Journaliste écolo : Stéphane Thépot à la tête lézardée

 

 

Le front anti-ours se lézarde dans les Pyrénées


Élus régionaux socialistes et bergers transhumants rejoignent les écologistes pour un renforcement a minima de la population ursine dans le Béarn.

Ségolène Royal décidera-t-elle de relâcher une ou deux femelles pour sauver les derniers ours dans le Béarn ? Alors que les éleveurs opposés aux plantigrades manifestaient une nouvelle fois à Toulouse pendant que les écologistes, épaulés par les scientifiques du Muséum d'histoire naturelle, plaidaient dans les salons de la préfecture pour l'arrivée d'au moins six nouveaux animaux sur toute la chaîne franco-espagnole. Une proposition médiane qui fait bouger les lignes.

Revirement

André Berdou, ancien maire (PS) de Laruns (Pyrénées-Atlantiques) et président du Parc national des Pyrénées, s'est exprimé en faveur d'un « renforcement » a minima dans les vallées béarnaises, hantées par seulement deux mâles. Le revirement de l'élu de la vallée d'Ossau a été applaudi à l'intérieur, mais conspué sur le parvis de la préfecture, où les opposants se souviennent qu'André Berdou manifestait jadis à leurs côtés. « Les collègues basques et béarnais vont sentir le vent du boulet », réagit au micro Philippe Lacube, éleveur de bovins en Ariège, devant la centaine de manifestants clamant bruyamment leur désapprobation dans un concert de sonnailles.

La position d'André Berdou, élu au conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, est partagée par le conseil régional de la Nouvelle Aquitaine. Elle était défendue par un éleveur basque. « J'ai voulu aller au-delà des clichés et des postures », explique Andde Sainte-Marie. « La présence de l'ours en Haut-Béarn a été et est un atout pour le maintien des bergers en montagne », a tenu à souligner le nouvel élu régional, dans son discours. Il affirme disposer de l'assentiment de cinq maires de la vallée d'Aspe et de quinze bergers transhumants sur les vingt-huit répertoriés dans la zone à ours des Pyrénées-Atlantiques. « Beaucoup se sont engouffrés dans la brèche », relate, dépité, Alain Naudy, maire (PS) de la petite commune d'Orlu et du grand canton de la Haute-Ariège. Les élus socialistes du département apparaissent politiquement isolés de leurs camarades des deux grandes régions. « Plus on est loin, plus on est pour l'ours », lâche Alain Naudy à ses troupes pour tenter de les requinquer. Visiblement, le coup est rude pour les opposants. « On a sauvé les meubles », résume Philippe Lacube, le porte-parole historique des anti-ours ariégeois.

Trois scénarios

Trois scénarios étaient proposés au vote des élus du comité de massif. Les opposants à tout « renforcement » ont obtenu 15 voix, à égalité avec les partisans de la réintroduction d'une ou deux femelles dans le Béarn. Les quatre défenseurs les plus farouches de l'ours, qui avaient obtenu le droit de ne pas choisir un seul scénario, ont validé ce compromis tout en continuant à préconiser un renforcement « maximum ». Ils considèrent le match nul obtenu comme une quasi-victoire. « Lors du vote précédent, on était à seulement 8 contre 15 », fait valoir Marc Maillet, représentant des associations environnementales. Les opposants à l'ours dénoncent « l'ambiguïté » de ce scrutin qui a permis à leurs ennemis jurés de voter deux fois.

L'avis du comité de massif n'étant que consultatif, il revient désormais à la ministre de l'Écologie de décider. Ségolène Royal a toujours dit qu'elle ne voulait pas choisir les ours contre les éleveurs. « Lâcher une ou deux ourses n'aurait rien de révolutionnaire. Ce serait juste revenir à la situation qui prévalait dans le Béarn avant le décès des deux dernières femelles », fait valoir Andde Sainte-Marie, lui-même éleveur transhumant de moutons.

Auteur : Stéphane Thépot
Source : Le Point du 4 juillet 2016

Haut de page