Le Tunnel routier du Somport et Vallée d'Aspe - Pyrénées-Atlantiques

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Le tunnel du Somport a fait l'objet (et fait toujours l'objet) d'une polémique aujourd'hui quelque peu devenue stérile.
Le tunnel est là. Il est ouvert depuis le 17 mars 2003 après de nombreuses interrogations. Il faut donc l'accepter. Et la vallée d'Aspe continuera à vivre.
Nous essayons, à travers ces pages, de reconstituer les différentes étapes de sa construction. Nous essayons aussi de comprendre l'objet de cette opposition en se reportant à plusieurs sites opposés au tunnel. Nous essayons d'apporter des éléments de réponse en laissant le soin au lecteur de se forger sa propre idée sur le sujet.

CRELOC - Comité pour la Réouverture de la ligne Oloron-Canfranc
Balade ferroviaire transpyrénéenne de Pau à Canfranc
La ligne de chemin de fer Pau - Canfranc

Pour en savoir plus sur les liaisons transfrontalières en la France et l'Espagne, vous pouvez également consulter le rapport sénatorial (Rapport législatif 252 - 1996 / 1997 - Commission des Affaires étrangères de la défense et des forces armées) de 1996/97 sur la ligne à grande vitesse entre la France et l'Espagne ainsi que la page sur les axes transpyrénéens

- Des gendarmes en poste à Canfranc

Le recrutement des gendarmes du futur centre de coopération policière et douanière du Somport-Canfranc est en cours, indépendamment des 23 affectations liées au service du tunnel
Alors que l'on est toujours dans le flou quant au lieu de résidence des vingt-trois gendarmes qui seront affectés à terme, côté français, à la surveillance du tunnel du Somport, la gendarmerie fait diligence pour pourvoir les cinq postes qu'elle doit fournir au Centre de coopération policière et douanière (CCPD) de Canfranc.
Logé dans un commissariat commun, en aval de la bouche d'entrée espagnole du tunnel, ce service, auquel seront intégrés des douaniers et policiers espagnols et français, est une création consécutive au sommet franco-espagnol qui s'était tenu à Blois, en 1998. Les cinq gendarmes et leurs familles seront hébergés côté français.
On est en attente de validation par les deux parlements espagnol et français: quatre centres de ce genre doivent fonctionner dans les trois à quatre mois qui viennent, dans la chaîne pyrénéenne: à Canfranc, donc, au Perthus, à Biriatou et à Melles-Pont-de-Roy, près de Luchon.
Une note, datée du 26 décembre, circule dans les brigades de gendarmerie pour un appel à volontaires de sous-officiers, en vue de pourvoir les postes du CCPD de Canfranc. L'affaire est urgente puisque les candidats n'ont que jusqu'au 8 janvier pour se faire connaître. Les mutations doivent intervenir très prochainement.
Le profil requiert la pratique "courante et aisée" de la langue espagnole, de posséder "le sens du relationnel", une expérience en gendarmerie d'au moins six années, et de "faire preuve de capacité à s'intégrer en milieu interministériel et international".
Gendarmes du Somport: quelle résidence?
L'installation du CCPD est donc tout à fait indépendante de l'ouverture du tunnel routier du Somport. Sa mission, non opérationnelle, consiste "à faciliter l'échange de renseignements de police et douaniers" entre les services des deux pays.
Quant au lieu de résidence des gendarmes du service du tunnel, objet d'une vive polémique en vallée d'Aspe depuis qu'il avait été annoncé à Oloron, le préfet Pierre Dartout a tout dernièrement indiqué au député Jean Lassalle "qu'une recherche de logements dans la vallée est actuellement menée par la gendarmerie, en liaison avec le sous-préfet d'Oloron".
Pour sa part, le maire d'Urdos, Jean-Bernard Le Mourroux, se bat pour imposer la réhabilitation de seize appartements désaffectés, appartenant aux Douanes pour douze d'entre eux: "Ce que j'attends dans ce pays, c'est que quelqu'un prenne une décision."

Auteur: Thomas Longué
Source: Sud Ouest du 3 janvier 2003

- Le poids des mots pour l'histoire du tunnel: "l'opinion publique est manipulable"

Souvent critiqué par les opposants au tunnel du Somport, Jean-Pierre Forgerit, ancien directeur de l'équipement s'est beaucoup investi dans le projet. Mais il n'a pas toujours été entendu

"Quand les fonctionnaires disent quelque chose, ils ne sont pas entendus. " Plus d'une fois, Jean-Pierre Forgerit a eu l'impression de prêcher dans le désert. Au début des années 90, alors que la polémique battait son plein dans la vallée d'Aspe, le directeur de la DDE de l'époque a été confronté au rude apprentissage de la communication, "un art vraiment difficile."
Jean-Pierre Forgerit est resté quatorze ans à la tête de la Direction de l'équipement des Pyrénées-Atlantiques. "J'ai eu la chance de vivre une période extrêmement féconde, entre 1985 et 1992 grâce au Docteur Grenet, l'ancien président du Conseil général. Selon moi, il a fait figure de visionnaire pour le département. "Et celui qui est aujourd'hui inspecteur général dans le domaine autoroutier en Aquitaine et Poitou-Charentes, de citer les trois grandes réalisations auxquelles il a collaboré: l'autoroute Pau-Bayonne, la rocade paloise et, évidemment le tunnel du Somport.
Signes prémonitoires.
Son histoire avec le tunnel a commencé dès le 25 avril 1986. Ce jour là, au cours d'un déjeuner avec le Directeur des routes françaises à l'Hôtel des voyageurs d'Urdos, la neige se mit à tomber, empêchant le haut fonctionnaire de franchir le col du Somport. Le tunnel s'imposa alors à celui-ci, à l'altitude la plus basse possible. Un an plus tard, nouveau déjeuner au même endroit, cette fois avec un émissaire aragonais et le directeur des services du département. La machine était en route.
"De grandes périodes d'exaltation, comme l'établissement du projet ou le lancement des travaux", ont alors alterné avec "des moments de lassitude due à l'impossibilité de faire face à la désinformation." Dans le collimateur, entre autres: le reportage qu'Yves Boisset avait tourné en vallée d'Aspe pour l'émission "Envoyé Spécial" en 1992. " Depuis cet invraisemblable parti pris, je ne regarde plus la télévision de la même manière."
Jean-Pierre Forgerit a bien saisi, ce jour là, combien l'opinion publique est manipulable. "Les opposants au tunnel ont commencé à parler d'autoroute de la vallée d'Aspe. Or, les médias, très manichéens, s'en sont fait l'écho alors qu'il n'a jamais été question de cela. Comme quoi, plus c'est gros et plus ça marche, s'étonne encore l'ancien boss de l'Equipement, avant de donner un exemple: "Il faut toujours prendre en compte ce qu'il y a derrière les chiffres. Les gens croient que tous les camions ne font que traverser la vallée d'Aspe. Or, près de la moitié s'y arrête pour desservir les villages."

