses défenseurs. Les éleveurs doivent-ils céder à l’émotion des pro-loups ?

Si le « principe supérieur, dans le cadre duquel tout doit être pensé » selon Fabrice Nicolino est « celui de la biodiversité » et bien les Pyrénéens ne l’ont pas attendu. S’il est reconnu qu’aujourd’hui les Pyrénées disposent d’une biodiversité remarquable à préserver c’est uniquement le fait des femmes et des hommes, des bergers et leurs bêtes qui ont su façonner une diversité de paysage et entretenir un milieu. C'est ce qu'ils ont fait aujourd'hui et qui s'appelle "la stratégie pyrénéenne de valorisation de la biodiversité".

Invoquer "le spectre de notre propre mort", écrire : « Vous nous préparez un monde où les hommes seront seuls présents, seuls survivants, juste avant qu’ils ne se jettent les uns sur les autres » est totalement fantasque. Vivre sans le loup, nous l’avons fait pratiquement un siècle et les hommes et leurs activités se sont développés en parfaite harmonie. Et le comble est d’écrire en guise de conclusion : « Ennemis du sauvage, vous incarnez notre mort à tous »….

Monsieur Nicolino, sortez de vos incohérences.

Louis Dollo, le 8 novembre 2014

 

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Ecologie, un vrai problème

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Les ragondins de la manifestation de Nantes


Au cours d’une récente manifestation d’agriculteurs à Nantes, ceux-ci ont lâché des ragondins dans la cours de la DDT. Scandale quant au bien-être animal.

Curieuse réaction. En effet, personne ne s’émeut devant le sort réservé aux bêtes, que ce soit des brebis, des veaux, des ânes, des chevaux et des chiens, confrontés aux attaques de loups et d’ours. Nicolino et, avec lui, de nombreux défenseurs de la nature et des bêtes, ont une vision très particulière du bin être animal.

Lamentable !

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