Un chasseur tue un loup au Petit-Bornand - Les Glières

 

L'exaspération des habitants du village, la peur de la population, l'écœurement de voir des animaux se faire massacrer par le loup a conduit un chasseur à éliminer celui par lequel le malheur arrivait. Une situation classique, humaine qui se reproduira dans d'autres lieux si la présence des loups dans les conditions actuelles venait à se pérenniser.

Le Comité de soutien à Franck Michel
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Le chasseur a eu la peau du loup


Jeudi après-midi, le loup n'est pas le seul à avoir tué. Alors que le chamois succombait le cou dans la gueule du carnassier, c'est sous le tir du chasseur que le plus grand prédateur européen s'est écroulé.

Hier, l'auteur des faits, un trentenaire résident au Petit-Bornand-les-Glières et membre de la société de chasse, a avoué avoir tiré l'animal sur les hauteurs de La Ville, un hameau de la commune. Puis de l'avoir chargé dans sa voiture pour le faire disparaître.
Il se serait senti obligé d'agir, après que ce loup, accompagné de deux autres, aient été vu, par des habitants, attaquant un chamois.

Ce n'est que vendredi matin, alors qu'il avait eu le temps de dépecer l'animal, que des témoignages ont alerté l'Office national des forêts. Ils ont alors rapidement constaté les traces d'un acte de chasse sur le versant de la montagne.
Interpellé par la gendarmerie et placé en garde à vue, le chasseur a été interrogé et son domicile perquisitionné. Hier encore, les enquêteurs bonnevillois ont auditionné plusieurs témoins, et ont retrouvé les restes de l'animal sur les indications du chasseur.

70 carcasses, victimes du loup, retrouvées depuis septembre

Dans le village, la nouvelle n'a pas tardé à se répandre. « Ce n'est pas faute d'avoir tiré la sonnette d'alarme », se désolait hier soir le vice-président de la société de chasse, Roland Ballanfat. Il y a une semaine, il a rédigé un courrier à la fédération, faisant part de son inquiétude. «Je craignais sincèrement qu'excédés par les dégâts de ce prédateur, certains se mettent dans l'illégalité.» Depuis septembre, 70 carcasses, victimes des loups, auraient été retrouvées dans le secteur. «Depuis deux ans, on s'aperçoit que le nombre de chamois baisse dans la réserve, alors nous essayons de sensibiliser les autorités compétentes, mais tout le monde s'en fout», poursuit-il.

Un acte de braconnage qui intervient alors que la semaine passée, le préfet a envoyé par courrier une demande au ministère pour autoriser le tir de prélèvement dans le département. Un dispositif devenu possible depuis que le nouvel arrêté loup a été pris fin 2007. Pour le député-maire Martial Saddier, qui a participé à l'élaboration de cet arrêté, «ces tirs pourraient abaisser la population du loup, qui, présente depuis 5 ans dans le département, s'est largement développée, et cette baisse de la population apaiserait les esprits». Ces mêmes esprits prêts à s'échauffer selon les tournures que pourraient prendre cette affaire. Bien conscient de ce climat, le parquet de Bonneville restait ferme, hier soir : « Ce n'est pas une pratique de chasse qu'on peut tolérer». À la sortie de sa garde à vue aujourd'hui, le chasseur sera présenté devant le procureur et le juge d'instruction. Et une information judiciaire sera ouverte.

Auteur : Jennifer PARISOT
Source : Le Dauphiné Libéré - Paru dans l'édition 01G du 15/02/2009

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Braconnage : le tireur du loup mis en examen


Trois heures derrière les quatre colonnes du tribunal de Bonneville. Et tout un village qui retient sa respiration. Après 48 heures de garde à vue, le chasseur du Petit-Bornand-les-Glières, qui a avoué avoir abattu un loup jeudi soir, a repris la route de ses montagnes dans la voiture de son frère.

Hier après-midi, il répétait dans le secret de l'instruction, devant le parquet et le juge, ce qui l'avait poussé à abattre l'animal : toutes les carcasses retrouvées mortes ces derniers mois, et cette nouvelle attaque de chamois devant témoins. Quelques heures plus tôt, dans la maison du lieutenant de louveterie, sur les hauteurs des gorges du Borne, éleveurs et chasseurs avaient discuté des évènements, redoutant la décision judiciaire.

« Chasseurs et agriculteurs, nous le soutiendrons jusqu'au bout »
Même si l'enfant du pays est ressorti sans menotte, il a été mis en examen pour chasse illicite, détention, destruction et transport d'animal protégé. Il est aussi placé sous contrôle judiciaire assorti de diverses interdictions, comme celle de chasser ou de détenir une arme. Au village, on se réjouit de le voir rentrer au bercail, mais on ne soufflera que quand le tribunal aura délivré son dernier jugement.