L'Espagne au coeur.
Pour autant, aucune contrariété ne pouvait le faire dévier de sa ligne de conduite. Ce projet auquel il a toujours cru devait aboutir et ses excellentes relations avec ses collègues espagnols allaient grandement l'aider. "Il faut rendre hommage à l'énorme travail accompli par Léon Contou-Carrère, notre ambassadeur en Espagne. Il nous a permis d'établir des liens privilégiés de l'autre côté des Pyrénées et, ainsi, de gagner énormément de temps dans le traitement des dossiers. D'ailleurs, j'ai été beaucoup critiqué pour avoir mené tout cela à la hussarde."
Quand on parle de l'Espagne à Jean-Pierre Forgerit, on est sûr de toucher au coeur. En 1945, ses parents avaient recueilli un réfugié espagnol sortant du camp de Buchenwald. "Par tempérament, je me sens plus proche de la mentalité espagnole. Leur façon de travailler est moins centralisée, plus souple", souligne celui qui est devenu bilingue autant par intérêt que par la force des choses.

Le randonneur inconnu.
Clin d'oeil de l'histoire, le... dos de Jean-Pierre Forgerit est devenu célèbre pour les lecteurs de revues consacrées à la nature pyrénéenne. "Il y a plusieurs années, un photographe m'a pris en photo de dos, alors que je faisais une randonnée. Il a gardé le cliché dans sa banque d'images et l'a ressorti à chaque fois qu'un magazine le contactait pour illustrer un article sur les Pyrénées", rigole le fonctionnaire en fin de carrière.
Aujourd'hui, alors qu'on vient d'inaugurer son bébé, l'homme prend l'événement avec détachement. "La période exaltante, c'était la mise en forme d'une idée, d'un espoir. Le tunnel ne m'appartient plus depuis longtemps. Il appartient désormais à tous les Béarnais."

Auteur: Pierre-Yves Crochet
Source: Sud-Ouest de janvier 2003

- De Robien "attentif" à l'avancée des travaux

Dans un courrier adressé au député UDF Jean Lassalle, le ministre des transports prend acte du "retard substantiel des travaux" et promet d'accélérer l'aménagement de la RN 134.

Ils se sont manqués à l'inauguration du tunnel. Tandis que le premier coupait le ruban au Somport, l'autre tenait son "audience alternative" à Accous. Reste qu'ils s'écrivent beaucoup. Dans un courrier en date du 5 mars, Gilles de Robien répond à Jean Lassalle sur une certain nombre de points concernant l'aménagement de la RN 134 en vallée d'Aspe. Prenant acte du "retard substantiel" du chantier, le ministre des transports assure qu'il vient d'indiquer à ses services qu'il convenait "d'accélérer l'amélioration de la voie". Comme il l'avait auparavant fait savoir, s'attirant au passage les moqueries amères d'un certain nombre d'élus devant la "minceur" de la manne mise à disposition, il confirme le déblocage d'urgence d'un million d'euros, employés dès cette année pour l'amélioration des traversées d'Urdos et de Bedous, la rectification du virage du Marbre ou du carrefour de Pont-Suzon. Pour les opérations inscrites au contrat de plan actuel (déviation de Bedous, section Urdos-Forges d'Abel, déviation Asasp-Gurmençon) Gilles de Robien précise qu'il veillera "très attentivement à leur bon avancement". "A l'occasion de la révision du contrat de plan (en juin prochain, NDLR) ajoute le ministre, je profiterai de toutes les occasions pour permettre l'engagement de nouvelles opérations". Dans cette optique, il évoque la déviation d'Oloron qui, affirme t-il, trouvera "un début d'exécution avant la fin du plan (en 2006 NDLR)".
Enfin, l'homme s'engage à soutenir "la relance" du programme d'accompagnement économique de la vallée d'Aspe, promis par l'Etat en 1994, et dont les élus Aspois assurent n'avoir toujours pas vu le début d'un commencement d'application.

Auteur: T.M
Source: extrait de Sud Ouest du 14 mars 2003

[Ndr: Les travaux sont en parties terminés mais rien n'est encore livré à la circulation au 9 juin 2007. Quant au programme de relance économique... de quoi s'agit-il? Espérons que le maintien de Toyal en fasse partie. Mais dans ce cas, il aura fallu un mois de grève de la fin du député Jean Lassalle pour obtenir quelque chose.]

- Le Somport sème toujours la zizanie

Huit mois après l'inauguration controversée du tunnel routier du Somport, qui relie la France à l'Espagne à travers les Pyrénées, les habitants de la vallée d'Aspe expriment leur ras-le-bol face au trafic des camions qui a doublé et aux accidents qui se multiplient.
A Urdos, 110 habitants, premier village français après la sortie du tunnel, sur la RN 134, c'est l'exaspération: quelque 1.200 véhicules y passent chaque jour, soit "20 à 25 % de plus" qu'avant l'inauguration de l'ouvrage. Pour les seuls poids lourds, on en compte désormais en moyenne 200 par jour, soit quarante de plus (+ 20 %) qu'auparavant selon la DDE. "Le tunnel du Somport est devenu un nouvel itinéraire pour les routiers, surtout espagnols, qui passent la frontière pour emprunter l'autoroute en France, jusqu'à Barcelone", explique le maire de Bedous. C'est sur le territoire de sa commune que le 11 septembre, un camion espagnol et sa remorque ont plongé dans le gave d'Oloron. Depuis l'inauguration, sept camions, tous espagnols, sont partis dans le décor.
Le 17 janvier, les treize maires de la vallée d'Aspe, emmenés par le député UDF Jean Lassalle, ancien président du Parc national des Pyrénées, avaient tous boycotté la cérémonie d'inauguration du tunnel. Ils estimaient "inconcevable d'ouvrir l'un des tunnels les plus sécurisés d'Europe pour une route internationale qui, côté français, présente tous les dangers" et réclamaient une réglementation du transport des matières dangereuses. De fait, les trois déviations prévues sur la RN 134 n'ont pas été réalisées et plusieurs passages dangereux, comme celui du Fort du Pourtalet, n'ont pas été aménagés. Sur les 46 km que compte cette route, quelque 20 km, parfois très escarpés, restent à mettre aux normes de sécurité. La fin de ces travaux n'est pas prévue avant une quinzaine d'années.
En attendant, quelques initiatives locales sont prises pour limiter les dégâts. Ainsi, en juillet, la commune de Bedous a limité la vitesse à 30 km/h sur l'itinéraire de traversée de son territoire et prévoit d'installer une chicane.

