Financiarisation de la nature et de l'environnement... Le WWF est-il une machine spéculative?

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Les origines de WWF ne sont pas des plus claires. Sa gestion par rapport à l’objet peut étonner. Il est clair aujourd’hui que le WWF mène une politique de financiarisation de la nature en lui donnant une valeur pour ce qu’elle peut produire. Valeur et spéculation qui ne se font pas au profit des acteurs de la préservation mais au profit de banques et organismes financiers.

- La "Spéculation Verte"

Sur son blog "Alternatives économiques", Fabien Hassan signe un article qui ne manque pas d'intérêt sous le titre: "Vers une “spéculation verte”? Comment l’ONG WWF a parié sur la chute du charbon pour faire fructifier son épargne"
L'auteur introduit son article par un résumé qui pourrait bien surprendre de nombreux donneurs et défenseurs de la cause écologique:
"Avec l’aide d’une des stars de la finance de marché mathématisée, la branche américaine de l’association environnementale W.W.F. a développé des produits financiers complexes pour parier sur la chute des entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre".
Fabien Hassan nous apprend que le W.W.F. a recours aux talents d'"un roi de la finance de marché". Et pas n'importe quel roi....
"Bob Litterman est un grand nom de la finance contemporaine. Au début des années 1990, les banques américaines recrutent de nombreux mathématiciens et physiciens pour répondre à l’informatisation de leur métier, et inventer les modèles mathématiques qui sont au cœur de la finance moderne. Avec son collègue Fischer Black, Bob Litterman met alors au point une formule mathématique permettant de construire un modèle d’optimisation de portefeuilles, appelé modèle Black-Litterman et aujourd’hui enseigné à tous les étudiants en mathématiques financières...."
"En 1994, Litterman devient le Directeur des Risques de Goldman Sachs, l’un des postes les plus importants de la finance mondiale..... il se retire en 2009, pour se consacrer à d’autres activités. Il devient administrateur de la branche américaine de W.W.F.. L’ONG environnementale au célèbre panda et le grand banquier se découvrent un point commun: la volonté de lutter contre le changement climatique".
Quelle aubaine... pour l'ONG environnementale de découvrir et engager d'anciens banquiers qui se trouvent subitement un intérêt pour le climat, l'environnement, la faune sauvage..... Et bien d'autres qualités bien-pensantes.
"Depuis son départ, Bob Litterman fait en effet partie de cette vague de financiers qui consacrent la fin de leur carrière à l’environnement. Le plus notable est probablement Hank Paulson, ancien secrétaire au Trésor sous la présidence Bush, et qui dirigeait justement la banque Goldman Sachs entre 1994 et 1998".
Et curieusement la banque Goldman Sachs est toujours sur le devant de la scène comme on la retrouve, elle ou un de ses anciens collaborateurs, dans de nombreux pays à problèmes... Et leur duiscours est simple, voir même simpliste:
".... le changement climatique représente un risque économique significatif, sous-évalué par les marchés, et pourrait nous conduire, lorsque les marchés finiront par se rendre compte de leur erreur, à un crash financier d’ampleur comparable à celui de 2008". Pendant que les politiciens palabrent sur l’avenir de la planète et les mesures à prendre pour favoriser le business financier, le conseil d’administration du WWF confie à ce banquier "une mission correspondant à ses compétences: la gestion des fonds de W.W.F., qui représenteraient un volume de 200 millions de dollars en 2013". En fait la gestion financière des dons des donnateurs et l'argent public distribué pour des missions qu'il serait bon d'approfondir. Une vision du W.W.F. bien souvent mécoànnu du grand public.
"Comme toute grande ONG de portée internationale, W.W.F. dispose en effet de fonds, issus de dons, qu’elle place sur les marchés financiers. La gestion de l’épargne d’une ONG environnementale est un sujet épineux: il est tentant d’aller placer l’argent sur les titres les plus rémunérateurs, mais le grand public serait probablement mécontent d’apprendre que ses dons servent à financer, par exemple, l’industrie des armes ou du tabac".
L'auteur nous révèle notamment que:
"Dans le cas de WWF, la grande question est celle du divestment: le mouvement de désinvestissement des combustibles fossiles ("Zéro Fossile"). Parti des campus universitaires américains, ce mouvement exige des investisseurs qu’ils s’engagent à retirer tous leurs investissements dans le secteur fossile – pétrole, gaz, charbon -, considéré comme un secteur nuisible. En tant qu’ONG environnementale militant pour le développement des énergies renouvelables et le recul de l’utilisation des énergies fossiles, WWF fait partie des candidats naturels au désinvestissement".
C’est ainsi que les banquiers du WWF imaginent des "produits dérivés" en établissant "une stratégie alternative au désinvestissement". De par leur passé dans la banque financière américaine, ils ont évidemment connaissance de "la rentabilité du secteur pétrolier, et les risques liés au refus de détenir des actions de ce secteur. Litterman refuse donc de désinvestir, et soutient une stratégie alternative reposant sur les produits dérivés".
Et l'auteur nous apporte la preuve que le WWF, et bien d'autres ONG environnementales, est beaucoup moins passionné par l'environnement et la qualité de vie sur la planète que par la finance.
"Sous la direction de Litterman, le fonds de placement de W.W.F. adopte une stratégie plus audacieuse: il achète des produits dérivés dont la valeur augmente lorsque la valeur des entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre diminue. Cette stratégie permet à WWF de conserver ses actions dans le secteur des énergies fossiles, tout en gagnant de l’argent lorsque leur valeur baisse".
Et le résultat est bien loin des préoccupations environnementales et du réchauffement climatique...
"Selon Corporate Knights, la performance du fonds de placement de la branche américaine de WWF est excellente. L’ONG a parié, conformément à ses convictions, et a gagné de l’argent. Le rendement atteindrait même 40% en environ 18 mois".