« Oui, il a fait une faute mais quand on voit les moyens déployés pour ça, on ne peut que s'inquiéter de la suite... », redoutait, hier, Christophe Fournier, membre de la fédération de la chasse et lieutenant de louveterie sur le secteur des Glières. Tous ont encore l'image de samedi matin : un ballet de gendarmes, venus faire le ménage au domicile du trentenaire, perquisitionnant tout son matériel de chasse. Hier, la colère avait toutefois fait place à un élan de compassion et de solidarité dans les foyers du "Petit-Bo". On ne parlait plus, comme la veille, d'aller jeter du fumier "là ou ça dérangeait", mais les fourches des agriculteurs et les fusils des chasseurs pointaient toujours dans le même sens : « On veut qu'il sache qu'il n'est pas seul. Ses parents et son frère sont anéantis. C'est dur, ce qui arrive à cette famille. On restera derrière lui, jusqu'au bout. Toute forme d'actions n'est pas exclure, s'il le faut... ».

C'est la tête haute, le chapeau solidement enfoncé dessus, que cet enfant du pays, décrit ici comme « un homme de terrain, aux grandes valeurs cynégétiques, qui s'est laissé dépassé par la passion », a répondu de ses actes.

« Couragement et avec loyauté, il a avoué, en réexpliquant les faits devant le juge », déclarait, hier soir, son avocat Me Puthod, du barreau de Bonneville. Derrière les quatre colonnes du tribunal, il n'a d'ailleurs pas hésité à reconnaître qu'il « ne regrettait pas son acte », mais qu'il « regrettait seulement d'être là ». Tandis qu'au pied du mont Jalouvre, d'une même voix, les représentants de la chasse et du monde agricole prenaient leur respiration pour lâcher d'un ton théâtralisé : « Les loups ont choisi le massif des Glières pour s'installer, mais rappelons que ça a toujours été ici le pays de la Résistance. »

Auteur : Jennifer PARISOT
Source : Le Dauphiné Libéré - Paru dans l'édition 01G du 16/02/2009

Premier loup abbatu en Haute-Savoie

De source officielle, c'est le premier loup abattu en Haute-Savoie. Mais le cadavre d'un jeune loup, tué par balle, avait déjà été retrouvé dans le Vercors, en octobre 2008. En Savoie, un alpagiste des Bauges devra prochainement être rejugé pour avoir tiré sur un loup en 2005. Le 26 janvier 2008, un loup est retrouvé décapité dans la Combe de Savoie.

Pour les tirs de prélévement


Philippe Missillier, chargé du dossier loup pour la FDSEA, et Christophe Fournier, de la fédération de la chasse, rappellent l'importance du tir de prélèvement : « On travaille depuis des mois pour obtenir cette autorisation de la part du ministre de l'Environnement. Le dossier est actuellement dans les bureaux du ministère. Tout comme les sangliers, les loups font des dégâts. Alors tout comme pour les sangliers, les chasseurs doivent avoir le droit de les réguler. On ne demande pas de les exterminer, mais de les réguler ! »

L'enquête se poursuit

Une information judiciaire a été ouverte hier après-midi. Les investigations se poursuivent, des auditions complémentaires et des vérifications devront encore être menées

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Franck Michel explique pourquoi il a tué le loup


Le genou chapeauté de son inséparable couvre-chef, le regard hagard caché derrière ses lunettes, Franck Michel était installé, hier en fin d'après-midi, dans le bureau de son avocat à Bonneville. Encore un peu ébranlé par 48 heures de garde à vue. Âgé de 28 ans, cet amateur de photographies animalières et de taxidermie est chasseur depuis l'âge 21 ans. Il a été placé sous contrôle judiciaire et mis en examen pour chasse prohibée, détention et transport d'une espèce protégée. Il a avoué avoir abattu un loup, jeudi 12 février, sur les hauteurs du Petit-Bornand-les-Glières, au hameau La Ville. « Un coup de sang », comme il l'explique dans cette interview exclusive accordée à notre journal, après que le loup a tué un chamois. « Une bête de plus... »

Vous avez été mis en examen pour avoir tué un loup sur les hauteurs du Petit-Bornand-les-Glières, et vous n'avez jamais nié les faits.

« Je ne sais pas mentir. Et puis, j'ai pris un coup de sang. Ce n'était pas calculé, mais je suis monté avec ma carabine et je l'ai tué. Mais je ne pensais pas à mal en tuant un loup. Pour moi, j'ai fait une bonne chose... Pour tout le monde. Même si je sais que ce n'est pas bien pour la loi. Il y a de plus en plus d'attaques, et de plus en plus près des maisons. Ça faisait beaucoup... et ça fait longtemps que ça dure. »

C'est un acte de braconnage pour vous ?