Source: La Dépêche du Midi du 29 septembre 2003

- Le camion rate le virage et fonce sur le mur: huitième accident

Gurmencon
Un autre poids lourd espagnol a foncé sur une murette sur la RN 134 en vallée d'Aspe hier matin. La vitesse excessive pourrait en être la cause. C'est en tout cas le huitième accident depuis l'ouverture du tunnel du Somport.
Le Comité des habitants pour la vie en vallée d'Aspe pourra accrocher une autre pièce à son "mausolée d'Accous". On se souvient en effet que le samedi 4 octobre, ce comité avait inauguré une sculpture faite de pièces de camions, en précisant que chaque élément correspondait à un accident de poids lourd qui s'était produit sur la RN 134 en vallée d'Aspe depuis l'ouverture du tunnel du Somport. Et le comité avait décidé de se retrouver après chaque nouvel accident pour ajouter une pièce à la sculpture. Les opposants au tout camion n'auront pas eu longtemps à attendre puisqu'à nouveau, un poids lourd a foncé sur une murette hier matin vers 10 h 15 à Gurmençon. Le semi-remorque de la société espagnole Frutas Bruned de Jaca, qui roulait à vide, se dirigeait vers Oloron lorsqu'à l'entrée sud du village, son chauffeur, Bouchaïd Fatallah, 34 ans, de Saragosse, en perdit le contrôle pour des causes qui restent à déterminer. La gendarmerie n'excluait pas une vitesse excessive ou inadaptée en raison des circonstances, ce que l'enquête permettra de vérifier. Heureusement, l'accident n'a pas fait de victimes.

Les huit accidents.
Gendarmes et pompiers ont mis en place une circulation alternée pendant plusieurs heures, jusqu'à ce que le camion soit dégagé. Constatant les dégâts sur place, le maire de Gurmençon, Pierre Luqué, s'interrogeait sur ce nouvel accident qui aurait pu avoir des conséquences plus dramatiques. " Dans les dix prochaines années, le trafic va doubler. Les voies ferroviaires et maritimes deviennent absolument nécessaires pour désengorger les routes", estimait-il.
Pour mémoire, le premier accident de poids lourd sur la route du Somport et ultérieur à l'ouverture du tunnel se produisit à Sarrance le 15 janvier 2003. Les trois suivants eurent lieu dans le même secteur du fort du Portalet le 28 janvier, le 19 juin et le 28 juin. Le 1er septembre, un camion se renversa à Asasp; le 4 septembre, un autre poids lourd se coucha aux forges d'Abel - et il est possible que ce soit la même société, voire le même chauffeur qui aient été victimes de l'accident d'hier, l'hypothèse était en cours de vérification - et enfin, le 11 septembre dernier, un camion plongea dans le gave à Bedous. Ces accidents mettaient chaque fois en cause des camions et des chauffeurs espagnols et celui d'hier ne déroge pas à la règle.

Auteurs: Sophie Lataillade avec M.B
Source: Sud-Ouest du 11 novembre 2003

- Un véritable piège à camion: quatrième accident à Borce

Quatrième accident de camion qui, comme les précédents, s'est produit hier sur la RN 134 à Borce, dans une courbe à gauche
Encore un accident de camion en vallée d'Aspe. Hier matin, vers 10 heures, Jesus Abadias, un chauffeur espagnol de 37 ans qui transportait vingt-cinq tonnes de farines animales en direction de Lons, a perdu le contrôle de son véhicule, au niveau de Fort-du-Poutou, sur le territoire de la commune de Borce. D'après les premières constatations, le poids du chargement l'a fait basculer dans une courbe à gauche. L'ensemble routier de l'entreprise Impresa-Aintra de Lleida s'est couché sur le muret situé à droite de la chaussée, en bordure d'un ravin qui se jette dans le gave. Le conducteur s'est retrouvé quelques mètres en contre-bas de sa cabine. Miraculeusement, il n'a pas été blessé. Mais le contenu de la remorque s'est vidé dans la nature. La gendarmerie et les services de l'Equipement ont rapidement sécurisé le site. La circulation ne s'effectuait plus que sur une seule voie. En attendant l'intervention d'une grue. C'est, en tout cas, le quatrième accident qui se produit au même endroit depuis l'ouverture du tunnel du Somport. Deux camions ont fait le grand saut dans le vide. Et un autre s'était renversé sur la route. Hier, le maire d'Etsaut, Marcel Minvielle, se trouvait sur les lieux: On a de la chance, il n'y a jamais de blessé. Si les aménagements routiers étaient faits, cela n'arriverait pas. Ceux qui se plaignent aujourd'hui du trafic sur la nationale sont les mêmes qui bloquent les travaux. Il faut aussi se poser la question des rendements imposés par les entreprises espagnoles. Les accidents n'arrivent qu'à elles". Il semble, de surcroît, que l'entreprise de transport en cause aujourd'hui cumule à elle seule trois des accidents du Fort-du-Poutou. Le maire de Borce, René Rose, pour sa part, est clair. A ses yeux, la vitesse est à l'origine du sinistre. "Après la venue sur place du Préfet, toute la signalisation avait été mise en place avec des panneaux en Français et en Espagnol. Dans ce secteur, la vitesse est limitée à 30km/h. A l'évidence, les chauffeurs ne respectent pas le Code de la route. Nous avons besoin de sanction et d'une surveillance plus fortes". Toujours est-il que la vallée d'Aspe compte désormais neuf accidents de camions depuis l'ouverture du tunnel.