En définitive, le "W.W.F. a parié sur une mauvaise performance des secteurs les plus polluants, et a été récompensé". En fait, à travers ses actions de lobbying il mène une politique des destructions de certains secteurs aux profits d'autres. Passer des énergies fossiles (charbon et pétrole) pour passer au photovoltaïque et à l'éoliens, dont la qualité environnementale n'est pas prouvé... Voilà un bon système spéculatif d'un bon rapport.
"Cette politique de gestion des fonds soulève tout de même des questions. Une utilisation de son épargne au service de ses convictions ne reviendrait-elle pas plutôt à financer le développement des énergies renouvelables, la protection de la biodiversité, ou une meilleure utilisation des terres? Une stratégie consistant à conserver des actions dans les secteurs polluants tout en pariant contre eux peut étonner, de la part d’une ONG qui encourage les Etats et les investisseurs à cesser de financer l’industrie du charbon, et pousse les entreprises à mettre en place des stratégies environnementales plus ambitieuses."
"Pourtant, WWF n’est pas la seule à refuser de désinvestir des secteurs fossiles. Selon une enquête de la journaliste et militante Naomi Klein de 2013, la plupart des grandes ONG environnementales américaines continuent à placer une partie de leurs fonds dans des actions du secteur fossile, considérant que la gestion de leurs fonds est une question purement technique, sans lien avec les activités de l’ONG".
"Avec une petite dose de cynisme, il est tout à fait possible d’admettre que les associations environnementales se comportent comme n’importe quel spéculateur, tant que l’argent gagné est remis au service de la cause défendue. Le grand public donateur ne partageant pas nécessairement cette vision, les ONG américaines préfèrent en général ne pas communiquer sur leur politique d’investissement. Pour gérer un risque financier, il y a Bob Litterman. Pour gérer un risque d’image, on n’est jamais trop prudent."
Peut-on encore considérer cette ONG comme environnementaliste? N'est-elle pas plus précisément, une organisation de lobbying et de gestion financière? Comment peut-il y avoir encore des donateurs qui croient au WWF et ses associations satellites?
Si dans cet exemple il s’agit essentiellement du climat et des énergies, n’y a-t-il pas d’autres sujets ou le WWF ne fait que du lobbying comme pour le « tout sauvage » pour alimenter les marchés compensatoires du CO2? Et si la conférence sur le climat prévu à Paris en décembre n’était qu’une manipulation pour nous détourner des élections régionales où les écologistes n’ont pas grand avenir?
Après ses origines discutables, les actions du WWF sont étonnantes par rapport à l’image que donne l’ONG. Il serait sans doute temps que tout le monde dache.

Louis Dollo, le 5 août 2015

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