«Non, la chasse est fermée et ce n'est pas un gibier. Pour moi braconner, c'est quelqu'un qui tue un sanglier, par exemple, pour en tirer profit, vendre la viande. Moi, je voulais réguler. Je ne l'ai pas chassé, je ne l'ai pas cherché, je ne lui ai pas couru après. Au moment de le tuer, j'avais à l'esprit de diminuer un peu la population des loups et de les effrayer pour les éloigner.»

Vous regrettez ?

«Non, je ne regrette pas mon geste.»

Et si c'était à refaire...

«Je le referais.»

C'était la réponse à une attente dans le village...

«Les gens ont peur. Pour moi, le loup commençait à devenir une menace pour les habitants. Les personnes âgées, les femmes qui promènent leur chien disent qu'elles ont peur. Ma soeur a même reçu un mail d'une habitante qu'on connaissait pour être une protectrice des animaux. Elle a écrit : "Je suis contente car j'avais peur qu'il tue mon chien". Il y a de plus en plus de loups, et si près des maisons. Je l'ai fait avant qu'il y ait un accident.»

En ville, les gens ont du mal à croire que le loup s'approche aussi près des maisons...

«Toutes les dernières attaques ont eu lieu à 100 mètres des habitations. On retrouvait des carcasses de cervidés au bord de la route, juste de l'autre côté de la ligne blanche. On en retrouve deux par semaine. Depuis que les loups sont descendus, les cerfs viennent la nuit entre les maisons. On les a vraiment sous les fenêtres. On n'avait jamais vu ça.»

Les gens se demandent pourquoi un chamois et pourquoi un chasseur. Vous n'êtes pas éleveur, et ce n'était pas l'une de vos bêtes...

«L'hiver le gibier, cet été les bêtes. Nous, les gibiers, on s'en occupe, on les compte, on leur donne à manger quand il fait trop froid. On restreint le plan chasse quand il le faut, comme l'an dernier. Et puis mes amis éleveurs m'interpellaient. Tous les jours, ils me disaient, en tant que chasseur, : "Que faites-vous pour nous. Est-ce qu'une régulation est prévue, ou au moins des tirs de prélèvements ? »

Vous saviez qu'une demande de tir de prélèvement était en cours ?

«Oui, je le savais, mais l'administration est tellement longue. Personne ne fait rien.»

Vous avez le sentiment de ne pas être entendus ?

«C'est toujours minimisé. Au Petit-Bornand, on a vu jusqu'à six loups ensemble, les services compétents ont été alertés. Mais rien.»

Vous pensez que le loup n'a pas sa place au Petit-Bornand-les-Glières ?

«Il y a de la place pour le loup mais pas trop. La montagne est immense, il doit manger sur les sommets. Pas si près des maisons.»

Un comité de soutien est derrière vous, vous sentez-vous comme un héros ?

«Non, je ne suis pas un héros. Mais ce qui s'est passé, pour moi c'est normal. On savait que ça allait arriver. Et dans toutes les conversations de bistrot, on entendait les gens dire : "Si je le vois, je le tue". Moi, j'ai eu l'occasion et j'avais l'arme.»

La vidéo de Franck Michel

Réunion de concertation hier


Hier soir, une réunion de concertation et d'échanges sur la problématique du loup en montagne a été organisée à Bonneville, à l'initiative du député-maire Martial Saddier. Tous les acteurs concernés (élus, représentants du monde agricole, fédération de chasseurs...) ont été conviés.

Un comité de soutien pour le chasseur


Un comité de soutien à Franck Michel est en création. La première réunion se tiendra demain à 20h 30, à la salle des fêtes du Petit-Bornand-les-Glières. Réunion ouverte à tous.

Des trophées d'espèces protégées


Lors des perquisitions au domicile du chasseur, la gendarmerie a saisi des trophées d'espèces protégées. Une tête de héron cendré « qui avait été trouvée en putréfaction par mon client au bord du Borne, il l'a alors naturalisé », expliquait Me Puthod, son avocat. Et un épervier dans le congélateur « le rapace avait été percuté par une voiture, c'est un ami à lui qui lui a confié pour qu'il le naturalise aussi », poursuit-il.

L'enquête


Une information judiciaire a été ouverte dimanche, l'enquête se poursuit. De nouvelles auditions devront être menées pour évaluer quel est le taux d'implication de certains témoins et éclaircir une possible implication de complices.

Propos recueillis par Jennifer Parisot
Source : Le Dauphiné Libéré - Paru dans l'édition 74D du 17/02/2009

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