Auteur: P.S
Source: Sud-Ouest du 12 février 2004

- Déviation de Bedous: Menaces de gel sur le vallon

Route du Somport
Les travaux d'aménagement de la RN 134 pourraient faire les frais de la régulation budgétaire décidée par Bercy. L'arbitrage sera rude
Les aménagements de la route du Somport (RN 134) pâtiront-ils des économies budgétaires imposées par Bercy? Si aucune réponse catégorique n'a été apportée par les représentants des services de l'Etat sollicités hier, alors que d'aucuns ne s'embarrassent plus de précautions oratoires pour dénoncer "l'Etat qui se dédit", le fait est que les travaux du tunnel d'Osse (déviation du vallon de Bedous), dévolus à la société Bes avec l'entreprise Laborde en sous-traitance, n'ont pas été engagés à ce jour alors qu'ils devaient commencer au mois de mai. En outre, l'entreprise adjudicataire pour le pont sur le gave entre Bedous et Osse, qui devait entrer en action cette semaine, aurait reçu la directive de surseoir aux travaux, 48 heures à peine avant le premier coup de pioche.
Le maire de Bedous n'a lui-même été informé (verbalement) de cette situation que mercredi, par un représentant de la Direction départementale de l'Equipement. Son village est pourtant concerné au premier chef; Jacques Couratte-Arnaude espérait la déviation du vallon de Bedous pour 2006, il devra peut-être attendre encore un peu plus pour ne plus voir se croiser les semi-remorques dans la traversée de la plus grosse bourgade (600 habitants) de la vallée d'Aspe.
Bras de fer Etat-Région.
Seule assurance donnée par le nouveau directeur départemental de l'Equipement, Frédéric Dupin: les aménagements en cours dans la vallée seront menés à leur terme. Comme celui engagé à hauteur du passage à niveau à l'entrée de Bedous. Mais, élément majeur de la déviation de Bedous, le passage en tunnel sur 200 mètres, sous le mont d'Osse, ainsi que l'un des ponts sur le gave devant pallier la défection de l'ouvrage qui, depuis le 9 septembre dernier, suspend la liaison entre Bedous et Osse-en-Aspe, pourraient devoir attendre des jours meilleurs.
Objet d'un accord international, les travaux de sécurité supplémentaires exigés (galeries de liaison avec le tunnel ferroviaire), en cours, seront menés à bonne fin. Mais on pourrait en rester là jusqu'à ce que soient rendus, au niveau aquitain, les arbitrages quant à l'urgence de chantiers en cours.
Car comme le souligne le sénateur (P.S.) Jean-Louis Carrère, vice-président du Conseil régional d'Aquitaine en charge des infrastructures, la RN 134 n'est qu'une des opérations que vient remettre en question le tour de vis de 4 milliards d'euros du ministère du budget: "L'Etat ne met plus de crédits de paiement nulle part depuis quelques mois. Il nous ferme toutes les lignes ferroviaires transversales; on se fait énormément de soucis sur la RN 134 mais aussi sur la RN 21. Sur la 134 comme sur le reste, on ne se contentera pas de protester pour obliger l'Etat à honorer sa signature, quitte à aller en justice".
Il n'échappe pas à Jean-Pierre Mariné [Ndr: J.P. Mariné est candidat UMP aux élections législatives de 2007 contre François Bayrou], président de l'association Béarn Adour Pyrénées (BAP), à laquelle revient d'avoir levé le lièvre de la suspension du chantier de la R 134, que s'est engagé un bras de fer entre l'Etat et les régions, toutes passées à gauche à une exception près. Avec pour toile de fond ce fameux contrat de plan Etat-Région (2000-2006), auquel émargent les travaux de la RN 134, et dont les objectifs auraient dû être reconsidérés à mi-parcours.
"Sur la RN 134, tempête Jean-Louis Carrère, nous n'avons eu de cesse que de dire que le chantier devait avancer à marche forcée. L'Etat étant en situation de maîtrise d'ouvrage, devait l'adapter à ses capacités. Hélas! On est dans une situation critique où l'Etat se désengage de toutes parts."

Auteur: Thomas Longué
Source: Sud-Ouest du 18 juin 2004

Observation:
Il semble, en fait, que les travaux ont été engagés en denière minute pour ne pas perdre le bénéfice des moyens financiers du contrat Etat-Région. Manifestement un manque de perspicacité et d'efficacité de la part des décideurs locaux, notamment la Région Aquitaine.
Louis Dollo, le 20 juin 2004

- Camion en feu dans le tunnel

L'avant d'un poids lourd qui arrivait d'Espagne s'est embrasé. Aucun blessé n'est à déplorer, grâce à une grosse mobilisation des secours franco-espagnols et une organisation rodée
Le tunnel du Somport, qui relie la France à l'Espagne via la vallée d'Aspe, est considéré comme le plus moderne d'Europe. C'est sans doute grâce aux équipements hauts de gamme dont il dispose, tout comme à l'entraînement des personnes qui y travaillent, qu'un drame a pu y être évité hier.
Il est 11 h 55 lorsqu'un semi-remorque transportant du maïs, immatriculé au Portugal mais conduit par le patron d'une société de transports tarbaise, pénètre dans le tunnel pour se diriger vers le côté français. Le poids lourd a parcouru près d'un kilomètre lorsque son conducteur s'aperçoit que le moteur a un problème. Il s'arrête, descend de son véhicule, soulève le capot, et voit que de la fumée s'en dégage. Après s'être muni d'un extincteur, il ôte la garniture du moteur, mais tout s'embrase. L'avant du camion et l'habitacle qu'il vient de quitter sont bientôt la proie des flammes.
Tout le long du tunnel, des caméras aident les employés de la société TS-UTE, chargée d'exploiter cet équipement, à vérifier si aucun incident ne survient sur le parcours. Les écrans installés dans le poste de commandement situé côté espagnol ne permettent pas de voir tout de suite la fumée et les flammes. Par contre, le camion arrêté en pleine voie a immédiatement été repéré. Et comme l'exige la procédure, un employé se rend tout de suite sur place en voiture pour constater ce qui se passe.

Légèrement intoxiqué.
Lorsqu'il arrive, le feu s'est déclaré. Et l'alerte a été donnée. Car en dépit d'un fort courant d'air allant de France en Espagne, ainsi que de la mise en route des systèmes d'aspiration, les images apparaissant sur les écrans de contrôle sont devenues moins nettes.
Tandis que la circulation, faible à cette heure, est interrompue et le trafic dévié vers le col du Somport, les six sapeurs-pompiers employés dans le tunnel arrivent sur les lieux du sinistre. Trois du côté français, trois du côté espagnol. Ils utilisent des camions Titan spécialement équipés pour lutter contre ce type d'incendie. Des gens efficaces. Car dès que les premiers renforts arrivent aussi de l'extérieur, le sinistre est déjà maîtrisé.
Dès que l'incendie a été signalé, les renforts sont progressivement montés en puissance. Côté français, des pompiers sont venus d'Urdos, la commune aspoise la plus proche. Ils ont été rejoints par leurs collègues arrivés d'Oloron. D'importants renforts ont également été acheminés des communes situés sur le versant espagnol. Cela en fonction d'une organisation soigneusement rodée. Le dernier exercice de sécurité en date remontant à tout juste une semaine.
Au cours de l'intervention, un employé du tunnel a été légèrement intoxiqué. Une grue a été utilisée dans l'après-midi pour dégager le camion. Quant à la réouverture du tunnel, qui a connu son premier incident grave et dont le système d'éclairage a été endommagé à l'emplacement du sinistre, elle devait être effective dans la soirée.

Auteur: Jean-Jacques Nicomette
Source: Sud Ouest du 24 décembre 2004

- Le débat sur le transport routier dans la vallée

Nationale 134.
C'est le quinzième accident de poids lourd depuis l'ouverture du tunnel. Les mêmes questions reviennent

Quinze accidents de poids lourd.
Tel est le bilan depuis l'ouverture du tunnel du Somport. La première grosse frayeur à la pollution, mardi soir, est-elle de nature à produire un électrochoc? Rien n'est moins sûr.
En vallée d'Aspe, voilà plus d'une décennie que défilent les discours sur la sécurité et la vocation de la nationale 134. Rien n'y fait à l'évidence. Dans la quatrième circonscription, en pleine campagne des législatives, les candidats ne manquent pas de développer leurs idées à chaque réunion publique. Comme à chaque campagne aussi.
Courriers à l'appui, le député UDF sortant Jean Lassalle rappelle ses multiples interventions pour s'opposer notamment, aux côtés du président du Conseil général, au transport de matières dangereuses. De son côté, le socialiste Jean-Pierre Domecq plaide pour un schéma directeur global. L'UMP Hervé Lucbéreilh promet de tout financer en impliquant le secteur privé. L'aménagement de la nationale entre Oloron et le Somport a été évalué à 170 millions d'euros. Mais l'ampleur de l'investissement ne permettra vraisemblablement jamais d'éviter les risques majeurs compte tenu de la configuration du site.
C'est en tout cas ce que pensent depuis toujours ceux qui défendent une alternative au transport routier à travers la montagne. Chaque jour, un peu moins de 200 poids lourds passent par le Somport. Quinze d'entre-eux transportent des matières dangereuses dont le tiers présente la plus forte toxicité.
La pollution du gave a en tout cas mis l'accent sur la nécessaire rapidité d'action des moyens de secours. Les habitants apprécient de moins en moins le fait que la cellule d'intervention chimique des pompiers soit basée à Artix, à proximité du bassin de Lacq où se concentre la plus grande part des risques. L'implantation de secours spécialisés à proximité du Somport n'a en tout cas jamais été retenue par les autorités et les élus du Service départemental d'incendie et de secours chargé de financer ce type d'opération.
Une chose est sûre:
les milliers de truites qui ont fini le ventre à l'air relancent un vieux débat. La vallée d'Aspe et sa continuité formée par le gave d'Oloron peuvent-elles assumer à la fois une image dédiée au tourisme vert et une zone où une pollution des eaux est susceptible de se produire?
Le conseiller général Michel Maumus, chargé du plan de restauration du saumon et de la mission Pêche 64, est clair: "Si on ne peut pas améliorer significativement la qualité du transit, il va falloir choisir un jour. L'accident que l'on vient de connaître est l'alerte de trop. On s'aperçoit que quinze ans d'efforts peuvent être anéantis du jour au lendemain".

Auteur: Patrice Sanchez
Source: Sud-Ouest du 7 juin 2007

- Le ras-le-bol

Pollution du Gave d'Aspe
L'accident du camion-citerne et la pollution du gave font réagir les habitants. Une manifestation est prévue samedi matin à Bedous

Hier matin, à l'heure du petit crème, d'Oloron à Urdos, on ne parlait que de l'accident du camion espagnol et de la pollution du gave d'Aspe. Souvent avec colère.
Tout le monde en prend pour son grade: les élus locaux, les candidats aux législatives, les services de l'état? Les chauffeurs de poids lourds ne sont pas épargnés. Tous les témoignages à leur encontre font état de vitesse excessive, de comportements imprudents.
"Mardi, j'en ai croisé un qui m'a arraché mon rétroviseur", raconte la cliente d'un commerce à Bedous. "Cette route est affreuse: deux morts lundi, quatre blessés mardi. C'est une série noire".
Réveillés à 5 heures du matin.
à Cette-Eygun, impossible de vivre plus près de la nationale 134 que Patrick et Sabine Sarrazin, deux jeunes retraités bordelais installés ici depuis 2004. Leur porte d'entrée donne sur le bitume. Il leur a fallu faire installer une barrière de sécurité pour éviter que les véhicules n'emportent les pots de fleurs. Un camion a déjà arraché la boîte aux lettres des anciens propriétaires.
"Dès 5 heures du matin, les premiers passages de poids lourds nous réveillent en beauté", déplore Patrick. "Ils passent à une vitesse folle. Surtout la nuit. Le bruit est impressionnant. Plus le temps passe, plus le nombre de camions augmente. De plus en plus préfèrent éviter Biriatou".
Une pétition.
Les riverains du bourg ont signé une pétition pour obtenir une limitation de vitesse à 30 km/h. Ils l'ont adressée à la préfecture. Sans trop d'illusion. "On verra bien. Mais si c'est comme à Bedous, personne ne respectera les panneaux".
Plus loin en aval, pour sortir du quartier de Gey, les automobilistes sont priés de serrer les fesses à cause du manque de visibilité. Le miroir réclamé n'est toujours pas installé.
A Etsaut, Josette, la patronne du bar le Randonneur, a déjà tout entendu sur les dangers de la nationale. Elle ne répétera rien. "Tant qu'il n'y aura pas un mort, personne ne bougera", lâche une cliente.
Comme tous les Aspois, Valérie Huck, une habitante d'Urdos, est exaspérée. Elle n'a pas été en mesure de regagner son domicile mardi soir. La route était - encore une fois - fermée à la circulation à cause de l'organisation des secours. "Personne ne s'intéresse à nous. ça devient n'importe quoi. Le flot de camions s'intensifie. Les risques augmentent. Et les chantiers en cours feront l'effet d'un pansement sur une jambe de bois. C'est vraiment effrayant de voir que la situation ne s'améliore pas. Il faudrait peut-être qu'un poids lourd écrase un ours pour qu'il se passe quelque chose".
Une manifestation
Président du comité des habitants de la vallée qui fustige depuis des années le transport routier de marchandises, Jean-Rémy Treyture s'excuse, non sans ironie, d'avoir prédit la catastrophe. Il ne se gênera pas de développer ses arguments dans ces derniers jours de la campagne des législatives: c'est aussi le suppléant de la candidate des Verts, Jenofa Cuisset. "L'arrêt ou tout au moins la diminution significative des circulations de camions est une urgence écologique".
Samedi matin, à 11 heures, en bordure de la nationale 134, à la sortie de Bedous, au niveau du mausolée du comité, une manifestation est prévue pour attirer l'attention.

Auteur: Patrice Sanchez et Martine Lacout-Loustalet
Source: Sud-Ouest du 7 juin 2007

- 20.000 litres de lessive dans un torrent Pyrénéen

Mardi soir dans les Pyrénées, un camion-citerne s'est renversé accidentellement, déversant 20.000 litres de lessive de potasse dans les eaux du gave (1) de la vallée d'Aspe. Résultat, plus de 15.000 poissons morts (sans compter les alevins) et 4 kilomètres de vie aquatique annihilée, selon les termes des techniciens de l'Onema (office national des eaux et des milieux aquatiques).

Pour tenter de diluer la pollution aquatique, depuis le barrage d'Urdos 3 lâchers d'eau ont été effectués par EDF, faisant passer le débit de débit de 560 l/s à plus de 5 000 l/s. Si l'effet "chasse d'eau" a été quasi immédiat, les prélèvements effectués par l'Onema confirme que la pollution a pratiquement disparu, les conséquences écologiques sont considérables et il faudra plusieurs années pour que le gave de la vallée d'Aspe, considérée comme une des plus belles de France, retrouve le niveau de vie qui était le sien.

Si c'est le premier poids-lourd à l'origine d'une pollution des eaux de la vallée d'Aspe (les précédents qui ont chuté dans le gave transportaient du maïs), "Qui n'était pas alerté? Qui ne savait pas que cela arriverait? Qui est surpris ce soir? Pas nous" s'exclame Bernard Leclercq, le vice président du comité des habitants de la vallée d'Aspe. Il est vrai que, comme il le déclare, il est illusoire de vouloir faire passer un ruban de camions au fonds d'une vallée aussi longue et encaissée que celle-ci. Or, depuis l'ouverture du tunnel du Somport, il y a 4 ans entre la France et l'Espagne, malgré un trafic relativement faible (200 à 300 camions quotidiens), l'accident de ce 5 juin est le quinzième.

Pour France Nature Environnement (FNE), cet accident "...prouve une fois de plus que les régions de montagne ne sont pas compatibles avec la circulation des poids lourds et que les conséquences des accidents sont aggravées par l'étroitesse des vallées... Le développement du transport ferroviaire est incontournable et urgent dans cette vallée d'Aspe avec la réouverture rapide de la ligne Pau-Canfranc, fermée depuis plus de 30 ans."

Le comité des habitants de la vallée d'Aspe appelle à un rassemblement samedi 9 juin à Accous à 11 heures, pour réclamer des mesures de sécurité immédiates, rappelant que les camions toxiques passent sans aucune mesure de sécurité au coeur de 5 villages avant d'arriver au tunnel le plus sécurisé d'Europe.

Auteur: Alex Belvoit
Source: Echo Nature du 8 juin 2007
1- torrent des Pyrénées

[Ndr: il faut noter que les élus, dont le député du moment, Jean Lassalle, s'étaient opposés à l'ouverture du trafic aux matières dangereuses. Mais le Préfet des Pyrénées-Atlantiques est passé outre leurs avis. Il ne faut donc pas imaginer, comme le laisse entendre cet article, qu'il n'y a que les associations de protection de l'environnement qui avaient "alerté" les pouvoirs publics.]

- Maudite route: 21 tonnes de farine dans le ravin

Nouvel accident hier dans les lacets du Portalet: un camion et 21 tonnes de farine dans le ravin
Neuf jours après l'accident de la citerne de lessive de potasse qui a pollué le gave sur 4 kilomètres, un poids lourd a une nouvelle fois quitté la route,hier matin vers 8 heures, exactement au même endroit, dans le secteur du Portalet.
Cette fois, cabine et remorque ont dégringolé au fond du ravin, une vingtaine de mètres plus bas. Emilian Gheta-Rosario, le chauffeur espagnol âgé de 33 ans, est un miraculé: il n'a pas été blessé. Il transportait 21 tonnes de farine de tournesol pour le compte d'une société de la province de Leida. Tout s'est renversé dans la nature sans pour autant atteindre le cours d'eau. Aucun impact sur l'environnement immédiat n'est à craindre.
Les roues ont décollé.
Les services de l'équipement ont mis en place un système de circulation alternée. La farine doit être collectée aujourd'hui. Le poids lourd ne sera enlevé que mardi prochain. La route sera fermée le temps des opérations. Aucun élément ne permet encore de comprendre les circonstances de la perte de contrôle du véhicule. "Les roues de la remorque ont décollé. J'ai été déséquilibré. Je ne roulais pas vite", a expliqué, en substance, le chauffeur aux gendarmes et aux pompiers d'Oloron et de Bedous.
Un phénomène physique.
Sur place, le maire de Borce et président de la Communauté de communes de la vallée d'Aspe, René Rose, n'en croyait pas ses yeux. "C'est le sixième camion qui se renverse dans ce virage depuis l'ouverture du tunnel. Et rien n'est fait. Je suis persuadé que cela s'explique par un phénomène physique lié à la configuration de la route. Depuis le temps, ne pensez-vous pas que l'état aurait pu engager une étude sérieuse?"
Suite à la contamination du gave, la semaine dernière, un projet de délibération était porté par les treize conseils municipaux de la vallée dans le but d'obtenir "des mesures techniques immédiates". Le nouvel épisode conforte les élus dans leur initiative.
Point dangereux.
Jean-Luc Tronco, sous-préfet: "Je suis sur la même longueur d'onde qu'eux. Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. Il y a un vrai problème. On peut déjà penser à renforcer le dispositif de signalisation en amont du point dangereux."
Une chose est sûre: les maires et les habitants n'en peuvent plus. "Nous avons écrit au préfet pour demander une réunion de travail. Nous attendons sa réponse", confie René Rose. "Cette route n'est pas du tout adaptée. Tout le monde le sait. Il faut interdire le transport de matières dangereuses." Pour sa part, Alain Rousset, président de la Région, "interpelle", dans un communiqué, Alain Juppé, ministre de l'Environnement. Il réclame la création d'une commission pour notamment relancer le chemin de fer.
Ce nouvel accident de poids lourd est le quatorzième en quatre ans, entre le Somport et Oloron. S'y ajoutent trois alertes de fuites de produits toxiques à l'entrée du tunnel. La dernière remonte à mardi soir dernier. Les faits se sont produits de l'autre côté de la frontière. Sans gravité.

Auteur: Patrice Sanchez
Source: Sud-Ouest du 15 juin 2007

- Voyage sous terre

Une quarantaine d'enfant a rejoint le collège par le tunnel ferroviaire puis le bus

"On espérait ne pas aller en cours, c'est raté" confient en souriant Guilhem et Clément, élèves de 4e et 5e, au collège de Bedous. Grâce à la mobilisation de leurs parents, en raison du blocage de la route depuis jeudi soir, un système d'escorte puis de bus a été mis en place hier matin aux aurores (il durera toute la semaine matin et soir) afin de ne pas faire rater les cours aux adolescents.
Il est 7 h 45, le soleil n'est pas encore levé et les deux copains attendent sagement sur la route qui surplombe le gave, à l'entrée sud du tunnel. Seules les lumières des torches indiquent la présence humaine. Il règne une atmosphère insolite de passage clandestin. Petit à petit, le groupe se forme pour grimper jusqu'à la voie ferrée. "Cela fait un événement, ça nous fait rire" continuent les enfants qui ont pu alléger leur cartable. "On avait le droit de ne pas prendre les livres". Christine Caillabet du village de Borce est l'une des premières mamans bénévoles à faire le trajet avec Fabienne Olympie. Elle porte une grosse torche à la main. "Pour l'instant, cela nous amuse mais il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps" explique-t-elle.
Le tunnel qui sauve. "Allez, avancez, attention au câble électrique!" claironne René Rose, président de la Communauté de commune de la vallée d'Aspe et maire de Borce qui a pris la tête de la troupe. Une quarantaine de gamins, des villages de Borce, Etsaut et Urdos dont une vingtaine du foyer Clairmatin de Borce, avalent les 710 traverses de la voie ferrée dont 300 mètres dans le tunnel. Ce week-end, Jacques Marquèze, maire d'Urdos et agent EDF avait pris le taureau par les cornes afin d'électrifier le tunnel. Les services de l'équipement étaient également à pied d'oeuvre hier pour débroussailler et sécuriser les accès notamment en cas de secours à personne.
à 8 h 15, le car de 30 places, légèrement surchargé, démarre, direction le collège. Dans l'autre sens, une petite de CM2 de Cette-Eygun attend de l'aide pour rejoindre son école à Etsaut. Puis René Rose est allé chercher les journaux et le pain à Bedous pour le redistribuer. La factrice était attendue pour 15 heures.

Résumé de la vie valléenne. En une matinée, le tunnel a accueilli un résumé de la vie de la haute vallée. Vers 5 heures du matin, les ouvriers de chez Toyal à Lescun ont été les premiers à descendre pour rejoindre l'usine, suivis des lycéens en route pour Oloron vers 7 heures Ils ont croisé les agents EDF de la centrale du Baralet qui prenaient leur poste à 7 h 30. Plus tard, l'instituteur remplaçant d'Etsaut qui habite Lescun a également emprunté le passage souterrain dans le sens nord sud. Entre-temps, les fonctionnaires des douanes du commissariat conjoint de Canfranc-Somport-Urdos ont marché dans le tunnel, ainsi que l'équipe de centre de déneigement du sol du Somport et les saisonniers de la station. De là à dire que le tunnel est l'endroit idéal pour les rencontres, il n'y a qu'une traverse de chemin de fer!
Pour le moment, le système D relance la solidarité villageoise. Le maire de Borce, René Rose, attend quant à lui un peu plus d'aide de l'état. "Si on n'avait pas mis le groupe électrogène en place, on n'aurait pas de lumière dans le tunnel ! On doit se débrouiller tout seul, récupérer du matériel. Je regrette qu'il n'y ait pas de plus d'efforts de faits pour la haute vallée." Un employé d'Urdos soufflait. "Si cette route menait à Gourette ou La Pierre-Saint-Martin, elle serait rouverte depuis longtemps."

Auteur: Odile Faure
Source: Sud Ouest du 8 janvier 2008

- Déblaiement prévu vendredi

A Etsaut, le déblaiement de l'éboulis pourrait intervenir à partir de vendredi matin. C'est ce que l'on apprenait, hier, à l'issue de la deuxième réunion de crise qui se tenait à la sous-préfecture d'Oloron en présence des services de l'état, la DIRA, des géologues, de la sécurité civile, de la gendarmerie, des élus locaux et du député.
La purge de la falaise interviendra jeudi. Vers midi, les professionnels de Pyrénées minage procéderont aux premiers tirs de micro-explosifs dans le but de faire glisser les 150 m3 de roches instables. Hier, le matériel a été déposé par hélicoptère. La mission des six cordistes et des quatre assistants au sol consiste, dès aujourd'hui, à réaliser 40 trous (80 mètres de perforation au total) pour y introduire les charges.
Un périmètre de sécurité de 200 mètres sera établi. Le stationnement, interdit de part et d'autre du tunnel (dont l'accès sera fermé de 10 heures à 14 heures) de mercredi à minuit au jeudi à 20 heures.
Dès vendredi matin, pourra débuter l'évacuation des matériaux qui barrent la route. Il faut compter deux jours de travail. "C'est l'hypothèse la plus optimiste", commente le sous-préfet, Jean-Luc Tronco. "Si tout va bien, la circulation pourrait reprendre samedi soir ou dimanche matin. Notre priorité est d'au moins rétablir une voie". Il reste deux inconnues: la météo et la stabilité de la paroi pendant la phase de travaux.
Par ailleurs, des consignes "très strictes" ont été données à la gendarmerie pour sanctionner les "promenades" au niveau de l'éboulement comme cela est constaté.

- Que cesse la pluie de cailloux

La prochaine réouverture de la national 134 prévue samedi n'occulte pas les pépins déjà survenus sur l'axe. Mais on devrait mieux prévenir les risques d'effondrement à l'avenir.

C'est une route qui fatigue un peu son monde. Quand on ne s'invective pas sur ses aménagements, ses déviations et tutti quanti, la montagne se fâche et lui déverse 1.500 tonnes de cailloux sur le poil. La RN 134 n'est pas maudite pour autant. La purge par explosif des rochers qui menaçaient de dégringoler au-dessus de l'éboulis, situé à un kilomètre en aval d'Etsaut, a été couronnée de succès hier en début d'après-midi. Elle va permettre d'engager les travaux de déblaiement, pour une réouverture de l'axe programmée samedi soir.
L'accident survenu il y a une semaine dans le tournant de Sens est spectaculaire par son ampleur. L'opération menée hier par les chirurgiens-voltigeurs de Pyrénées Minage a envoyé au tapis la partie supérieure de la paroi instable. Ce matin, 1.500 tonnes de roche paressent sur le bitume et mordent sur le gave. "Je n'ai pas souvenir d'une fermeture aussi longue de la route pour une telle cause. De mémoire vivante, je ne pense pas que ce soit déjà arrivé", pose Marcel Minvielle, le maire d'Etsaut.
Pour autant, cette chute de roches n'est pas une première en haute vallée d'Aspe. En 2006, Pyrénées Minage avait déjà dû intervenir à hauteur du fort du Portalet. Et en février 2005, c'est la chaussée qui avait cédé au Pène d'Aret, sur la commune d'Urdos, à quelque trois kilomètres de la gueule du tunnel du Somport. Sur une largeur d'un mètre cinquante, le bitume s'était effondré pour s'initier à la natation dans le gave en contrebas. La circulation avait pu être maintenue pour les seules voitures, les poids lourds étant priés d'aller rugir ailleurs. Et le retour à la normale avait été bien plus tardif. Il avait fallu plusieurs mois avant de procéder aux travaux nécessaires.
La RN 134, épine dorsale des échanges routiers entre le Béarn et l'Espagne, est-elle condamnée à la répétition de telles sautes d'humeur? "On est sur une route de montagne. Si on veut être sûr de ne pas prendre un caillou, mieux vaut circuler dans le désert, et sur le plat", diagnostique le pince sans rire Claude Osdoit, le responsable pour les Pyrénées-Atlantiques de la Dira (Direction interrégionale des routes atlantiques).

Recensement des zones à problèmes. Plus sérieusement, la Dira s'efforce de "minimiser les risques, pas de les supprimer". Une campagne de recensement des zones à problèmes a été lancée sur l'axe. "D'abord par des patrouilles qui décèlent les risques par examen visuel, puis par des examens plus approfondis menés par le réseau scientifique et technique de l'Equipement", détaille Claude Osdoit. Cette oeuvre de longue haleine débouchera à moyen terme sur des recommandations: poser des filets, clouter des roches, en faire tomber d'autres. "Mais la géologie n'est pas une science exacte", prévient-il.
François Platre, le patron de Pyrénées Minage qui a procédé au tir de mines hier, ne le démentira pas. Jeudi dernier, ses hommes avaient travaillé sur le site de l'éboulement massif qui s'est produit vers 20 h 30 en soirée. "Ils étaient là jusqu'à 17 heures, juste en-dessous. Personne ne pouvait prévoir que ça allait lâcher", raconte-t-il. Tout le monde est encore là pour le raconter.

Auteur: Jean-Denis Renard
Source: Sud Ouest du 11 janvier 2008

- ça roule à nouveau sur la Nationale 134

Après onze jours de fermeture suite à un éboulement, une voie a été ouverte hier

René Rose s'est dit "heureux et surtout soulagé". Le président de la communauté de communes de la vallée d'Aspe a assisté hier à 16 h 15 à la réouverture d'une voie de circulation de la RN 134. Onze jours après sa fermeture suite à un éboulement. Jean-Luc Tronco, sous-préfet d'Oloron, n'a pas manqué de remercier les services des routes et les entreprises qui sont intervenus "dans des conditions épouvantables, pour aller le plus vite possible". Il a salué également "l'esprit de solidarité" dont a fait preuve la population des villages isolés.
C'est aussi ce que retient René Rose: "Chapeau à la population qui a été très patiente et a fait preuve d'une belle solidarité. Mais aussi à tous ceux qui ont?uvré pour que la vie soit le moins possible paralysée. Cette semaine a été vraiment très intense. Désormais, la vie normale peut recommencer". Il faudra néanmoins attendre quatre à cinq jours, et la fin de travaux d'enrochement destinés à consolider la berge du gave, avant que la seconde voie ne rouvre.

Source: Sud-Ouest du 15 janvier 2008